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Ajouter Texture à GoogleIl y a des montres qui réclament un remontage quotidien et d’autres qui exigent surtout une certaine attention du regard. La Navitimer Cosmonaute appartient à la seconde catégorie. Son aiguille des heures accomplit un tour complet en vingt-quatre heures, là où l’horlogerie civile a imposé le cycle de douze. Une anomalie séduisante, née d’une nécessité très concrète : en 1962, l’astronaute Scott Carpenter devait pouvoir distinguer le matin du soir lors d’orbites ponctuées d’un lever de soleil toutes les 90 minutes. Plus de soixante ans après ce premier voyage spatial d’une montre suisse au poignet, Breitling cesse de traiter cette Navitimer à vingt-quatre heures comme une apparition anniversaire.
À partir du 22 octobre, la Navitimer B02 Chronograph 41 Cosmonaute rejoint durablement le catalogue, en même temps qu’une Navitimer B09 Chronograph 41 à remontage manuel. Le geste mérite d’être relevé : ces deux propositions avaient jusqu’ici surtout vécu à travers des séries commémoratives ou limitées. La Cosmonaute avait notamment refait surface en 2022 dans une version à lunette platine produite à 362 exemplaires, puis, plus récemment, avec un cadran météorite consacré à Artemis II. La B09, elle, venait encore d’être mise en avant dans une édition de 500 pièces associée à Miles Davis.
Les voir devenir accessibles sans compteur d’exemplaires ni course à la réservation change leur statut. Breitling ne remet pas seulement sur le marché deux chronographes inspirés des années 1960 ; la maison réinstalle dans sa collection courante une part de son langage instrumental, celui des pilotes, des circuits et de la conquête spatiale.
Le retour d’une lecture du temps inhabituelle
La Cosmonaute n’a jamais été une Navitimer comme les autres. Son cadran noir accueille une échelle arabe de vingt-quatre heures, et l’aiguille principale y évolue avec une lenteur inhabituelle. Cette lecture demande quelques secondes d’adaptation, mais elle donne à la montre une identité que la simple évocation de l’espace ne suffirait pas à produire. Elle reste d’abord un outil de temps pensé pour un environnement où les repères terrestres deviennent inutiles.
Cette version contemporaine conserve le contraste graphique qui a fait le charme des Cosmonaute historiques : un fond noir et des compteurs blancs de type panda inversé. À six heures, la date est intégrée dans le totalisateur et traitée dans une couleur qui ne vient pas perturber l’équilibre du cadran. Le détail est important sur une Navitimer, où la règle à calcul circulaire, les graduations du chronographe et les indications horaires composent déjà une surface dense.
La montre renoue aussi avec le logo Twin Jet, adopté par Breitling dès 1957 et apparu sur les cadrans Navitimer à partir de 1965. Ici, il est exécuté en or. Ce choix n’efface pas le caractère technique de la pièce, mais il évite à l’ensemble de basculer dans la reconstitution austère. La Cosmonaute assume ainsi sa part de mémoire sans chercher à imiter servilement une référence ancienne.

Le modèle originel, la référence 809, garde d’ailleurs une place singulière chez les collectionneurs. De bons exemplaires se négociaient autour de 5 000 livres sterling lors des dernières estimations évoquées. Une somme relativement contenue au regard de ce que cette montre représente : une Navitimer liée à la fois à l’histoire du chronographe aéronautique et à celle du vol spatial habité.
Deux calibres manuels, deux tempéraments
Le vrai point commun entre les deux nouveautés se trouve derrière le cadran. Breitling abandonne le confort automatique pour le geste plus direct du remontage manuel. La Cosmonaute reçoit le calibre manufacture B02, un chronographe à roue à colonnes et embrayage vertical composé de 273 éléments. Certifié COSC, il bat à 28 800 alternances par heure, soit 4 Hz, et offre 70 heures de réserve de marche. Il n’est actuellement utilisé dans aucune autre montre de la collection Breitling.
Le B02 se distingue aussi par son architecture adaptée à l’affichage sur vingt-quatre heures. C’est ce supplément mécanique qui explique l’écart de prix avec la B09, et surtout la personnalité plus marginale de la Cosmonaute. Dans un marché saturé de cadrans bleus, de rééditions militaires et de complications raisonnables, une montre de 41 mm affichant le temps sur un cycle complet de vingt-quatre heures conserve une vraie capacité de décalage.
La Navitimer B09 Chronograph 41 adopte une formule plus classique, mais pas moins cohérente. Son calibre B09 partage l’architecture manuelle à roue à colonnes, sans le mécanisme de vingt-quatre heures. Il compte 244 composants, reste certifié COSC et conserve la même fréquence ainsi que les mêmes 70 heures d’autonomie. Sur le papier, cette réserve permet de ne remonter la montre que tous les trois jours. Dans la pratique, beaucoup préféreront retrouver chaque matin la résistance légère de la couronne : c’est précisément ce que l’automatisation avait fait disparaître.
La B09 renonce à la date et simplifie ainsi la composition de son cadran. Breitling la propose en noir ou en bleu, toujours avec des compteurs clairs et un rehaut blanc. Cette sobriété la rapproche des Navitimer des années 1960 portées par Jim Clark et Graham Hill, deux pilotes automobiles qui volaient également. La règle à calcul de la Navitimer avait alors une légitimité qui dépassait le cockpit : elle pouvait accompagner les calculs sur piste aussi bien que les opérations aériennes.
Le 41 mm comme terrain d’équilibre
Les deux montres utilisent un boîtier en acier de 41 mm de diamètre, 13 mm d’épaisseur et 47,9 mm de corne à corne. Ces proportions comptent davantage que le diamètre seul. Une Navitimer reste une montre visuellement chargée, avec sa lunette tournante bidirectionnelle dotée d’une règle à calcul. Le format de 41 mm lui permet de garder la présence attendue sans retrouver les dimensions parfois imposantes qui ont éloigné certains modèles des équilibres des années 1960.

Le verre saphir bombé reçoit un traitement antireflet sur ses deux faces, tandis que le fond transparent laisse voir le mouvement. Les deux pièces disposent d’une couronne non vissée et d’une étanchéité de 30 mètres, ou 3 bars. Ce n’est pas une montre de baignade, et rien dans son histoire ne prétend le contraire. La Navitimer conserve la logique d’un instrument de navigation porté au poignet, avec ce que cela implique de spécialisation.
Breitling souligne un profil plus fin pour la B09 que celui de la Navitimer B01 Chronograph 41 automatique, notamment grâce à la disparition du rotor. La fiche technique affiche pourtant 13 mm pour les deux nouvelles références. L’écart, s’il existe au poignet, ne relève donc pas d’une métamorphose. Il se joue davantage dans le rapport à la montre : sans masse oscillante, avec un cadran sans date et une mécanique qui réclame la main de son propriétaire, la B09 paraît plus proche d’une Navitimer conçue avant que le chronographe ne devienne un objet de confort.
Acier ou cuir, le détail qui oriente le récit
Les options de bracelet modifient sensiblement le caractère de ces Navitimer. La Cosmonaute est disponible sur cuir de veau brun dégradé avec boucle déployante, ou sur bracelet acier à sept rangs alternant finitions satinées et polies. La B09 noire reprend le cuir brun, tandis que la version bleue reçoit un cuir bleu dégradé. Les deux peuvent également être commandées sur le bracelet acier.
Le métal donne à la B09 une expression plus sportive, presque plus proche du monde des pilotes automobiles auquel elle se rattache. Le cuir convient naturellement à la Cosmonaute : il rappelle la configuration portée par Scott Carpenter et préserve la chaleur d’un objet conçu avant tout pour être lu, manipulé et remonté, non pour être traité comme un accessoire polyvalent.
La Navitimer B09 Chronograph 41 est proposée à 6 200 livres sterling sur cuir et 6 500 livres sur bracelet acier. La Cosmonaute s’affiche à 7 950 livres sur cuir, puis 8 150 livres avec bracelet acier. Le supplément associé à cette dernière tient à son calibre B02 exclusif autant qu’à son affichage sur vingt-quatre heures. Les informations complètes de la collection sont disponibles sur le site de Breitling.
Dans cette paire, la B09 devrait séduire ceux qui cherchent une Navitimer dépouillée de date et fidèle au plaisir du remontage. Mais la Cosmonaute va plus loin. Elle ne cherche pas à rendre l’histoire spatiale confortable ou décorative : elle en conserve une conséquence concrète, cette manière inhabituelle de faire le tour du cadran en une journée entière.


