Une œuvre des Scottish Colourists retrouvée grâce à l’IA et vendue pour plus de 254 000 dollars

Tableau Scottish Colourists enchères
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Une toile acquise pour une centaine de dollars dans une friperie américaine il y a soixante ans vient d’être identifiée comme une œuvre majeure du peintre écossais F.C.B. Cadell. Derrière ce coup de théâtre sur le marché de l’art se cache une alliance inédite : l’intuition technologique de l’intelligence artificielle et l’œil infaillible des experts. Récit d’une redécouverte fulgurante.

Le tableau a habillé les murs de l’appartement d’Hélène Plotkin pendant des décennies, objet d’une fidélité discrète et d’un attachement purement esthétique. Il aura fallu un simple cliché, soumis à l’assistant virtuel Gemini, pour bouleverser sa trajectoire. Ce que la famille considérait comme une belle trouvaille de brocante s’est révélé être une œuvre signée F.C.B. Cadell, figure emblématique des Scottish Colourists, avant de s’envoler aux enchères pour la somme impressionnante de 189 200 livres sterling, soit environ 254 000 dollars.

Une trouvaille à l’élégance aristocratique

Le point de départ évoque les plus belles légendes du marché de l’art, à ceci près que la mécanique s’est ici accélérée grâce à l’intelligence artificielle. Il y a une soixantaine d’années, Hélène Plotkin déniche cette toile à White Plains, dans l’État de New York, pour moins de 100 dollars. Loin de toute considération spéculative, elle est alors séduite par l’éclat de la palette, ses nuances vibrantes de bleus et d’oranges, et par l’allure follement aristocratique du modèle féminin.

Ce qui frappe aujourd’hui, au-delà de la spectaculaire plus-value, c’est la rapidité avec laquelle l’algorithme a orienté l’enquête. Là où une expertise traditionnelle exige souvent de longues et laborieuses recherches, le chatbot a suggéré des pistes immédiates. De la comparaison stylistique à l’examen minutieux du revers de la toile, il a guidé les propriétaires vers des indices cruciaux : un marquage d’enchère, un tampon et une date. Le tout en l’espace de quelques minutes.

L’algorithme sur la piste des Scottish Colourists

L’étincelle est venue de Barry Plotkin, le fils d’Hélène. Lors d’une visite chez sa mère en Floride, il a l’idée de soumettre l’œuvre à l’œil numérique de Gemini. L’assistant tisse immédiatement le lien avec Cadell, repérant ses accents orangés, son esprit Art déco et ce fond lilas si caractéristique. Il rattache naturellement la toile aux Scottish Colourists, ce groupe de quatre peintres avant-gardistes qui a su marier la modernité britannique aux audaces du fauvisme et de l’impressionnisme français.

Saisis du dossier, les experts de la maison Lyon & Turnbull, Nick Curnow et Alice Strang, ont validé cette piste vertigineuse tout en y apportant la nuance qui fait le propre de l’humain. L’IA avait en effet proposé une identification erronée du modèle, avançant le nom de Bethia Hamilton Don Wauchope, là où l’étude approfondie a fini par rendre son véritable nom à la figure peinte : May Easter. Si l’intelligence artificielle ouvre la porte, le regard du spécialiste demeure la clé de voûte. Des analyses poussées sous différents éclairages ont scellé l’attribution, rapprochant cette toile d’une autre œuvre de Cadell, « Pink and Gold », et permettant de la dater du milieu des années 1920.

Le maître de la couleur écossaise

F.C.B. Cadell occupe une place de choix dans l’histoire de l’art. Avec John Duncan Fergusson, George Leslie Hunter et Samuel John Peploe, il a insufflé au paysage britannique une vivacité chromatique d’une modernité absolue. Alice Strang n’hésite d’ailleurs pas à le qualifier de « maître absolu du pinceau », témoignant de l’importance muséale de cette redécouverte.

Le vertige de cette vente record s’inscrit aussi dans une chronologie fascinante. En 1966, la toile avait été cédée chez Christie’s, à Londres, pour la modique somme de 21 livres. Son voyage depuis la capitale britannique jusqu’à une discrète banlieue new-yorkaise conserve sa part d’ombre. C’est le charme inhérent aux objets qui traversent le siècle : oubliés par hasard, ils ressurgissent par miracle, portés par le destin.

Le nouvel équilibre entre la machine et l’expert

Cette histoire nourrit forcément l’imaginaire contemporain. De nouvelles applications spécialisées comme RelicID, Posed ou ThriftGenius émergent pour identifier et estimer les objets de seconde main, promettant de rendre plus accessible une expertise autrefois jalousement gardée par les marchands et les commissaires-priseurs.

Pourtant, le cas Plotkin illustre parfaitement les limites de ces outils technologiques. Si l’intelligence artificielle a offert un premier éclairage fondateur, elle n’a pu se substituer à la rigueur d’une maison de ventes prestigieuse. Sans la validation de Lyon & Turnbull, la trouvaille serait restée une séduisante hypothèse. C’est dans cette synergie que réside l’avenir de l’authentification : la machine repère avec une célérité inédite, mais le spécialiste consacre.

Une transmission chargée d’histoire

Ancienne professeure d’art, Hélène Plotkin a parfois intégré ses propres toiles à son enseignement. Face à ce coup du sort, elle a choisi de se détacher du produit de la vente pour en faire bénéficier intégralement ses fils. Son unique souhait, d’une touchante simplicité, est que le futur acquéreur expose l’œuvre de temps à autre. Ainsi, ses petits-enfants pourront un jour la contempler et murmurer : « Voilà le tableau de Nana. »

Une conclusion élégante pour une toile qui aura su lier la mémoire intime d’une famille aux sommets du marché de l’art. Entre le hasard d’une brocante et l’exigence des experts, l’œuvre a retrouvé son rang, avec un siècle de distance en prime. L’aube, sans doute, d’une magnifique seconde vie.