Il y a des montres qui affichent le temps, et d’autres qui révèlent la façon dont une maison pense la mécanique. Les nouveautés 2026 d’A. Lange & Söhne appartiennent à ces deux familles, réunies sous un même principe : faire de chaque indication une affaire de lisibilité et de construction. D’un côté, la 1815 UP/DOWN condense l’esprit de la montre habillée dans un boîtier de 37,5 mm, désormais habillé de bleu. De l’autre, la Triple Split revient en platine avec un dispositif chronographique capable de suivre deux temps distincts pendant douze heures. Deux objets aux proportions et aux ambitions presque opposées, mais reliés par le même goût saxon pour la précision visible.
Le retour d’une mécanique hors normes
La Triple Split n’est pas une nouveauté au sens strict. Elle a déjà existé en deux versions : une première présentée en 2018, puis une déclinaison en or rose lancée en 2021. Chacune avait été produite à 100 exemplaires et avait quitté le catalogue après avoir été écoulée. Son retour, après près de cinq ans d’absence, prend donc la forme d’une réapparition très attendue plutôt que d’un simple changement esthétique.
Cette nouvelle édition, référencée 424.025F, adopte un boîtier en platine 950 de 43,2 mm de diamètre pour 15,6 mm d’épaisseur. Des dimensions substantielles, dictées par ce qu’elle abrite. Le platine apporte son éclat clair au cadran rhodié, ponctué de compteurs gris. L’ensemble reste sobre en apparence, presque austère, jusqu’au moment où l’on s’attarde sur les aiguilles et les poussoirs : c’est là que le dessin révèle son véritable sujet, un chronographe à rattrapante poussé vers un niveau de complexité rare.
Le chronographe à rattrapante classique repose sur deux aiguilles de secondes. Elles partent ensemble, puis l’une peut s’arrêter pendant que l’autre poursuit sa course. Le mécanisme permet ainsi de comparer deux concurrents sur une même épreuve, ou de relever deux passages successifs lors d’un parcours. Son champ d’action reste cependant limité à la mesure des secondes.
Avec la Triple Split, cette possibilité de dissociation gagne aussi les aiguilles de minutes et d’heures du chronographe. Il devient alors possible de chronométrer séparément deux événements dont la durée peut atteindre douze heures. La démonstration n’est pas seulement spectaculaire : elle transforme la rattrapante en instrument de mesure à longue portée. Les temps intermédiaires ne se résument plus à quelques secondes ou quelques minutes ; ils peuvent accompagner une journée entière.
567 composants derrière le cadran
Cette capacité repose sur le calibre de manufacture L132.1, un mouvement à remontage manuel composé de 567 éléments. Sa réserve de marche atteint 55 heures et sa fréquence est de 21 600 alternances par heure, soit 3 Hz. Il anime les heures, les minutes, la petite seconde, l’indication de réserve de marche, un tachymètre et un chronographe flyback à rattrapante triple.
La face arrière compte presque autant que le cadran. À travers le fond transparent, le mouvement a été conçu pour laisser voir largement ses organes. Ponts, leviers et ressorts composent une architecture dense, où l’œil peut suivre les ramifications de la commande chronographique. Les platines visibles sont réalisées en maillechort non traité et décorées de côtes de Glashütte, selon les codes de finition associés à la tradition saxonne. L’assemblage est effectué à la main.
Ce choix d’un remontage manuel n’a rien d’anecdotique dans une montre aussi technique. Il maintient une relation directe entre le porteur et le mécanisme : la réserve de 55 heures n’est pas une donnée abstraite, mais le résultat d’un geste répété. La Triple Split est livrée sur un bracelet en cuir d’alligator brun foncé, rehaussé d’une couture grise, fermé par une boucle déployante en platine. Sa production est limitée à 100 pièces et son prix est communiqué sur demande.
La retenue comme autre forme de virtuosité
Face à ce déploiement mécanique, la 1815 UP/DOWN adopte une grammaire radicalement différente. Elle ne cherche pas à impressionner par l’accumulation des fonctions. Elle organise son cadran autour d’un déséquilibre volontairement corrigé : la petite seconde quitte la position de 6 heures pour se placer à 4 heures, tandis que l’indicateur de réserve de marche prend place à 8 heures. Deux compteurs, deux masses visuelles, une composition qui évite la symétrie rigide sans perdre son calme.
Son nom vient directement des inscriptions allemandes employées pour l’indicateur de réserve de marche. « Auf » signale que l’énergie est disponible, « Ab » qu’elle diminue. Littéralement, le haut et le bas. Cette appellation donne à la montre un accent fonctionnel très concret : elle indique non seulement l’heure, mais aussi l’état de tension de son ressort moteur.
Pour 2026, A. Lange & Söhne introduit un cadran bleu dans cette ligne. Les compteurs auxiliaires conservent une teinte argentée qui se détache nettement du fond. Le bleu vient modifier le registre traditionnel de la 1815 sans en bouleverser les proportions. Il s’accorde avec deux métaux aux expressions distinctes : l’or blanc 750 et l’or rose 750. La première version privilégie une association froide, avec bracelet bleu ; la seconde se porte sur un bracelet d’alligator brun rougeâtre, dont la chaleur répond à celle du boîtier.
Un cadran bleu, un calibre manuel
La 1815 UP/DOWN mesure 37,5 mm de diamètre et seulement 8,7 mm d’épaisseur. Ces chiffres expliquent son caractère : elle reste une montre de poignet discrète, conçue pour glisser sous une manche plutôt que pour s’imposer dans l’espace. Elle abrite le calibre L051.2, également à remontage manuel, réglé à 21 600 alternances par heure et doté d’une réserve de marche de 72 heures.
Dans ce cas précis, l’indication de réserve de marche prend tout son sens. Sur un mouvement automatique porté quotidiennement, elle resterait souvent proche de son maximum, rendue presque décorative par le remontage continu du rotor. Ici, chaque remontage fait évoluer l’aiguille ; chaque période sans port rapproche l’indicateur de « Ab ». La complication devient une information réellement vécue, intégrée à l’usage de la montre.
Les deux références sont limitées à 300 exemplaires chacune : 244.037 pour l’or rose, 244.028 pour l’or blanc. Leur prix est fixé à 45 000 euros. Elles affichent heures, minutes, petite seconde et réserve de marche, sur un cadran dont la nouvelle couleur modifie la perception sans altérer la construction. Les détails de la collection sont disponibles auprès d’A. Lange & Söhne.
Entre les 72 heures de la 1815 UP/DOWN et les douze heures de chronométrage dédoublé de la Triple Split, la maison propose deux rapports très différents au temps. L’une demande de surveiller l’énergie qui reste. L’autre permet de séparer deux durées qui avancent ensemble. Dans les deux cas, le temps n’est jamais traité comme une simple lecture : il devient une mécanique à observer.


