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Ajouter Texture à GoogleEn 1994, Isaac Mizrahi jouait une partie serrée. Après une saison précédente accueillie avec tiédeur par la critique, le créateur new-yorkais devait prouver que son énergie et son regard sur la mode américaine restaient essentiels. Cette tension, captée en noir et blanc et en couleur par son compagnon de l’époque, Douglas Keeve, a donné naissance à Unzipped. Sorti initialement en 1995, ce documentaire s’est imposé comme un témoignage brut sur la mécanique de la création. Trente ans plus tard, le film s’offre une seconde vie grâce à une restauration numérique en 4K. Ce projet, porté par Isaac Mizrahi Entertainment avec le soutien du Sundance Institute et des UCLA Film & Television Archive, permet de redécouvrir la collection Automne-Hiver 1994 sous un jour nouveau.
La première mondiale de cette version restaurée a été fixée au Sundance Film Festival en janvier 2025. Pour le public, il faudra patienter jusqu’à l’automne 2026 pour revoir ces images sur grand écran. Janus Films a acquis les droits de distribution nord-américains et prévoit un lancement au Film Forum de New York le 25 septembre 2026, avant une diffusion élargie à d’autres villes des États-Unis. Ce format de 73 minutes demeure un condensé de l’adrénaline des années 1990, malgré l’absence persistante de certaines scènes d’archives. Une séquence impliquant l’actrice Faye Dunaway n’a par exemple pas pu être intégrée au montage final pour des raisons complexes liées aux droits musicaux et aux licences.

La frénésie des supermodels et l’imprévu de Minneapolis
Revoir Unzipped aujourd’hui, c’est replonger dans une ère où le podium appartenait à des personnalités plus qu’à des silhouettes anonymes. Le défilé Automne-Hiver 1994, point d’orgue du film, alignait une distribution que peu de maisons pourraient s’offrir aujourd’hui : Naomi Campbell, Linda Evangelista, Christy Turlington, Kate Moss, Cindy Crawford, ainsi qu’Amber Valletta et Shalom Harlow. À cette époque, le passage d’une mannequin était un événement en soi, renforcé par les apparitions de figures de la culture alternative ou du spectacle comme Sandra Bernhard et Eartha Kitt.
Le documentaire retrace la construction de cette collection, de l’inspiration initiale aux derniers ajustements en coulisses. Mais au-delà de la technique, Mizrahi conserve des souvenirs vifs de cette période de célébrité totale. Il évoque notamment un moment de sidération survenu lors d’un de ses défilés au milieu des années 1990 : Prince, le musicien de Minneapolis, s’était présenté à l’improviste, sans aucune invitation ni annonce préalable, s’installant simplement pour observer le travail du créateur. Ce genre d’anecdotes souligne l’attraction que Mizrahi exerçait alors sur la scène culturelle globale, bien au-delà des cercles restreints du Council of Fashion Designers of America (CFDA).
De la haute couture au cabaret et à la distribution de masse
La carrière d’Isaac Mizrahi ne s’est pas arrêtée après la fermeture de sa griffe éponyme en 1998, une décision précipitée par le retrait du financement de Chanel. Il a su transformer son nom en une marque multi-facettes, explorant des territoires alors jugés incompatibles avec le luxe. En juin 2026, il a ainsi été nommé premier « Creative Director at Large » chez Target, renouant avec une enseigne pour laquelle il avait déjà imaginé des collections dès 2002. Cette capacité à naviguer entre le prestige des archives et l’accessibilité du prêt-à-porter de masse définit sa trajectoire récente.

En parallèle, l’homme de mode s’est mué en homme de scène. Depuis dix ans, il assure une résidence annuelle de cabaret au Café Carlyle, institution new-yorkaise du raffinement, et se produit régulièrement au 54 Below. C’est dans ce mélange d’anecdotes, de musique et d’autodérision qu’il continue de faire vivre l’esprit qui animait déjà Unzipped : une forme de sincérité théâtrale qui refuse de séparer l’art de la vie quotidienne.
Une incursion chez les Safdie avec Marty Supreme
Le cinéma continue de solliciter Isaac Mizrahi, non plus seulement comme sujet de documentaire, mais comme acteur. Il participe prochainement au long-métrage Marty Supreme, réalisé par Josh Safdie pour le studio A24. Le film, qui plonge dans l’univers du tennis de table professionnel, réunit un casting prestigieux incluant Timothée Chalamet et Gwyneth Paltrow. Mizrahi y incarne le manager et attaché de presse du personnage joué par Paltrow.
L’expérience, bien que notable, reste soumise aux aléas du montage cinématographique. Mizrahi a tourné une scène dialoguée ainsi que plusieurs apparitions muettes, tout en restant lucide sur la possibilité que sa seule réplique soit coupée avant la sortie en salles. Cette incursion dans la fiction de Josh Safdie confirme néanmoins son statut de figure indissociable du paysage culturel de New York, capable de passer d’une restauration en 4K de son propre passé à un projet d’avant-garde aux côtés de la nouvelle garde d’Hollywood.


