À Bel Air, cette villa brutaliste à 36,5 millions de dollars s’offre deux piscines et une vue imprenable sur l’océan

Atelier Eyster Architecture 1331 Linda Flora Drive Bel Air 2026
Photo © Hoodline — via https://hoodline.com/2026/10/bel-air-s-new-10-950-square-foot-concrete-mansion-asks-36-5-million/

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Dix millions de livres. C’est le poids, tel que l’annoncent ceux qui l’ont conçue, de la maison qui occupe désormais une ligne de crête de Bel Air, au 1331 Linda Flora Drive. Ramené aux unités européennes, cela représente environ 4 080 tonnes de béton armé coulé sur place, posées sur un terrain d’à peine plus d’un demi-acre. Aucune pesée indépendante n’a été publiée pour confirmer ce chiffre, et il faut le prendre comme une déclaration de concepteurs. Il dit pourtant l’essentiel du projet : ici, la masse n’est pas un défaut à dissimuler, elle constitue le sujet même de l’architecture. La résidence a été mise en vente en octobre 2026 à 36,5 millions de dollars, au terme de neuf années de chantier.

Neuf ans sur une arête

Tout commence en 2017, lorsque le développeur Tim McElwee acquiert la parcelle. Le montant de la transaction aurait avoisiné 3,25 millions de dollars, un chiffre tiré des historiques fonciers et non d’une communication du propriétaire. Le terrain mesure environ 0,59 acre, soit quelque 2 370 m². Sa valeur tient moins à sa surface qu’à sa position. Perché sur la crête, il ouvre sur les canyons, sur l’ouest de Los Angeles et, plus loin, sur l’océan Pacifique.

Pour dessiner la maison, McElwee s’est associé à Jeffrey Eyster, architecte membre de l’AIA, qui dirige l’agence Atelier Eyster Architecture. Entre l’achat du terrain et la livraison, achevée en 2026, neuf ans se sont écoulés. C’est long pour une maison individuelle, même de cette taille, et cette durée se lit dans le résultat : rien, dans ce bâtiment, ne ressemble à une construction rapide habillée après coup.

Une maison qui se projette dans le vide

Le style revendiqué est un brutalisme contemporain à vocation sculpturale. La formule pourrait sembler creuse si l’ossature ne la justifiait pas. La structure entière est en béton armé coulé en place, et c’est elle qui fabrique la silhouette. D’importants volumes en porte-à-faux s’avancent au-delà de leurs appuis. Des piliers inclinés, eux aussi en béton, reprennent les charges selon des angles qui refusent la verticale attendue. Des corniches saillantes, taillées net, soulignent les étages et dessinent des ombres franches sur les façades.

À l’intérieur, cette logique structurelle libère de grandes portées ouvertes. Les pièces principales n’ont pas besoin d’être ponctuées de poteaux. Dans une maison posée sur une crête, l’avantage est évident : la vue traverse l’espace sans obstacle. Les parois vitrées toute hauteur prolongent ce principe. De grandes portes pivotantes et des baies coulissantes en acier effacent, une fois ouvertes, la limite entre le salon et la terrasse.

Le brut et le poli

Le béton ne disparaît pas une fois franchi le seuil. Les plafonds sont en béton brut de décoffrage, coulé dans des coffrages en planches dont le veinage reste imprimé dans la matière. Au-dessus des têtes, on lit donc la trace du bois qui a servi de moule. Au sol, le registre change complètement avec un terrazzo poli, lisse et réfléchissant, qui renvoie la lumière des baies.

Entre ces deux surfaces minérales, le noyer apporte la chaleur. Il habille certains murs en boiseries et compose l’ébénisterie réalisée sur mesure. Le contraste est connu des amateurs d’architecture moderne : une matière brute, presque industrielle, tempérée par un bois sombre et dense. Il fonctionne ici à grande échelle, puisque la surface habitable atteint 10 946 pieds carrés, soit environ 1 017 m², répartis sur trois niveaux.

Six chambres, ou peut-être cinq

La fiche de vente officielle recense six chambres et neuf pièces d’eau, dont huit salles de bains complètes et un cabinet de toilette. Toutes les descriptions ne s’accordent pas : certains comptes rendus parlent de cinq chambres. L’écart tient sans doute à la manière de qualifier telle ou telle pièce, mais il n’a pas été tranché publiquement.

Atelier Eyster Architecture Bel Air infinity pool 2026
Photo © Yahoo — via https://www.yahoo.com/lifestyle/articles/36-5-million-brutalist-mansion-200000844.html

Aucun doute, en revanche, sur l’organisation de la suite parentale, qui occupe à elle seule tout le troisième niveau, soit environ 148 m². Elle donne accès à un jardin aménagé sur le toit, en terrasse privée, avec une vue panoramique. Au centre de la salle de bains trône une baignoire îlot monolithique en terrazzo, qui reprend le matériau des sols comme si elle avait été taillée dans le même bloc. Le programme se complète d’un dressing équipé de vitrines, d’un salon de coiffure et de maquillage et d’un bar à café. Le propriétaire peut ainsi commencer sa journée sans descendre d’un étage.

Plus bas, la cuisine principale joue la carte de l’apparat avec un grand îlot en pierre et un bar. Elle sert surtout de scène. Le travail se fait à côté, dans une arrière-cuisine fermée, conçue pour la préparation et pourvue d’équipements professionnels de calibre restaurant. La répartition est devenue courante dans les grandes résidences de Los Angeles : on reçoit dans une pièce, on cuisine dans l’autre.

Le corps, l’écran, la lumière

Une large part du programme est consacrée aux loisirs et au soin. La maison dispose d’une salle de projection privée équipée d’un écran Quantum Media de qualité studio, d’une salle de sport dédiée et d’un spa intérieur complet. Ce dernier réunit un sauna sec, une douche à vapeur faisant office de hammam et des espaces de repos. Un solarium d’environ 42 m² offre une pièce baignée de lumière, sorte de transition entre l’enveloppe de béton et le paysage.

Deux bassins, deux altitudes

C’est dehors que la pente du terrain devient un atout. Plutôt que de niveler le site, le projet l’occupe par paliers, et les deux piscines extérieures sont installées sur deux niveaux distincts. Le bassin principal est une piscine à débordement à arête vive, dont le bord semble s’arrêter net au-dessus du vide. Elle est orientée vers l’horizon et l’océan, de sorte que la ligne d’eau se confond, depuis certains points de vue, avec celle du Pacifique.

À ces deux bassins s’ajoutent deux spas encastrés dans le sol, l’un à l’intérieur, l’autre en plein air. Plusieurs espaces de repos s’étagent le long de la pente. Le plus spectaculaire est une terrasse panoramique d’environ 23 mètres de long, soit 75 pieds, à laquelle répond un brasero extérieur pour les soirées, quand la vue sur la ville s’allume.

Ce que coûte le béton

Le prix affiché s’élève à 36,5 millions de dollars. Rapporté à la surface habitable, cela représente environ 3 334,55 dollars le pied carré, soit près de 35 890 dollars le mètre carré. Au taux moyen d’octobre 2026, autour de 0,92 euro pour un dollar, la somme équivaudrait à environ 33,6 millions d’euros, une conversion purement indicative et soumise aux variations du change.

La vente est confiée à deux agents, Aaron Kirman, de Christie’s International Real Estate Southern California, et Kurt Rappaport, de Westside Estate Agency. L’annonce a été enregistrée les 11 et 12 octobre 2026 sous le numéro MLS 26665233.

Reste une inconnue. Si le chiffre de 2017 est exact, le prix demandé représente un peu plus de onze fois celui du terrain nu. Entre les deux, il y a neuf ans de travaux et des milliers de tonnes de béton armé, mais le coût de construction, lui, n’a pas été communiqué.