Dans le sillage de la Fashion Week de New York, une adresse discrète de l’Upper East Side a capté l’attention des collectionneurs les plus pointus le vendredi 11 septembre 2026. Peter Brant Jr. ouvrait les portes de sa carriage house, une demeure historique de l’époque Gilded Age, pour transformer ses salons en un théâtre de mode d’un autre temps. Loin du tumulte des tentes de défilés habituelles, l’événement marquait le prélude de « The Impossible Couture Collection », une vente aux enchères orchestrée par la maison Fair Warning. L’initiative, née de la collaboration entre Brant Jr. et Loïc Gouzer, ancien spécialiste de l’art contemporain chez Christie’s, propose une relecture du marché de la haute couture vintage, traitée ici avec la même déférence que les beaux-arts.
Une esthétique de salon dans l’Upper East Side
Le format choisi rompait avec les standards actuels pour renouer avec l’intimité des présentations de couture du milieu du XXe siècle. Sous la direction stylistique d’Allia Alliata di Montereale, directrice du style pour le magazine W, treize silhouettes ont défilé au milieu d’un public restreint mais influent. Au premier rang, le styliste et collectionneur Law Roach observait les passages aux côtés de Giovanna Engelbert et de la Princesse Maria-Olympia de Grèce. Cette mise en scène « de salon » n’était pas qu’une coquetterie nostalgique ; elle visait à redonner du mouvement à des pièces souvent reléguées au rang d’objets statiques. Sur les vingt-trois lots que compte le catalogue total de la vente, seuls les plus robustes ont affronté le podium, les autres restant protégés par une exposition fixe due à leur extrême fragilité.
Le vestiaire de Naomi Campbell et le record McQueen
Le point d’orgue de cette présentation réside dans la provenance de certaines pièces maîtresses. Parmi les lots les plus disputés, une version sur mesure du Look 1 de la collection Printemps/Été 2010 « Plato’s Atlantis » d’Alexander McQueen a suscité un intérêt particulier. Cette pièce, extraite des archives personnelles de Naomi Campbell — elle l’avait portée lors de son gala Fashion for Relief en 2010 — est accompagnée des chaussures Armadillo assorties. Ces dernières, véritables sculptures de cuir et de soie, sont restées exposées sur socle, leur hauteur et leur complexité interdisant tout usage sur podium seize ans après leur création. L’ensemble McQueen bénéficie d’une estimation de pré-vente comprise entre 600 000 $ et 1 000 000 $ US (environ 540 000 € à 900 000 €), un montant qui témoigne de la valeur historique de cette collection, la dernière achevée par le créateur avant sa disparition.
La robe Mondrian et l’héritage sculptural
Si McQueen représentait le versant contemporain de la vente, Yves Saint Laurent en constituait le pilier classique. La célèbre robe « Mondrian », issue de la collection Haute Couture Automne/Hiver 1965-1966, était présentée en exposition statique. Ce jalon de l’histoire de la mode, qui marqua la fusion définitive entre l’art géométrique et le vêtement, est estimé entre 200 000 $ et 500 000 $ US. À ses côtés, la sélection de Peter Brant Jr. explorait d’autres formes de radicalité textile : une robe à capuche Azzedine Alaïa de la saison 1986-1987, un col orné d’insectes en métal doré signé Elsa Schiaparelli, ou encore un gilet en papier mâché provenant des archives de la Maison Martin Margiela.
L’ombre de John Galliano
La présence de plusieurs créations de John Galliano, notamment une robe noire pour Dior de l’été 1995 et un collier scarabée égyptien de la collection Haute Couture Printemps 2004, résonne avec l’actualité institutionnelle récente. Cette mise en lumière intervient seulement quelques semaines après l’annonce par le Costume Institute du Metropolitan Museum of Art de l’annulation de la rétrospective consacrée au créateur, initialement prévue pour 2027. Dans ce contexte, la dispersion de ces pièces d’archives prend une dimension politique et marchande, offrant une alternative au circuit muséal pour la conservation de l’œuvre de Galliano. Le collier scarabée, porté à l’origine par le mannequin Hana Soukupova sur le podium, demeure l’un des exemples les plus spectaculaires de l’ère « pharaonique » du créateur chez Dior.
La couture comme actif financier
Pour Loïc Gouzer, l’enjeu de cette vente dépasse la simple célébration esthétique. Le fondateur de Fair Warning défend la thèse selon laquelle les pièces emblématiques de la haute couture vintage demeurent structurellement sous-évaluées par rapport aux prix pratiqués sur le marché de l’art contemporain. En appliquant les codes de rareté et d’exclusivité des ventes d’art à la mode, la plateforme cherche à attirer une nouvelle typologie d’investisseurs. Après le défilé du 11 septembre, les pièces sont restées visibles sur rendez-vous jusqu’au 16 septembre. La vente finale se déroule le 17 septembre 2026, selon un format strictement numérique et sur invitation, via l’application dédiée de la maison d’enchères.


