Prêt pour un road trip d’exception au volant de cette rarissime Porsche 944 Shooting Brake ?

Porsche 944 Shooting Brake rear cargo deck with
Photo © Yahoo Autos — via https://autos.yahoo.com/classic-and-collector/articles/gorgeous-custom-porsche-944-shooting-170000971.html

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Au milieu des années 1980, Andreas Freund roulait tous les jours dans une Porsche 924 transformée en break. Un objet rare, sorti des ateliers de Günter Artz, carrossier et concessionnaire à Hanovre. La voiture a fini par partir, dispersée lors d’une vente aux enchères à Paris. Pendant des décennies, Freund a cherché à en retrouver une. Sans succès. Alors il a fini par faire ce que font les gens du métier quand le marché ne leur donne pas ce qu’ils veulent : il l’a fabriquée lui-même, sur une autre base, quarante ans plus tard. Elle s’appelle GT-K44, elle est verte, et elle a été montrée au public le samedi 19 septembre au Nürburgring.

Une esquisse offerte pour un anniversaire

Le projet ne naît pas d’une étude de marché mais d’un cadeau. Début 2022, le designer automobile indépendant Michael Söhngen, ami de longue date de Freund, lui offre pour son anniversaire un dessin : une Porsche 944 réinterprétée en shooting brake, peinte en vert. Le croquis touche juste. Il fait resurgir la 924 perdue et donne à Freund, fondateur et dirigeant de CarPoint GmbH, une raison de passer à l’acte.

L’homme n’arrive pas en amateur. Installée à Karlsruhe, dans le Bade-Wurtemberg, son entreprise s’est spécialisée dans la restauration des Porsche et la refabrication de pièces pour ces modèles. Autrement dit, le savoir-faire nécessaire pour découper un pavillon et reformer une poupe se trouvait déjà dans l’atelier. Il manquait l’envie, le dessin l’a fournie.

Le nom retenu se lit comme une fiche technique condensée. « GT » pour Gran Turismo, « K » pour Kombi, le terme allemand pour désigner un break, et « 44 » pour rappeler la 944 qui sert de base. Pas de référence poétique, pas de clin d’œil marketing : une nomenclature d’ingénieur.

La filiation Artz

Pour comprendre la GT-K44, il faut revenir à son modèle. Au début des années 1980, Günter Artz conçoit et carrosse un break sur la base de la 924 Turbo. L’idée d’une Porsche à hayon vertical, capable de charger autre chose que deux sacs de voyage, relevait alors de la curiosité. La production est restée confidentielle : on évoque généralement une vingtaine d’exemplaires, un chiffre transmis par la mémoire des passionnés et les archives spécialisées, mais qu’aucun registre de production audité ne vient confirmer. Le flou fait partie du mythe.

Freund ne reproduit pas la 924 d’Artz. Il transpose l’idée sur la 944, sa descendante directe, qui partage avec elle l’architecture dite transaxe : moteur à l’avant, boîte de vitesses reportée sur l’essieu arrière, propulsion. Un choix cohérent, et pas seulement pour la parenté des silhouettes. La présentation au Nürburgring s’est d’ailleurs tenue dans le cadre d’un rassemblement consacré précisément aux Porsche transaxe, organisé pendant le week-end de course des ADAC 1 000 km. La nouvelle venue a été dévoilée devant le public le plus qualifié pour la juger.

De l’acier, pas du plastique

La première décision de fond concerne le matériau. Là où beaucoup de conversions artisanales se contentent de rajouter des éléments en fibre de verre, CarPoint travaille la tôle d’acier, façonnée à la main. C’est plus long et plus exigeant, mais le résultat fait corps avec la caisse d’origine.

Le geste le plus radical touche l’arrière. Le grand hayon bulle vitré, trait distinctif de la 944 de série, disparaît entièrement. À sa place, le pavillon se prolonge à l’horizontale jusqu’à la poupe. Pour tenir cette nouvelle ligne de toit, les montants B et les ailes arrière ont été modifiés. Des vitres latérales arrière dessinées sur mesure étirent le profil et installent cette allure de break de chasse que suggérait le croquis de Söhngen.

Le hayon, lui, change de logique. Il descend jusqu’au niveau du pare-chocs et remonte sur environ 40 centimètres dans le toit, de façon à permettre un chargement vertical. C’est là que la voiture justifie son appellation de Kombi : l’ouverture n’est plus une trappe en pente mais une vraie porte de coffre. La banquette arrière rabattable d’origine est conservée, ce qui préserve la modularité de la 944. Les blocs optiques arrière ont été retravaillés pour épouser la nouvelle découpe.

Détail moins photogénique mais décisif pour un futur propriétaire : l’ensemble des modifications est couvert par une certification TÜV en Allemagne. La GT-K44 n’est pas une pièce de salon, elle a vocation à rouler.

Le châssis n°1, une S2 en vert chêne

Le prototype repose sur une 944 S2 coupé de 1991, la version qui clôt la carrière de la 944. Sous le capot, rien n’a bougé : le quatre-cylindres en ligne atmosphérique de 3,0 litres délivre ses 211 ch de série, associé à une boîte manuelle à cinq rapports. Freund n’a pas cherché la performance. Il a cherché la voiture qu’il avait perdue, en mieux motorisée.

La teinte extérieure, Oak Green Metallic, un vert chêne métallisé, reprend fidèlement la couleur du dessin d’anniversaire. À l’intérieur, la sellerie associe cuir noir et velours au motif damier « Pascha ». Ce graphisme est apparu chez Porsche en 1977 sur la 928, autre modèle transaxe de la marque. Le choix n’a rien d’anodin : il ancre l’habitacle dans la même époque et la même famille technique que la carrosserie.

Porsche 944 Shooting Brake tan leather passenger seat
Photo © The Drive — via https://www.thedrive.com/news/35091/this-german-tuners-porsche-944-shooting-brake-is-the-80s-performance-wagon-we-deserved

Ce premier exemplaire est aujourd’hui proposé à la vente sur Elferspot, la plateforme spécialisée dans les Porsche. Son prix n’est pas affiché : il est communiqué sur demande.

Dix voitures, et le client apporte la sienne

Au-delà du prototype, CarPoint ouvre la transformation à la clientèle, dans une série strictement limitée à dix voitures. Le principe mérite d’être bien compris : il ne s’agit pas d’acheter une GT-K44 sur catalogue. Le client fournit lui-même sa Porsche 944, et l’atelier la transforme. Pour ceux qui n’en possèdent pas, CarPoint peut aider à dénicher un véhicule donneur.

L’éventail de départ est large. Toutes les déclinaisons de la 944 sont acceptées : le modèle standard de 2,5 litres et 163 ch, la S, la S2, ou encore les Turbo et Turbo S, dont les puissances s’échelonnent de 220 à 250 ch. Boîte manuelle ou automatique, peu importe. Chaque GT-K44 portera donc la personnalité mécanique de la voiture qui lui a servi de base, ce qui rend les dix exemplaires potentiellement très différents les uns des autres.

Le tarif de la conversion, fixé en septembre 2026, démarre à 100 000 euros hors taxes, soit à titre purement indicatif autour de 114 000 dollars au cours du mois. Il faut lire ce montant comme un plancher. Il couvre la tôlerie, la peinture et les finitions intérieures, hors taxes, mais n’inclut pas l’achat de la 944. La facture finale dépendra de la voiture apportée et des options de personnalisation retenues, sur lesquelles l’atelier n’a pas publié de détail. Pour une 944 standard comme pour une Turbo S, le coût total ne sera donc pas le même.

Une affaire personnelle devenue une petite série

Ce qui distingue la GT-K44 des nombreux restomods qui circulent aujourd’hui tient à son origine. Elle ne cherche ni à moderniser la 944 à coups d’électronique ni à gonfler son moteur. Elle répare une absence. Freund voulait retrouver le break qu’il conduisait au quotidien quarante ans plus tôt. N’ayant jamais pu en racheter un, il a reconstitué l’idée, avec ses moyens d’atelier et le trait de crayon d’un ami.

Il reste à savoir qui, parmi les propriétaires de 944, acceptera de confier sa voiture à la scie de Karlsruhe pour en faire l’une des dix. Les premiers retours devraient se mesurer dans les prochains mois, à mesure que les commandes se concrétiseront. Pour l’heure, la seule GT-K44 existante attend son acquéreur, en vert chêne, prix sur demande.