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Ajouter Texture à GoogleLe 15 septembre 2026, aux alentours de 9h00 du matin, une flotte d’autocars a quitté Lispenard Street, dans le bas de Manhattan, pour s’engager dans une traversée vers le nord. À bord, des centaines de professionnels de la mode, habitués au rythme métronomique des présentations citadines, ont entamé un trajet de près de deux heures pour rejoindre Mountainville, dans le comté d’Orange. L’objectif : le Storm King Art Center, un parc de sculptures en plein air s’étendant sur environ 200 hectares, choisi par Hillary Taymour pour dévoiler la collection Printemps-Été 2027 de Collina Strada. Intitulé « Detour », ce défilé a marqué un tournant logistique et symbolique, s’imposant comme la première manifestation de mode jamais organisée dans l’histoire de cette institution de la vallée de l’Hudson.
Une immersion entre art monumental et culture pop
L’expérience a débuté bien avant le premier passage sur le podium improvisé. Pour rythmer le trajet, la créatrice a misé sur une forme de nostalgie ludique en faisant distribuer des paquets de cartes Pokémon aux invités, un clin d’œil à l’une de ses passions personnelles. Une fois sur place, l’accueil s’est structuré autour de stations de rafraîchissements, proposant du kombucha et du « Golden Matcha », offrant une transition radicale avec l’effervescence habituelle de Midtown. Le cadre lui-même dictait une approche contemplative : les 33 silhouettes de la collection ont défilé sur l’herbe, serpentant au milieu d’œuvres majeures de la collection permanente du parc. On a pu voir les mannequins évoluer à l’ombre de structures imposantes telles que Endless Column (1968) de Tal Streeter, Adonai (1970–1971) d’Alexander Liberman ou encore l’arche monumentale The Arch (1975) d’Alexander Calder.

Le nombre d’invités ayant fait le déplacement varie selon les sources : si le partenaire de la marque, LAYERED, fait état de 300 personnes, d’autres estimations situent la fréquentation autour de 400 spectateurs. Ce public a assisté à une conclusion festive marquée par une prestation surprise de la chanteuse Carly Rae Jepsen. Vêtue d’une création sur-mesure signée Collina Strada, elle a entraîné les modèles dans une célébration dansante, transformant le paysage sculptural en une scène de vie spontanée.
Anachronisme stylistique et engagement matériel
La collection « Detour » explore un dialogue entre plusieurs époques, mêlant un romantisme médiéval — dont l’influence puise ses racines dans l’esthétique du film A Knight’s Tale (Chevalier) — à des codes victoriens et des accents grunge. Cette fusion temporelle se manifeste par des silhouettes sculpturales où les influences de l’an 2000 (Y2K) rencontrent des volumes plus classiques. La recherche textile, pilier de l’identité de la maison, s’est concentrée sur l’usage de stocks dormants (deadstock) pour le fleece et la popeline. L’organza travaillé à la manière de plumes, les sequins recyclés, le satin imprimé de chrysanthèmes et le moiré ont composé un vestiaire où la texture prime sur l’épure.

Le défilé a également servi de plateforme pour plusieurs collaborations. Dans le domaine de la chaussure, la créatrice a présenté la Chuck Taylor Plié, fruit d’un partenariat avec Converse. Ce modèle se distingue par une semelle fendue (split-sole) empruntée aux chaussons de danse, un bout carré asymétrique et des finitions effilochées. Si son prix n’a pas encore été révélé, sa commercialisation mondiale est fixée au 3 décembre 2026. Parallèlement, des sandales d’inspiration gorpcore, ornées de volants, ont été dévoilées en collaboration avec KEEN. Au-delà de l’habillement, Hillary Taymour étend son univers à l’aménagement intérieur avec la maison suédoise LAYERED. Cette capsule comprend quatre modèles de tapis en laine tuftés à la main et deux modèles de canapés, marquant une diversification stratégique vers le mobilier de luxe.
Un schisme logistique au sein de la Fashion Week
Malgré la dimension artistique de l’événement, le choix de délocaliser le show à deux heures de Manhattan a provoqué un clivage net au sein de l’industrie. Pour une partie des critiques et des acheteurs, l’investissement temporel a été jugé démesuré, voire absurde. Entre les quatre et cinq heures de transport aller-retour, le trajet a monopolisé une journée entière, contraignant certains professionnels à annuler d’autres rendez-vous stratégiques ou présentations situés dans le centre de New York.
À l’opposé, les partisans de cette escapade y ont vu une rupture éditoriale nécessaire. Dans un calendrier souvent saturé et confiné à des espaces aseptisés, l’initiative a été perçue comme une invitation à ralentir et à se confronter physiquement à la nature — une incarnation littérale du concept de « toucher de l’herbe » (touch grass). Ce « détour » n’était donc pas seulement géographique, mais se voulait une réponse aux contraintes productivistes du milieu de la mode, quitte à risquer l’incompréhension d’une partie de ses acteurs. Cette division souligne la tension croissante entre l’exigence de rentabilité du circuit traditionnel et le désir de certaines maisons de proposer des expériences immersives hors cadre.


