Berluti réinvente le luxe discret à travers une mise en scène domestique pour l’automne-hiver 2026

Berluti fall winter Victor Belmondo campaign
Photo © DAMAN Magazine — via https://daman.co.id/berluti-new-campaign-berluti-man

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L’époque impose un rythme effréné aux vestiaires masculins, souvent contraints de hurler pour exister sur les podiums. À rebours de cette frénésie, la maison Berluti a décidé de faire taire le tumulte extérieur pour sa campagne Automne-Hiver 2026. L’objectif de la caméra d’Estelle Hanania ne s’attarde ni sur une architecture spectaculaire, ni sur un paysage lointain, mais se pose dans l’intimité d’un appartement parisien. Ce choix de décor, loin d’être anecdotique, agit comme une déclaration d’intention. Le luxe, dépouillé de son arrogance démonstrative, retourne à sa vocation première : habiller le quotidien avec une justesse silencieuse. Le vêtement s’efface au profit de l’allure, s’intégrant à l’espace domestique avec l’évidence d’un objet familier.

Capturée sur pellicule, la série photographique revendique une texture particulière, un grain qui accroche la lumière et fige le temps. L’argentique apporte une matérialité qui répond directement au travail artisanal de la maison. Dans ce huis clos, les boiseries patinées de l’appartement dialoguent avec les cuirs travaillés, tandis que des orchidées disposées ça et là apportent une respiration organique à l’ensemble. Ce n’est plus une collection que l’on observe, mais une tranche de vie suspendue. Le mobilier, sélectionné avec une rigueur absolue, sert d’écrin à une mode masculine qui refuse l’ostentation. L’élégance s’exprime ici dans le mouvement, dans l’usage quotidien, prouvant qu’une pièce n’atteint sa pleine dimension que lorsqu’elle est réellement habitée.

La dualité d’une grammaire masculine

Pour incarner cette vision ancrée dans le réel, Berluti orchestre une rencontre entre deux physionomies, deux attitudes qui, plutôt que de s’opposer, dessinent les contours d’un homme pluriel. D’un côté, Victor Belmondo impose une présence physique marquée par un relâchement instinctif. Glissé dans un pantalon large et une veste en cuir, l’acteur s’approprie le vêtement sans effort apparent. La coupe généreuse accompagne le corps au lieu de le contraindre, suggérant une approche presque charnelle de la matière. La dégaine est brute, directe, enracinée dans une forme de nonchalance très européenne.

Berluti patina leather shoes on thick wool rug
Photo © LxryNow — via https://lxrynow.com/berluti-shoes-review/

Face à lui, Lee Jun-ho propose une lecture totalement différente du même vocabulaire. L’allure se fait soudainement plus vibrante. En associant un costume bleu structuré à une chemise rose, il introduit une tension chromatique qui réveille la silhouette. La rigueur du tailoring s’entrechoque avec la légèreté des teintes, insufflant une énergie pétillante à la composition. Cette dualité assumée par la maison confirme une volonté claire : s’affranchir du diktat de la silhouette unique. Berluti déploie un vestiaire malléable, un répertoire de formes et de couleurs capable de naviguer de la rigueur d’un complet à la décontraction d’une pièce à manches souple, sans jamais perdre son équilibre.

Le vêtement envisagé comme objet de permanence

L’intégration de la garde-robe dans cet espace privé pousse la réflexion esthétique encore plus loin. Les accessoires et les pièces phares de la collection Automne-Hiver 2026 cessent d’être de simples compléments pour acquérir un statut quasi sculptural. Le sac Un Jour, posé négligemment à proximité d’une orchidée, s’intègre à la topographie de la pièce avec la même légitimité qu’une lampe de designer ou un livre d’art. Cette mise en scène brouille les frontières entre la mode et le design d’intérieur. Les objets circulent, vivent et s’ancrent dans le décor.

Cette approche organique met en lumière les fondations mêmes de la collection, dévoilée plus tôt lors de la Fashion Week de Paris. La critique, à l’instar de Vogue, avait d’ailleurs pointé la densité du travail chromatique, dominé par des tons bijoux profonds, et la complexité des textures. L’héritage de bottier de la griffe transparaît dans chaque traitement de surface. Les cuirs patinés, signature absolue de la maison, trouvent un écho visuel direct dans les bois anciens de l’appartement parisien. Les pièces majeures du vestiaire s’articulent autour de cet artisanat poussé à son paroxysme : la rigueur d’une veste Forestière, la souplesse inattendue d’une veste en shearling léger, ou encore la présence rassurante des bottes Rombo.

dark camel cashmere coat draped over velvet living
Photo © John Lewis — via https://www.johnlewis.com/live-unlimited-curve-belted-wool-blend-coat-camel/p114155305

Même le chaussant jongle entre héritage et pragmatisme urbain. Le soulier 1895 maintient le lien charnel avec la tradition classique, tandis que la basket Stellar vient rompre cette gravité avec une approche plus contemporaine du déplacement. L’ensemble de la proposition stylistique démontre une volonté de confronter la noblesse des savoir-faire anciens aux exigences rugueuses de la vie citadine contemporaine.

La force tranquille de la continuité

Derrière cette campagne, c’est toute la philosophie actuelle de la griffe qui se lit en filigrane. À une époque où le marché de la mode masculine réclame des bouleversements esthétiques à chaque saison, espérant provoquer le désir par la rupture systématique, Berluti maintient son cap avec une obstination sereine. Aucun virage radical n’est annoncé, aucun effet de manche spectaculaire n’est convoqué pour retenir l’attention. La maison préfère creuser son propre sillon, affinant saison après saison une vision très spécifique du vestiaire masculin.

Ce refus de l’urgence traduit une confiance rare dans la force de son propre héritage. La continuité devient une déclaration d’indépendance face aux tendances éphémères. L’esthétique développée dans cet appartement parisien prouve que la véritable sophistication réside dans la friction subtile des matières, dans la justesse d’un tombé, dans la façon dont un cuir capte la lumière d’une fin d’après-midi. La campagne Automne-Hiver 2026 rappelle finalement une évidence souvent oubliée : le vêtement n’est pas conçu pour dominer celui qui le porte ni l’espace qu’il traverse. Il est fait pour s’y installer, doucement, et durer.