Cap sur l’île d’Islay avec la nouvelle série Octomore, le sommet du whisky fumé signé Bruichladdich

Bruichladdich Octomore whisky bottle
Photo © Le Comptoir Irlandais — via https://www.comptoir-irlandais.com/fr/islay/11999-octomore-141.html

Sur les rivages de l’île d’Islay, la quête de l’intensité ne suit pas de ligne droite. Depuis son apparition en 2002 sous l’impulsion de Jim McEwan, la gamme Octomore s’est imposée comme le laboratoire le plus radical de la Bruichladdich Distillery. Aujourd’hui dirigée par le maître d’assemblage Adam Hannett, cette série annuelle continue de bousculer les conventions du single malt en explorant les limites de la tourbe, sans jamais sacrifier la précision aromatique au profit de la seule puissance brute.

La science des phénols et l’équilibre du fût

Pour comprendre l’identité de cette gamme, il faut se pencher sur une unité de mesure précise : le PPM, ou parties par million de phénols. Ce chiffre indique la concentration de fumée absorbée par l’orge maltée avant la distillation. Si les noms historiques d’Islay, comme Ardbeg ou Laphroaig, se situent généralement entre 35 et 55 PPM, Octomore franchit systématiquement la barre des 100 PPM. Cette démesure technique est encadrée par une discipline stricte : un vieillissement de cinq ans, une mise en bouteille brut de fût (ou proche de ce degré) et l’absence totale de filtration à froid ou de colorant.

Sous le giron du groupe Rémy Cointreau depuis 2012, la distillerie utilise ces spécifications pour démontrer que la tourbe, même poussée à des niveaux extrêmes, peut cohabiter avec une complexité structurelle. La série 15, lancée en septembre 2024, illustre cette tension entre le feu du malt et l’influence du bois.

Octomore 15 : entre terroir local et influences de Cognac

L’édition de référence de cette nouvelle salve, l’Octomore 15.1, affiche 108,2 PPM. Distillée à partir de 100 % d’orge écossaise de la variété Concerto, elle repose sur un équilibre entre fûts de bourbon de premier remplissage et fûts rechargés. Titrant 59,1 % vol., cette bouteille proposée à environ 205 USD pose les bases de la structure Octomore : une attaque franche, portée par un degré d’alcool élevé, où la fumée reste lisible.

Le curseur se déplace avec le 15.2. Si le taux de tourbe reste identique à 108,2 PPM, l’architecture du vieillissement change radicalement. Adam Hannett a ici opté pour un assemblage de fûts de vin de second remplissage et de fûts de bourbon, complété par une finition en fûts de Cognac de premier remplissage. Ce passage par les fûts de l’autre grande maison du groupe Rémy Cointreau apporte une nuance différente au distillat, pour un prix de lancement de 245 USD.

Cependant, le sommet de cette série est atteint avec l’Octomore 15.3. Ce flacon frôle les records historiques de la distillerie avec un taux de 307,2 PPM, se plaçant juste derrière les 309 PPM de l’édition 8.3. Au-delà du chiffre, c’est l’origine de la matière première qui distingue cette édition : 100 % d’orge d’Islay, récoltée à la ferme Octomore située à moins de deux kilomètres de la distillerie. Vieilli en fûts de bourbon de premier remplissage et en fûts d’Oloroso Sherry hogsheads, ce malt de 61,3 % vol. est proposé à 280 USD. Il représente l’expression la plus locale et la plus dense de la série actuelle.

L’horizon 2026 : la projection de la série 17

La distillerie anticipe déjà la suite avec la série Octomore 17, dont le lancement est programmé pour septembre 2026. Ces futures éditions confirment la volonté de ne pas rester figé sur une recette unique, faisant varier les taux de tourbe et les types de bois pour chaque itération.

L’Octomore 17.1 reviendra à une tourbe plus « modérée » pour la gamme, avec 81,0 PPM. Ce whisky de 5 ans, élaboré à partir d’orge Concerto de la mainland écossaise, sera intégralement vieilli en fûts de bourbon de premier remplissage. Son prix indicatif est fixé à 143 GBP (environ 194 USD). Sa variante, la 17.2, partagera le même taux de 81,0 PPM mais explorera un élevage hybride : quatre ans en chêne français de second remplissage ayant contenu du bourbon, suivis d’une finition en barriques de vin de Port de premier remplissage.

Enfin, l’Octomore 17.3 marquera le retour à l’orge locale d’Islay avec un taux de 132,1 PPM. Si son degré d’alcool n’est pas encore communiqué, on sait déjà que son profil aromatique sera façonné par une sélection de fûts particulièrement variée, incluant des fûts de Sauternes, d’Eiswein (vin de glace) et d’Oloroso. Cette utilisation de fûts de vins liquoreux et doux suggère une recherche de contraste marqué avec la sécheresse de la fumée de tourbe d’Islay.

Chaque édition d’Octomore fonctionne comme un instantané technique, une expérience où le temps (5 ans) et le lieu (la ferme Octomore) sont les seules constantes face à des variables de PPM et de tonnellerie en perpétuelle mutation. Cette approche permet à la distillerie de maintenir une exigence de transparence totale sur l’origine du grain, qu’il vienne des terres écossaises principales ou des champs voisins de la distillerie.