Milano Moda Graduate 2026 : le sacre de Matilde Bonechi, nouveau prodige de l’Istituto Marangoni

Matilde Bonechi Milano Moda Graduate
Photo © Vogue — via https://www.vogue.it/article/milano-moda-graduate-2026-matilde-bonechi-vince-la-dodicesima-edizione

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Une fermeture peut-elle donner sa direction à une silhouette entière ? C’est l’exercice proposé aux candidats du Ykk Prize, l’une des distinctions de Milano Moda Graduate. Le détail technique devient le point de départ du vêtement, plutôt que son dernier réglage. Cette contrainte offre aussi une entrée éclairante dans la douzième édition du rendez-vous porté par la Camera Nazionale della Moda Italiana : derrière la désignation de nouveaux talents, une certaine idée de la formation se dessine, où l’invention doit rencontrer la fabrication. Le défilé de clôture, organisé à la Rotonda della Besana, à Milan, en était la partie visible. L’apprentissage, lui, ne se limite pas au podium.

Apprendre ce qui fait tenir une collection

On retient volontiers d’un concours un nom, parfois une école. Milano Moda Graduate mérite aussi d’être regardé par son programme pédagogique. Pour la huitième année consécutive, la Camera Nazionale della Moda Italiana a proposé aux étudiants un accompagnement consacré au développement et à la production de leurs collections. Le choix des sujets est révélateur : il ne s’agit pas seulement d’aider à formuler une proposition esthétique, mais de travailler sur les conditions de sa réalisation.

Ateliers et séances de conseil abordent ainsi la durabilité et les techniques de production. Leur présence dans un même parcours invite à ne pas séparer l’intention de ses conséquences matérielles. Imaginer une collection et savoir comment elle sera fabriquée relèvent de deux exercices distincts, que cette formation met en relation. Pour des étudiants, ce rapprochement déplace utilement le regard : le vêtement ne peut être évalué uniquement à travers l’effet qu’il produit lors d’un passage sur le podium.

Le programme inclut également les tendances, les marchés internationaux, le merchandising et la communication numérique. Ce sont autant de questions qui attendent une collection une fois dessinée. Comment trouve-t-elle sa place ? Comment devient-elle lisible pour ceux auxquels elle s’adresse ? Sans apporter de réponse universelle, le contenu de cet accompagnement rappelle que la création dialogue avec des métiers dont les exigences ne sont pas toujours les siennes. Apprendre à comprendre ces exigences fait ici partie de la formation.

Matilde Bonechi, un nom à retenir sans lui inventer une histoire

Le prix de la catégorie fashion design revient à Matilde Bonechi, étudiante à l’Istituto Marangoni. Elle a été choisie parmi six finalistes par un jury présidé par Luca Lisandroni, directeur général et membre du conseil exécutif de Brunello Cucinelli. Cette composition donne au jugement une dimension professionnelle précise : la sélection des talents émergents se fait sous le regard d’un dirigeant de maison, au croisement de la création et de la conduite d’une entreprise de mode.

Il faut toutefois distinguer ce que ce palmarès établit de ce qu’il ne raconte pas. La récompense désigne une lauréate ; elle ne suffit pas à définir son vocabulaire créatif, ses matières de prédilection ou les références de sa collection. Rien ne justifierait de lui attribuer, à ce stade, une signature esthétique sur la seule foi de cette distinction. Le fait est déjà significatif : parmi les six propositions finalistes de sa catégorie, celle de Matilde Bonechi a emporté le choix du jury.

L’intérêt de Milano Moda Graduate tient précisément à ce passage entre deux cadres d’évaluation. Une étudiante représente une école, mais son travail est aussi présenté à des professionnels extérieurs à celle-ci. La distinction rend son nom visible au-delà du contexte pédagogique. Elle constitue un repère, non un verdict sur toute une carrière à venir. Cette nuance permet de prendre la jeune création au sérieux sans transformer chaque prix en promesse démesurée.

La contrainte technique comme sujet de création

Le Ykk Prize suit une autre logique. Décerné par Ykk Italia, partenaire principal de l’événement, il récompense un projet élaboré autour des accessoires de fermeture. Le cahier des charges impose de concevoir une tenue à partir de ces éléments. Ce déplacement est intéressant : ce qui pourrait être traité comme une fourniture devient une question de design à part entière.

La contrainte ne dit pas à quoi doit ressembler le résultat. Elle fixe plutôt le problème auquel chaque candidat doit apporter sa réponse. Quelle place donner à la fermeture dans la composition d’un vêtement ? Faut-il la rendre immédiatement perceptible ou l’intégrer autrement à la silhouette ? Ces interrogations découlent de l’exercice lui-même, sans préjuger des solutions effectivement présentées. Elles montrent combien un sujet apparemment circonscrit peut engager la conception de l’ensemble.

Dix projets finalistes, réalisés par onze étudiants en fashion design, étaient en lice. Le prix a été attribué à Costanza Barbieri et Giulio Censori, tous deux étudiants de l’Ied, l’Istituto Europeo di Design. Leur projet commun introduit aussi une différence dans le palmarès : la reconnaissance porte ici sur un travail à deux. À côté de la distinction individuelle reçue par Matilde Bonechi, cette récompense laisse donc une place à une autre manière de concevoir et de présenter une proposition.

Des écoles, mais aussi plusieurs manières d’être remarqué

Une mention spéciale a par ailleurs été décernée à Corinne Zanini, étudiante à l’université Iuav de Venise. Avec l’Istituto Marangoni et l’Ied, son établissement figure ainsi parmi les écoles représentées dans les distinctions annoncées. Le rendez-vous, consacré aux talents émergents des écoles de mode italiennes, ne se résume donc pas à la désignation d’une seule gagnante.

Prix de fashion design, récompense liée à un exercice technique et mention spéciale n’ont ni le même périmètre ni la même fonction. Il serait réducteur de les fondre dans un classement unique. Leur coexistence permet plutôt de lire les travaux selon plusieurs critères : une proposition de création peut être distinguée dans une sélection générale, tandis qu’une autre est reconnue pour sa réponse à un sujet défini par un partenaire industriel.

C’est aussi ce qui donne du sens au parcours pédagogique associé à l’événement. Le podium rassemble les résultats ; les ateliers abordent les savoirs nécessaires pour y parvenir et pour prolonger le travail. Entre ces deux moments, Milano Moda Graduate fait apparaître une formation à plusieurs dimensions, sans réduire le métier au seul geste de dessiner.

Après Milan, une semaine à Shenzhen

Pour Costanza Barbieri et Giulio Censori, la suite du prix prend une forme concrète. Remise par Hideyuki Kubo, président de Ykk Italia, la distinction prévoit une semaine de formation dans le showroom du groupe à Shenzhen. Le déplacement prolonge ainsi le sujet imposé par une expérience auprès du partenaire qui l’a proposé.

Le programme détaillé de cette semaine n’est pas précisé. Sa place dans la récompense suffit néanmoins à retenir l’attention : après avoir conçu une tenue autour des accessoires de fermeture, les deux étudiants pourront poursuivre leur apprentissage dans l’environnement du groupe. Leur prochaine étape n’est donc pas un autre passage sur le podium, mais une semaine de formation à Shenzhen.