Londres : l’incroyable métamorphose d’une usine d’avions en un loft de luxe à 7,2 millions de dollars

industrial aircraft factory loft
Photo © AirCorps Aviation — via https://www.aircorpsaviation.com/loft-contour-layout-lines-ordinates/

Au cœur du nord-ouest londonien, entre les briques rouges de Cricklewood et les étendues vertes de Gladstone Park, une relique de l’âge d’or de l’aviation britannique a entamé sa seconde vie. Wotton Works n’est plus le hangar où s’activaient les ouvriers de la manufacture Handley Page pour assembler les composants des bombardiers Halifax durant l’entre-deux-guerres. Sous l’impulsion de Simeon Anderson, directeur du fonds Clifton Securities, et de son épouse Sophie, ce site industriel brut s’est mué en un complexe hybride de 1 178,8 m². Ici, la frontière entre création professionnelle et vie domestique s’efface derrière une façade de briques rousses, accessible par une allée privée de trente mètres qui isole le lieu du tumulte urbain de la zone NW2.

L’héritage de Handley Page revisité par le design

L’acquisition du site en 2018 a marqué le début d’une transformation radicale, guidée par une volonté de conservation plutôt que de démolition. Pour orchestrer cette métamorphose, les propriétaires ont fait appel aux architectes d’intérieur Caireen O’Hagan et Corinne Quinn, transfuges du Studio Ilse Crawford, en collaboration avec l’agence Base Associates et Gridshell. L’objectif était de préserver l’ossature aéronautique du bâtiment tout en y injectant une sophistication résidentielle. Les poutres métalliques IPN et RSJ d’origine, laissées apparentes, scandent les volumes comme des rappels du passé manufacturier du lieu.

Le choix des matériaux souligne cette esthétique industrielle sans tomber dans le pastiche. Aux fenêtres en acier Crittall d’époque répondent des sols en béton lissé, des surfaces en résine et des sections en chêne massif. Les murs, loin de la froideur du plâtre blanc conventionnel, sont recouverts d’enduits en argile, un choix qui favorise la régulation naturelle de l’humidité tout en apportant une texture organique et douce aux espaces. Cette approche « low-tech » dans les finitions contraste avec la haute technicité de la structure, créant une atmosphère à la fois brute et enveloppante.

Un penthouse entre volumes cathédrales et épure domestique

Le sommet de l’édifice est occupé par un penthouse en duplex s’étendant sur environ 530 m². L’élément central de cette résidence est une pièce de réception monumentale en double hauteur, baignée de lumière naturelle. La suite parentale, véritable sanctuaire sous plafond voûté, intègre un dressing, un bureau privé et un salon de jour. Quatre autres chambres principales, portant le total à cinq chambres pour la partie résidentielle, complètent ce volume, accompagnées de quatre salles de bains aux finitions soignées.

La cuisine a été pensée comme un laboratoire culinaire pour professionnels. Elle s’articule autour d’un double îlot central et regroupe un arsenal d’équipements haut de gamme : appareils Gaggenau et Smeg, ainsi qu’une plaque de cuisson avec grill intérieur sans fumée signée Alpes Inox. Le confort quotidien est assuré par des détails techniques comme le robinet Quooker, délivrant instantanément eau bouillante ou pétillante. En retrait des espaces de vie principaux, le penthouse dispose également d’un cellier, d’une buanderie et d’une salle multimédia dédiée, optimisant l’organisation de cette demeure aux dimensions hors normes.

Écologie structurelle et technicité invisible

Wotton Works se distingue par une performance énergétique rare pour une reconversion industrielle de cette envergure. Le toit du complexe supporte une installation de 162 panneaux solaires, une infrastructure qui alimente le bâtiment tout en minimisant son empreinte carbone. Le confort thermique ne repose pas sur des radiateurs classiques, mais sur un système de chauffage par panneaux infrarouges, complété par une ventilation mécanique contrôlée à récupération de chaleur (VMC HR). Cette combinaison garantit un renouvellement de l’air optimal et une chaleur constante sous les vastes hauteurs sous plafond.

La connectivité n’a pas été sacrifiée sur l’autel du patrimoine. L’ensemble du site est précâblé en CAT6 et bénéficie d’une connexion fibre optique à très haut débit (1 Gbps), répondant aux exigences des industries créatives contemporaines. À l’extérieur, l’allée sécurisée mène à un espace de stationnement privé capable d’accueillir six à neuf véhicules, équipé de bornes de recharge rapide pour voitures électriques. Chaque aspect technique a été intégré de manière à rester presque invisible, laissant la priorité à la lisibilité de l’architecture.

Un hub créatif modulable au service du « Live-Work »

La partie inférieure du bâtiment, couvrant environ 650 m², incarne le concept de « Live-Work ». Le rez-de-chaussée et le premier étage abritent un atelier principal de 389 m², bénéficiant d’une autorisation mixte pour le travail et l’habitation. Cet espace est complété par un studio duplex de 158 m², optimisé pour la photographie et la production vidéo, ainsi qu’un studio de yoga. La flexibilité est ici le maître-mot : si le penthouse compte officiellement cinq chambres, la modularité des espaces de bureaux permettrait, selon les besoins des futurs acquéreurs, de configurer jusqu’à dix chambres sur l’ensemble du site.

Le lien entre ces différentes zones est assuré par un atrium triple hauteur de 101 m². Cet espace de transition est fermé par une porte à enroulement automatique de cinq mètres de haut et agrémenté d’un mur végétal imposant. En extérieur, le penthouse s’ouvre sur deux terrasses privées orientées plein sud, offrant des vues dégagées sur le quartier. Les plans architecturaux prévoient même la possibilité technique d’installer une piscine de 6 mètres par 4 mètres sur la terrasse du deuxième étage, bien que cet aménagement reste à la discrétion du futur propriétaire.

Dynamique financière et perspectives d’acquisition

Le positionnement de Wotton Works sur le marché immobilier londonien a connu plusieurs phases. Initialement proposé à 6,5 millions de livres sterling par l’agence The Modern House en 2022, le prix a été réajusté pour les mandats actuels de 2025-2026. Le bien est désormais affiché à 5 350 000 £ (soit environ 6,35 millions d’euros ou 7,2 millions de dollars selon les cours de change appliqués par la presse financière internationale). Ce montant couvre la pleine propriété (Freehold) de l’intégralité du complexe.

Pour les investisseurs ou les collectifs de création ne souhaitant acquérir qu’une partie du site, une option d’achat fractionné a été mise en place. La section commerciale du rez-de-chaussée, incluant les espaces de bureaux et les studios sur environ 650 m², fait l’objet d’offres séparées à partir de 2 500 000 £. Cette cession prendrait la forme d’un bail de 999 ans, une modalité juridique qualifiée de « virtual freehold ». Cette structure de vente flexible reflète la nature même du lieu : un ensemble capable de fonctionner comme une demeure familiale singulière ou comme le siège prestigieux d’une agence de design, d’architecture ou de production audiovisuelle.