La rentrée de l’art s’articule cet automne autour de deux pôles géographiques majeurs, Paris et New York, à travers une série de ventes et de salons qui mettent en lumière des œuvres aux trajectoires singulières. Entre l’introspection tardive d’un maître de l’École de Paris et la rigueur technique de la porcelaine impériale chinoise, le mois de septembre 2026 dessine un paysage de collection varié, où se côtoient l’acier compressé et les paysages nocturnes capturés en plein air.
Marc Chagall : un regard crépusculaire sur Paris
Au cœur de la Nef du Grand Palais, le salon Fine Arts Paris, désormais connu sous l’acronyme FAB Paris, accueille du 19 au 23 septembre 2026 une pièce qui témoigne de la longévité créative de Marc Chagall. Présenté sur le stand C10 par la Galerie Larock-Granoff, Le peintre à Paris est un autoportrait réalisé vers 1978. À cette époque, l’artiste a déjà franchi le cap des 90 ans. L’œuvre ne passe pas sous le marteau des enchères mais fait l’objet d’une vente de gré à gré au prix fixe de 600 000 €.
Ce tableau offre une plongée dans la psyché d’un homme qui a vu la modernité s’écrire sous ses yeux. Chagall contemple ici la capitale française, sa ville d’adoption depuis son installation en 1910 à La Ruche. Cette résidence d’artistes de Montparnasse, où il côtoyait Fernand Léger et Amedeo Modigliani, reste le point d’ancrage de son imaginaire. Avant de rejoindre le Grand Palais, cette toile avait été dévoilée au public en 2025 lors d’une exposition au Musée Jean Couty à Lyon. Elle revient aujourd’hui sur le marché comme un témoignage de la période finale de l’artiste, marquée par une réflexion profonde sur son propre parcours au sein de la cité qui l’a révélé.
L’instabilité du rouge de cuivre : un défi impérial chez Christie’s
À New York, le 17 septembre 2026, Christie’s disperse une collection privée nord-américaine d’art chinois, au sein de laquelle se distingue un vase de la dynastie Qing. Datant du règne de l’empereur Qianlong (1736-1795), cet objet adopte la forme dite « gousse d’ail » (*garlic-mouth*). Son décor met en scène trois lions bouddhiques jouant avec des balles brodées, un motif classique exécuté selon une technique particulièrement complexe.
L’esthétique de ce vase s’inspire des bronzes antiques, mais c’est l’utilisation des pigments qui retient l’attention des spécialistes. Le décor est réalisé au bleu sous couverte et au rouge de cuivre. Ce dernier pigment est réputé pour son extrême instabilité lors de la cuisson, exigeant une maîtrise totale de l’atmosphère du four pour obtenir la teinte souhaitée. L’objet porte une marque de sceau impériale inhabituelle, que les experts attribuent à Tang Ying (1682-1756), le directeur des fours impériaux de Jingdezhen. Cette attribution souligne l’importance historique du vase, dont l’estimation se situe entre 500 000 $ et 800 000 $, soit approximativement entre 448 000 € et 717 000 € selon les taux de change actuels.
John Chamberlain et la poésie de l’acier compressé
Le 26 septembre 2026, la maison Phillips propose à New York, lors de sa vente « Modern & Contemporary Art », une œuvre imposante de John Chamberlain intitulée SMILE CODE. Réalisée en 2003, cette sculpture tridimensionnelle de 125,7 x 94,0 x 94,0 cm appartient à la phase ultime de la carrière de l’Américain, disparu en 2011.
Chamberlain a bâti sa réputation sur sa capacité à transformer des éléments de carrosserie automobile de récupération en compositions sculpturales. SMILE CODE utilise l’acier peint et chromé pour créer un jeu de volumes compressés où la couleur et la brillance du métal dialoguent avec la violence suggérée du matériau brut. La pièce est d’autant plus scrutée par les collectionneurs qu’elle n’est apparue qu’une seule fois sur le marché des enchères auparavant. Son estimation est fixée entre 200 000 $ et 300 000 $, ce qui représenterait une valeur indicative comprise entre 179 000 € et 269 000 €.
Lois Dodd : une nocturne peinte à 99 ans
Toujours chez Phillips le 26 septembre, un tableau de Lois Dodd apporte une note plus feutrée aux vacations new-yorkaises. View from Van Loonen’s at Night, peint en 1995, est un paysage nocturne réalisé en plein air. Cette œuvre provient de la succession de Lee Beltzer, professeur au Brooklyn College et ami proche de l’artiste. Lois Dodd, figure historique de la scène artistique new-yorkaise et cofondatrice de la Tanager Gallery dans les années 1950, est aujourd’hui âgée de 99 ans.
Bien que son estimation soit plus accessible — entre 10 000 $ et 15 000 $, soit environ 8 960 € à 13 440 € — l’œuvre bénéficie d’un regain d’intérêt institutionnel pour l’artiste, marqué notamment par une exposition majeure au Kunstmuseum Den Haag au début de l’année 2026. Ce paysage témoigne de la persistance de son regard sur la nature et la lumière, capturées directement sur le motif, loin des artifices de l’atelier.


