Bologne relie ici deux histoires qui auraient pu rester étrangères l’une à l’autre. En 1971, C.P. Company y voit le jour sous l’impulsion de Massimo Osti. En 1997, Roberto Baggio y écrit un chapitre marquant de sa carrière. La campagne automne-hiver 2026 de la marque rapproche ces trajectoires, mais son intérêt tient au terrain choisi pour leur rencontre : les archives. Le footballeur y retrouve Lorenzo Osti, fils du fondateur et actuel président de C.P. Company. Entre eux, des vêtements, des documents, des notes. De quoi déplacer le regard : derrière la célébrité d’un joueur ou la reconnaissance d’une griffe, que reste-t-il du travail qui les a façonnés ?
Bologne, un lien qui ne relève pas du casting
Associer une figure du football à une marque de sportswear semble aller de soi. Encore faut-il que le rapprochement raconte quelque chose. Avec Baggio, C.P. Company dispose d’un point d’ancrage précis : cette ville qui appartient à leurs deux parcours. Bologne donne une géographie à la campagne. Elle évite que la rencontre repose uniquement sur la notoriété du champion ou sur une vague parenté entre sport et vêtement.
Les deux dates ne se confondent pas. La naissance de la marque, en 1971, précède largement l’épisode bolonais de Baggio, en 1997. Ce décalage donne justement du relief au récit. Il ne s’agit pas de fabriquer un passé commun, mais de faire apparaître un lieu de croisement entre deux chronologies indépendantes. La ville constitue un repère partagé, pas une origine identique.
Cette précision compte. Le parcours du joueur originaire de la région de Vicence et celui de l’entreprise issue de la vision de Massimo Osti gardent leur singularité. La campagne propose de les lire ensemble, sans prétendre que le football et la création textile obéissent aux mêmes règles. Leur proximité se cherche ailleurs : dans la constance nécessaire pour donner une suite à une intuition, dans le rapport entretenu avec ce qui précède.
L’archive comme lieu de travail
Le choix des archives est le geste le plus intéressant de cette campagne. Baggio évolue parmi les pièces et les traces écrites qui documentent plus de cinquante ans de création chez C.P. Company. Le vêtement n’y apparaît donc pas seulement sous sa forme achevée. Les documents et les notes qui l’entourent rappellent qu’il résulte d’un cheminement. Ils donnent une épaisseur au produit, une histoire qui commence avant son exposition au regard.
Dans cet environnement, la mémoire de la marque devient concrète. Elle tient à des objets conservés, à des éléments que l’on peut rapprocher et commenter. Le récit fait place aux échanges avec Lorenzo Osti, aux souvenirs, à l’observation. Cette manière d’aborder les archives permet une lecture moins figée du patrimoine : ce qui a été gardé sert encore à nourrir une conversation.
L’histoire de C.P. Company est présentée à travers la recherche sur les textiles et une conception du design ouverte à des influences diverses. Les archives offrent un cadre cohérent pour évoquer ce mouvement. Elles ne prouvent pas, à elles seules, la valeur de chaque proposition passée ; elles en rendent la continuité perceptible. C’est une distinction utile pour une campagne de mode, où la profondeur historique peut facilement devenir un simple argument d’autorité.
Ici, le passé a surtout une fonction de mise en perspective. Il permet de regarder une nouvelle saison sans la considérer comme un commencement absolu.
Roberto Baggio, au-delà du talent
La présence de Baggio introduit une autre manière de lire ces traces. Le joueur est reconnu pour un talent qui lui a donné une place majeure dans le football mondial. Pourtant, la campagne choisit de porter l’attention sur ce que la seule idée de don laisse dans l’ombre : la discipline, l’effort répété, la persévérance. Elle s’intéresse à la durée d’un parcours plutôt qu’à l’éclat d’un instant.
Ce déplacement fournit au rapprochement avec C.P. Company sa logique. D’un côté, une carrière sportive ; de l’autre, une démarche de création poursuivie au fil des années. Le parallèle ne porte ni sur les gestes ni sur les résultats, évidemment différents. Il concerne le travail nécessaire pour continuer. La marque met ainsi en relation l’exigence du joueur et la constance de ses propres recherches.
Une réflexion de Baggio sur la nécessité d’aller au bout de son chemin accompagne le projet. Sans en faire une recette universelle, on peut y lire la clé de cette rencontre : certaines choses ne prennent leur sens qu’avec le recul. C’est précisément ce que permet le cadre des archives. Les étapes cessent d’être isolées ; elles deviennent les parties d’une histoire que l’on peut enfin embrasser.
Le risque serait de réduire le champion à une leçon de volonté. Sa présence parmi les vêtements ramène heureusement le propos à une situation plus simple : un homme découvre, regarde et échange avec celui qui porte aujourd’hui l’héritage de la maison.
Lorenzo Osti, la transmission en personne
Lorenzo Osti occupe une place particulière dans ce dispositif. Président de C.P. Company, il est aussi le fils de Massimo Osti. Sa présence réunit donc deux rapports à la marque, l’un professionnel, l’autre familial. Face à Baggio, il accompagne la découverte d’une histoire dont il est lui-même une continuation. La transmission n’a pas besoin d’être illustrée par un symbole supplémentaire : elle est déjà inscrite dans cette rencontre.
Il serait pourtant réducteur de ramener cet héritage à une filiation. Ce qui se transmet, dans le récit proposé, est aussi une façon d’envisager le vêtement : par la recherche textile, par le design, par l’attention portée à des univers extérieurs au sien. L’enjeu consiste à maintenir cette disposition au travail, plutôt qu’à conserver seulement les signes visibles du passé.
La conversation avec Baggio ouvre alors les archives à un regard venu d’ailleurs. Le footballeur n’appartient pas à la généalogie de C.P. Company ; son parcours lui permet d’en approcher certains principes sans se confondre avec elle. Cet écart donne son intérêt à l’échange. La mémoire d’une marque devient plus lisible lorsqu’elle peut être discutée avec quelqu’un qui n’en est pas le dépositaire.
Une collection placée face à sa propre histoire
La campagne reste celle d’une saison : l’automne-hiver 2026. Baggio porte la nouvelle collection au milieu des archives, et cette coexistence organise tout le propos. Les vêtements actuels sont regardés à côté des traces de leurs prédécesseurs. Le présent n’efface pas ce qui l’a rendu possible ; il s’expose à la comparaison.
Ce parti pris est plus exigeant qu’une simple célébration patrimoniale. Invoquer cinquante ans d’histoire ne suffit pas à expliquer une collection. En revanche, placer celle-ci dans les archives invite à chercher ce qu’elle prolonge, ce qu’elle déplace, la manière dont elle s’inscrit dans une démarche. La campagne fournit un cadre de lecture plutôt qu’un inventaire de nouveautés.
C’est là que le choix de Baggio trouve sa justesse éditoriale. Le champion attire le regard, mais la rencontre avec Lorenzo Osti le dirige vers les vêtements et leur histoire. Entre les pièces conservées et celles qu’il porte pour l’automne-hiver 2026, une question demeure, très concrète : que choisit-on de transmettre à la saison suivante ?


