Paul & Shark sublime sa nouvelle campagne dans l’écrin architectural de la Casa Taller Corberó

Paul Shark Casa Corberó
Photo © Pambianconews — via https://www.pambianconews.com/2026/09/15/paul-shark-sceglie-le-atmosfere-di-casa-taller-corbero-per-la-campagna-adv-494336/

Du cachemire imperméable : l’automne-hiver 2026 de Paul & Shark pourrait se lire à partir de ce seul rapprochement. D’un côté, une matière dont le nom suffit à évoquer la douceur ; de l’autre, une propriété qui engage le vêtement dans un rapport très concret avec la météo. C’est dans cette tension que la collection trouve son intérêt. Le luxe y apparaît moins comme une manière de tenir le quotidien à distance que comme une façon de l’aborder autrement. Reste à donner une forme à cette ambition. La maison la cherche dans ses propres modèles, dans le travail des textiles et, pour sa campagne, dans l’architecture.

Reprendre un blouson plutôt que repartir de zéro

Le point d’ancrage le plus personnel de cette proposition porte un nom : « The Paolo Blouson ». Conçu par le fondateur de Paul & Shark, ce vêtement revient cette saison dans une version en cachemire, avec des détails en maille. L’information vaut davantage qu’un simple rappel patrimonial. Elle permet de comprendre comment la marque entend faire évoluer son vestiaire : conserver un modèle de référence, mais déplacer son expression par la matière.

Le choix du cachemire modifie en effet la lecture d’un blouson avant même que l’on en examine les détails. Le mot désigne un registre tactile, tandis que la catégorie du vêtement renvoie à une fonction d’extérieur. Les éléments tricotés établissent un passage entre les deux. L’exercice ne consiste donc pas seulement à remettre un nom historique en circulation ; il confronte une pièce issue de l’histoire de la maison à ses recherches actuelles.

Il faut toutefois distinguer les informations. Si le cachemire imperméable figure parmi les matières de la collection, la présentation du « The Paolo Blouson » précise uniquement qu’il est réalisé en cachemire. Rien ne permet d’attribuer à ce modèle particulier le traitement annoncé pour l’ensemble du vestiaire. Cette nuance compte dans une proposition où les qualités techniques des textiles occupent une place aussi importante que leur apparence.

Aliseo, le vêtement entre deux catégories

Avec « Aliseo », le dialogue se joue autrement. Ce blouson en laine et cachemire met en relation le vêtement d’extérieur et la maille, deux domaines que Paul & Shark rapproche dans sa recherche. Là où « The Paolo Blouson » apporte la profondeur d’un modèle conçu par le fondateur, Aliseo donne un exemple concret du principe d’hybridation qui traverse la saison.

Le terme peut sembler abstrait. Il prend ici un sens assez simple : travailler un vêtement sans l’enfermer dans une seule famille. Un blouson peut emprunter à l’univers du tricot sans renoncer à sa place parmi les pièces d’extérieur. Cette circulation intéresse davantage que l’étiquette « hybride » elle-même, parce qu’elle oblige à considérer ensemble la construction, la matière et l’usage auquel le vêtement se destine.

La collection associe ainsi pièces d’extérieur, tricots et modèles à la croisée de ces catégories. Il serait réducteur d’y voir trois compartiments séparés. Les deux blousons nommés dans la présentation suggèrent au contraire un vestiaire construit autour de passages : entre une référence ancienne et une exécution nouvelle, entre la présence d’un tissu et celle d’une maille. La cohérence se cherche dans ces articulations plutôt que dans une uniformité de surface.

La technique, sans démonstration tapageuse

Le choix des matières donne à cette démarche son assise. Aux côtés du cachemire imperméable figurent le cuir Aqualeather, des laines traitées contre la pluie, du lin d’hiver et du jersey. Cette sélection fait cohabiter des noms familiers avec des formulations qui soulignent une adaptation ou une propriété particulière. Le vocabulaire textile raconte déjà une partie du projet : ne pas dissocier le plaisir de la matière des contraintes auxquelles elle peut répondre.

Les laines antipl pluie et le cachemire imperméable constituent les exemples les plus explicites de cette orientation. La protection est inscrite dans leur désignation. Pour Aqualeather, en revanche, le texte de présentation mentionne le cuir sans détailler ses caractéristiques. Quant au lin d’hiver, son intérêt éditorial tient à l’association même des mots : la marque l’inscrit dans une saison froide, au sein d’une gamme où la laine et le cachemire sont également présents.

Paul & Shark met en avant le savoir-faire de fabrication autant que la sélection des fils, les procédés de travail et les technologies. La performance n’est donc pas isolée comme un argument ajouté après coup. Elle participe à la définition des pièces, avec une recherche visuelle volontairement dépouillée. Cette alliance impose une exigence : si l’apparence reste sobre, la différence doit se loger dans ce que le textile permet et dans la manière dont il est travaillé.

La présentation ne fournit ni mesures de résistance ni détails sur les protocoles techniques. On peut donc relever une direction, pas établir un bilan de performance. C’est aussi ce qui rend le parti pris visuel de la campagne intéressant : il doit faire percevoir la qualité matérielle sans pouvoir montrer, à lui seul, toutes les propriétés annoncées.

L’architecture comme instrument de lecture

Pour photographier cette collection automne-hiver 2026, Charlotte Lapalus s’est installée à Casa Taller Corberó, non loin de Barcelone. Le lieu offre des arches, des surfaces à la matérialité affirmée et des contrastes d’ombre et de lumière. Plutôt que de servir uniquement d’adresse à la campagne, il fournit une grille de lecture du vêtement.

Les géométries architecturales sont mises en relation avec les textiles. Ce rapprochement déplace le regard : on considère une pièce par ses lignes, mais aussi par la façon dont sa surface répond à ce qui l’entoure. Le bâtiment donne une échelle et un rythme à cette rencontre. Il n’est pas nécessaire d’attribuer aux vêtements des formes architecturales pour comprendre le lien ; celui-ci se construit dans la confrontation des matières.

La lumière naturelle joue ici un rôle précis, celui de rendre les étoffes et leurs finitions plus lisibles. Ce choix rejoint la logique de la collection. Puisque l’évolution passe notamment par les fils et les traitements, l’image doit attirer l’attention sur autre chose qu’une silhouette générale. Les ombres et les zones éclairées deviennent les outils d’un récit centré sur la présence physique du vêtement.

L’intemporel se juge dans les modifications

La marque qualifie son esthétique d’intemporelle. Le mot, souvent trop commode, mérite ici d’être confronté aux pièces. La permanence ne signifie pas l’absence de changement : les modèles historiques sont justement repris avec des matières et des solutions de design actualisées. Ce qui demeure est un point de départ, non une obligation de reproduire à l’identique.

C’est sous cet angle que la campagne trouve sa portée. L’architecture installe un cadre ; les textiles y introduisent leurs nuances ; les blousons donnent une traduction concrète au rapprochement entre héritage et recherche. Le détail à retenir reste celui du « The Paolo Blouson » : un modèle conçu par le fondateur, repris en cachemire et ponctué de maille. L’histoire de la maison se prolonge dans une décision de fabrication.