L’invitation au secret : le charme envoûtant d’une ferme anglaise et de ses recoins douillets

english farmhouse window seat
Photo © Architectural Digest — via https://www.architecturaldigest.com/story/max-rollitt-england-farmhouse

Quitter l’agitation de New York pour s’établir durablement dans les vallons du West Country n’est pas un simple changement d’adresse, c’est une quête de racines. Pour cette famille, l’acquisition d’une ferme historique dans le sud-ouest de l’Angleterre n’était pas motivée par une recherche de prestige immobilier, mais par une émotion brute liée à la terre. « C’est l’esprit du lieu que nous avons acheté plutôt que la maison », expliquent les propriétaires. Ce domaine de 92 acres, soit environ 37,2 hectares, abrite des bois anciens typiques du paysage anglais et une bâtisse dont les fondations remontent au XVIe siècle. Au fil des siècles, des extensions successives ont transformé la ferme originelle en un labyrinthe architectural de près de 680 mètres carrés. Pour redonner une cohérence à cet ensemble sans en gommer la patine historique, le décorateur et antiquaire Max Rollitt s’est associé au cabinet Simon Morray-Jones Architects. Ensemble, ils ont orchestré une rénovation qui privilégie la fluidité des circulations et l’immersion totale dans le paysage environnant.

Une restructuration dictée par le paysage

Le principal défi de l’agence Simon Morray-Jones, installée à Bath, a consisté à unifier les différentes strates de construction accumulées depuis les années 1500. Le bâtiment portait les marques de chaque époque, mais la circulation intérieure souffrait d’un manque de clarté, segmentant la vie de famille. L’intervention architecturale a visé à réorganiser ces volumes pour créer un parcours plus naturel entre les pièces. Ce travail de chirurgie douce a permis de respecter l’authenticité des structures anciennes tout en adaptant la maison aux besoins d’une famille contemporaine.

L’une des décisions les plus structurantes du projet a été le déplacement de la cuisine. Initialement orientée vers l’est, elle a été réorientée vers l’ouest. Ce changement de perspective n’est pas anodin : il permet aujourd’hui d’offrir une vue dégagée sur la vallée. Depuis cet espace central de la maison, les occupants peuvent observer la faune locale qui habite le domaine, notamment les renards, les chevreuils et une grande variété d’oiseaux. Les fenêtres ont été repositionnées ou remplacées pour agir comme des cadres, capturant des fragments du panorama extérieur et faisant entrer la nature dans l’intimité du foyer.

L’art du recoin et le confort des lits-clos

Max Rollitt a abordé l’aménagement intérieur avec la volonté d’apporter de la joie et de la chaleur à ces vastes volumes. Sa double expertise de décorateur et d’antiquaire imprègne chaque pièce, où se mêlent mobilier ancien et créations sur mesure. L’une des signatures de ce projet réside dans l’aménagement de zones de repos informelles. Des banquettes profondes, ou « window seats », ont été intégrées sous les fenêtres, invitant à la contemplation des collines. Ces installations transforment des espaces de passage en véritables points d’arrêt, optimisant chaque recoin de la structure historique.

Pour renforcer cette atmosphère de cocon, Max Rollitt a intégré des « box beds », ou lits-clos, destinés aux enfants et aux invités. Ces structures encastrées, inspirées d’une tradition européenne ancienne, offrent un sentiment de protection et de confort acoustique, tout en libérant de l’espace au sol. Cette approche ludique et fonctionnelle de l’espace souligne la philosophie du projet : créer une maison qui soit à la fois un refuge et un lieu de vie dynamique.

Une bibliothèque pensée pour la musique

La bibliothèque constitue l’un des points d’orgue de la demeure. Cet espace, qui sert également de salle de musique, a été conçu pour accueillir le piano du fils des propriétaires. Les murs sont habillés d’étagères murales réalisées sur mesure, intégrant les collections de livres de la famille dans la structure même de la pièce. Pour cet espace, le choix chromatique s’est porté sur la nuance « First Light » de l’éditeur de peintures Little Greene, un ton qui apporte une luminosité douce et constante, quelle que soit l’heure de la journée.

Le souci du détail se poursuit dans le choix des luminaires. Dans cette pièce comme dans le reste de la maison, Max Rollitt a privilégié des pièces ayant une âme. Une applique ancienne issue de sa propre collection d’antiquités a été associée à un abat-jour artisanal réalisé par l’Atelier Elizabeth Rose. Ce mélange de textures et d’époques évite l’écueil d’une décoration figée et contribue à l’aspect vivant de la ferme.

La préservation de l’authenticité rurale

Malgré l’ampleur des travaux de rénovation, dont le coût est resté confidentiel, l’objectif n’a jamais été de transformer la ferme en une résidence de campagne aseptisée. Le domaine de 92 acres continue de jouer un rôle prépondérant dans l’identité du lieu. Les bois anciens qui entourent la propriété ont été préservés, agissant comme un écran naturel qui protège l’intimité de la famille tout en ancrant la maison dans son histoire séculaire.

Le reportage réalisé par Camille Okhio, illustré par les photographies de Christopher Horwood et Edward Rollitt, témoigne de cette réussite : celle d’une maison qui semble avoir toujours existé sous cette forme, bien que sa fonctionnalité ait été entièrement repensée. En unifiant les siècles de construction et en ouvrant les murs sur la vallée, Simon Morray-Jones et Max Rollitt ont transformé une bâtisse historique en un lieu de vie qui respire au rythme de la campagne anglaise. Le fils des propriétaires peut désormais pratiquer son piano face aux collines, tandis que les renards et les chevreuils traversent le champ de vision familial, confirmant que l’esprit du lieu est bel et bien préservé.