Pourquoi tout Madrid rêve-t-il d’intégrer le Real Club de Campo Villa ?

Real Club Campo Villa Madrid
Photo © Club de Campo Villa de Madrid — via https://www.ccvm.es/noticias/dia-empleado-2025

Real Club de Campo Villa : l’oasis de verdure où tout Madrid rêve d’entrer

À peine cinq minutes suffisent pour quitter le tumulte du centre-ville madrilène et s’immerger dans une parenthèse hors du temps. Entre l’autoroute et les rives du fleuve Manzanares, le Real Club de Campo Villa déploie ses 250 hectares de collines vallonnées et de pinèdes. Chaque matin, dès 8h30, Juan Carlos Vera Pró, le directeur général, parcourt ce domaine à bord de son véhicule pour s’assurer que ce joyau de la capitale espagnole est prêt à accueillir ses visiteurs. Ici, l’architecture et les greens impeccables fleurent bon la tradition, mais le succès du club est, lui, résolument moderne : avec 35 000 membres au compteur, l’établissement affiche complet et gère une liste d’attente qui semble interminable.

Ancien parlementaire ayant siégé durant 26 ans, Vera Pró a troqué les bancs de l’hémicycle pour les terrains de sport en 2019. Son quotidien est désormais rythmé par la gestion d’un empire athlétique : 240 chevaux au centre équestre, 34 courts de tennis, du hockey, du croquet, du padel et, bien sûr, du golf. Le club est une véritable fourmilière où se croisent toutes les générations. Pas plus tard que la semaine dernière, le directeur remettait plus de 600 médailles à de jeunes hockeyeurs en herbe. On estime que près de 6 000 membres franchissent les grilles chaque week-end pour déconnecter de la pression urbaine.

Un privilège rare et une histoire mouvementée

Devenir membre de ce cercle prestigieux relève aujourd’hui du parcours du combattant. Les admissions sont gelées depuis plusieurs années, et les places ne se libèrent qu’au compte-gouttes, généralement suite à un désistement volontaire ou un décès. L’adhésion annuelle, fixée à 950 euros, reste un Graal pour beaucoup. Récemment, une exception notable a été faite pour Rafael Nadal, nommé membre d’honneur après y avoir organisé un tournoi caritatif. Le prestige du lieu a encore grimpé d’un cran l’an dernier, lorsque le Roi d’Espagne a décerné au club une distinction royale d’excellence sportive, entraînant une modification de son emblème officiel.

Pourtant, l’histoire du club n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Fondé en 1930 par de jeunes aristocrates — dont un duc et un comte — mécontents des tarifs d’un autre club, le domaine a traversé les turbulences politiques de l’Espagne. Cédé au gouvernement local sous la Seconde République, puis redevenu institution privée après la guerre civile, il a finalement trouvé son équilibre actuel en 1984. Aujourd’hui, la mairie de Madrid détient 51 % des parts, le reste étant partagé entre le patrimoine national et la Société Royale Hippique Espagnole.

L’art de vivre au sommet du « Chalet de Arriba »

Le cœur social du domaine bat au Chalet de Arriba. Ce pavillon, dessiné en 1931 par l’architecte Luis Gutiérrez Soto, dégage une atmosphère d’ambassade figée dans le temps. Sous les effluves de jasmin qui parfument les terrasses, les membres profitent d’une vue imprenable sur la silhouette de Madrid qui se dessine au loin. C’est ici que l’on vient pour le plaisir du jeu et de la conversation.

L’après-midi, les salons se remplissent de joueurs de bridge et de canasta. Dans le café attenant, certains s’enfoncent dans les fauteuils en cuir rétro signés Casa & Jardin pour lire la presse nationale tout en sirotant un cortado. Le calme n’est interrompu que par le claquement sec d’un fer envoyant une balle de golf vers le ciel. Pour moderniser cette institution, un centre d’entraînement virtuel est en projet pour aider les 14 000 golfeurs du club à perfectionner leur swing, tandis qu’un système de tirage au sort rigoureux a été mis en place pour garantir l’équité des départs sur le parcours, prouvant que même dans ce lieu d’élite, la règle est la même pour tous.