Le cuir officiellement exclu du règlement européen anti-déforestation
C’est un tournant majeur pour l’industrie de la mode et de la maroquinerie de luxe. La Commission européenne a franchi une étape décisive en adoptant l’acte délégué qui écarte définitivement le cuir du champ d’application du règlement sur la déforestation (EUDR). Ce texte, qui vise à restreindre l’importation de produits liés à la dégradation des forêts, ne s’appliquera donc pas aux peaux bovines, qu’elles soient brutes ou transformées, ni aux articles de maroquinerie, aux sièges pour l’automobile et l’aéronautique ou encore au caoutchouc vulcanisé.
Un soulagement pour le « Made in Italy »
Ce revirement de Bruxelles confirme les orientations de mai dernier, lorsque l’hypothèse d’une exclusion du cuir avait été mise en consultation publique. Pour les acteurs du secteur, notamment en Italie, cette décision est perçue comme une victoire politique et économique. Les eurodéputés Francesco Torselli et Dario Nardella ont souligné que cet arbitrage permet de protéger la spécificité des écosystèmes productifs européens. Selon eux, ce résultat est le fruit d’une mobilisation conjointe des associations industrielles, soucieuses de ne pas pénaliser un segment stratégique de l’artisanat de luxe face à des contraintes administratives jugées inadaptées à la réalité de la filière.
La colère des organisations environnementales
Toutefois, cette décision suscite l’indignation des défenseurs de la nature. Des ONG de poids, telles que Global Witness et Human Rights Watch, pointent du doigt une incohérence réglementaire flagrante. Le paradoxe soulevé est le suivant : la viande bovine reste soumise aux obligations de traçabilité de l’EUDR, tandis que la peau du même animal pourra être vendue sans les mêmes contraintes environnementales. Pour ces organisations, cette « fracture normative » crée une faille qui risque d’amoindrir l’efficacité globale de la législation européenne dans sa lutte contre la déforestation mondiale.
Mise en œuvre et calendrier
Si le cuir bénéficie de cette exemption, d’autres produits voient leur encadrement se durcir. À partir de décembre 2027, les dérivés de l’huile de palme destinés à l’oléochimie, ainsi que le café soluble, seront pleinement intégrés au dispositif. Pour les grandes entreprises du secteur du luxe et de l’industrie, le règlement anti-déforestation entrera en vigueur de manière progressive dès la fin du mois de décembre 2026. L’acte délégué doit désormais être validé par le Parlement européen et le Conseil de l’UE, qui disposent encore d’un droit d’opposition avant sa mise en application définitive.


