Dernier né des hôtels design de Palma, le Terreno Barrio place l’implication locale au cœur de son approche.

Terreno Barrio : L’écrin hôtelier qui redonne vie à un quartier historique de Palma

S’approprier le nom de son quartier d’implantation est un choix audacieux qui exige une compréhension fine de l’âme et du rythme de ce dernier. C’est le défi relevé avec brio par le Terreno Barrio, un nouvel établissement situé à Palma de Majorque. Loin des standards de l’hôtellerie classique, ce lieu de vie s’imprègne de l’énergie de son environnement pour offrir aux voyageurs comme aux Majorquins une véritable immersion dans la culture et le design de l’île.

De l’âge d’or hollywoodien à la renaissance urbaine

L’histoire d’El Terreno est particulièrement riche. Dès le XIXe siècle, les familles bourgeoises y faisaient ériger leurs résidences d’été sur les hauteurs. Le quartier a ensuite connu son apogée entre les années 1950 et 1970, époque flamboyante où des icônes du grand écran comme Grace Kelly, Alain Delon ou Marlene Dietrich se pressaient dans ses clubs et bars huppés. Malheureusement, l’essor du tourisme de masse le long du Paseo Marítimo a peu à peu plongé ces ruelles perchées dans l’oubli. Transformé en repaire pour jeunes fêtards dans les années 90, le quartier est resté en sommeil pendant des décennies. Aujourd’hui, il s’éveille à nouveau et entame une spectaculaire mue.

Une vision architecturale tournée vers la communauté

C’est en observant ce frémissement que l’entrepreneuse Lydia Piñero a acquis un immeuble résidentiel de 1935, œuvre du célèbre architecte local Francesc Casas, ainsi qu’une parcelle adjacente. Le potentiel des lieux est indéniable. L’emplacement offre une vue imprenable sur le château de Bellver, un édifice circulaire du XIVe siècle unique en Europe, tout en profitant de la proximité de la forêt et du Paseo Marítimo fraîchement réaménagé.

Pour concrétiser sa vision, elle s’est entourée de Jaime Oliver et Paloma Hernaiz, à la tête du cabinet d’architecture Ohlab. Ensemble, ils ont imaginé un projet hybride comprenant 41 chambres, un spa, une salle de sport, un cinéma et une piscine en rooftop, le tout complété par des espaces ouverts au public : un café, une zone de co-working et des commerces en rez-de-chaussée.

L’approche des architectes repose sur une intégration urbaine fluide. Le bâtiment historique, qui abrite une partie des chambres et le restaurant, agit comme la scène principale, tandis que la nouvelle extension en bois fonctionne comme un lieu de rassemblement convivial. Le coup de maître réside dans la transformation de l’espace privé séparant les deux édifices en une ruelle publique, recréant ainsi un lien physique et social entre les rues hautes et basses du quartier.

Une vitrine exceptionnelle pour l’artisanat majorquin

Le studio Ohlab a mis un point d’honneur à solliciter un vaste réseau d’artisans, de designers et de créateurs locaux pour aménager l’établissement. Dans une démarche circulaire, les gravats issus de la démolition de l’ancienne bâtisse (qui fut jadis une boîte de nuit mythique) ont été transformés en un élégant terrazzo qui habille désormais les espaces communs et les salles de bains. Autre détail marquant : un lourd rideau confectionné par l’artiste Sylvia Sánchez Montoya à partir de rebuts de laine de mouton locale, qui dissimule avec poésie les cuisines du restaurant.

Le mobilier et les finitions sont le fruit de collaborations étroites. Le comptoir de bar en laiton, les minibars, les penderies ouvertes ou encore les miroirs ont été cocréés avec des studios de l’île comme 2monos. La mise en lumière de l’hôtel, considérée comme un élément central par Paloma Hernaiz, a été confiée aux designers de Contain. La liste des talents régionaux mobilisés est impressionnante et inclut notamment Studio Islas, Introvl, Huguet, Adriane Escarfullery ou encore Nico Guevara.

L’art et la gastronomie comme points de ralliement

Au Terreno Barrio, l’art s’invite dans les moindres recoins. Le peintre Pedro Oliver a orné chaque chambre de fresques stylisées rehaussées de touches de néon. À l’extérieur, la nouvelle ruelle publique sert de toile de fond aux œuvres murales de l’artiste Albert Pinya et accueille une sculpture urbaine.

L’offre culinaire n’est pas en reste. Aux manettes du restaurant Destape, on retrouve le chef brésilien Gabriel Conti, un amoureux de l’Espagne qui y vit depuis deux décennies. Sa carte célèbre les produits du terroir, proposant de la lotte, du turbot, du thon ou du bœuf, majestueusement préparés sur un grill ouvert.

La philosophie du lieu reste profondément inclusive. Si le restaurant Destape propose une expérience gastronomique pointue, le rez-de-chaussée a été pensé comme un carrefour ouvert à tous, idéal pour savourer un café en toute décontraction. Un comptoir de vente à emporter est d’ailleurs prévu pour dynamiser la ruelle publique, prouvant que l’endroit a été conçu pour s’adapter à différents budgets et envies.

Alors que la première phase de l’établissement (comprenant les chambres de l’édifice historique, le restaurant et le club confidentiel Dos Rombos) accueille déjà ses premiers visiteurs, l’ouverture totale prévue pour le début de l’été promet de consolider ce nouveau point d’ancrage local. Avec ce projet engagé et respectueux de son environnement, l’hôtel prouve qu’il mérite amplement son nom, participant activement à la renaissance d’un quartier iconique.

terrenohotel.com