Loro Piana : la justice sacralise l’icône « White Sole »
Dans l’univers feutré du luxe, certaines silhouettes valent toutes les signatures. La maison piémontaise Loro Piana vient d’en apporter la preuve éclatante devant les tribunaux. Le Tribunal de Turin a rendu une ordonnance cruciale en faveur de la griffe, confirmant la protection juridique de ses modèles emblématiques « Summer Walk » et « Open Walk ». Cette décision marque un tournant dans la lutte contre le parasitisme commercial, en reconnaissant que l’identité d’un produit réside autant dans son allure générale que dans son logo.
Une ressemblance jugée trompeuse
Au cœur du litige se trouvait la société Parijan Sas, spécialisée dans la vente en ligne de vêtements et de chaussures. La justice italienne a estimé que les produits commercialisés par cette dernière n’étaient pas de simples hommages, mais bien des reproductions illicites des codes stylistiques de Loro Piana. Les magistrats ont passé au crible les éléments constitutifs du succès de la chaussure : la célèbre semelle en gomme claire contrastant avec l’empeigne, la structure souple et déstructurée, le faux trépointe, les surpiqûres ton sur ton, ainsi que le design spécifique de la semelle d’usure.
L’argument technique avancé par la défense, soulignant des différences de matériaux et de qualité de fabrication, a été écarté par le tribunal. Pour les juges, ces nuances s’effacent devant l’impression visuelle globale, particulièrement sur Internet. Dans un contexte d’achat numérique, le consommateur se fie d’abord à l’image. La forte similitude esthétique risquait ainsi d’induire le public en erreur, le poussant à percevoir les modèles litigieux comme une alternative « d’entrée de gamme » ou une version dérivée de l’original, exploitant indûment la réputation de la maison de luxe.
Vers une protection accrue de l’identité visuelle
Cette victoire judiciaire s’inscrit dans une offensive plus large menée par Loro Piana pour verrouiller sa propriété intellectuelle à l’échelle internationale. Au-delà du cas spécifique de Parijan Sas, la décision du Tribunal de Turin envoie un signal fort à l’ensemble de l’industrie de la mode. Elle confirme qu’un produit peut être protégé au titre de son « identité visuelle globale ».
Cette jurisprudence souligne que la valeur d’un accessoire de luxe ne tient pas uniquement au dépôt d’une marque ou d’un nom, mais à l’ensemble des caractéristiques esthétiques qui le rendent immédiatement identifiable. Pour Loro Piana, dont la stratégie repose sur un luxe discret et intemporel, cette reconnaissance de la « forme » comme actif stratégique est une étape fondamentale pour préserver l’exclusivité de ses créations face à la multiplication des copies sur le marché mondial.


