Californie : cette maison de plage moderniste des années 80 à Ventura s’affiche à 5,1 millions de dollars

Carl Maston Susman House 3674 Pacific Coast Highway Ventura 2026
Photo © Sotheby's International Realty — via https://www.sothebysrealty.com/eng/sales/detail/180-l-85016-tw3plq/3674-pacific-coast-highway-ventura-ca-93001

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En 1985, Julius Shulman pose son appareil sur Faria Beach et photographie de fond en comble une maison de cèdre et de verre qui vient à peine de sortir de terre. Les images rejoignent le corpus du photographe qui a fixé, mieux que quiconque, la mémoire visuelle du modernisme californien. Quatre décennies plus tard, la même maison change de statut : la Susman House est proposée à la vente pour la première fois depuis sa construction, au prix de 5,1 millions de dollars, soit environ 4,7 millions d’euros au cours d’octobre 2026. Ce n’est pas seulement un bien de bord de mer qui arrive sur le marché. C’est l’unique propriété d’une demeure restée, depuis l’origine, entre les mains de celle qui l’avait commandée, puis de son entourage.

Une anse, un spot de surf, des îles à l’horizon

L’adresse tient en une ligne : 3674 Pacific Coast Highway, dans la Faria Beach Colony, à Ventura. La maison surplombe l’anse sableuse de Faria Beach et Mondo’s Cove, un spot de surf connu des habitués de cette portion de côte. Devant les baies, le Pacifique s’ouvre en panorama jusqu’aux Channel Islands, l’archipel qui ferme l’horizon au large.

Ce rivage n’a rien d’une plage de carte postale lissée. Le littoral y est rocheux, et la maison s’y accroche par de lourdes fondations en béton. Tout le reste du projet joue sur ce contraste : un socle massif, presque défensif, face à l’océan, et au-dessus une construction de bois qui revendique la légèreté.

Carl Maston et la cabane réinventée

L’architecte s’appelle Carl Louis Maston (1915-1992), membre du collège des Fellows de l’American Institute of Architects, figure reconnue du modernisme d’après-guerre en Californie du Sud. Ses archives sont aujourd’hui consultables dans le fonds Carl Maston de la bibliothèque numérique de USC, accessible via Calisphere. La Susman House appartient à la dernière partie de sa carrière. Le dossier de vente date l’achèvement du chantier de 1984, tandis que certains répertoires d’archives architecturales, dont le fonds Shulman, classent l’œuvre sous l’année 1985. L’écart reste à trancher, et il n’est pas exclu qu’il reflète simplement le décalage entre la fin des travaux et la campagne photographique.

Le parti architectural, lui, ne fait pas débat. Maston reprend le motif de la « beach cabin », ces cabanons côtiers que la Californie construisait avant la guerre, et le passe au filtre de son époque. La cabane conserve son vocabulaire de bois, mais s’ouvre par de larges pans vitrés. Le résultat évite à la fois la nostalgie rustique et la boîte de verre impersonnelle qui se multipliait alors sur le littoral.

Susman House modernist cedar and glass facade 2026
Photo © mondoscove.com — via https://mondoscove.com/

Le cèdre partout, la brique au sol

Le matériau dominant est le cèdre, posé en bardage intégral à l’extérieur comme à l’intérieur. Cette continuité efface la frontière habituelle entre façade et décor : on habite littéralement dans l’enveloppe de la maison. Au rez-de-chaussée, le sol est fait de briques artisanales réalisées sur mesure, qui filent sans rupture jusqu’au patio extérieur. Le seuil entre dedans et dehors se lit à peine sous les pieds.

Dans la cuisine, les plafonds à lattes de bois d’origine sont restés en place, sous des poutres apparentes. Ce détail compte pour qui s’intéresse à l’architecture de cette période : une maison de 1984 qui conserve ses finitions premières est plus rare qu’une villa des années 1950 restaurée, tant les intérieurs des années 1980 ont été remaniés sans scrupule.

Une colonne de brique au centre

Le cœur de la composition est vertical. Une importante colonne de cheminée en brique occupe le centre du rez-de-chaussée et abrite un foyer double face, qui sert à la fois le salon et l’espace salle à manger et cuisine. Plutôt qu’une cloison, Maston dresse un objet maçonné autour duquel la vie circule. Deux autres cheminées complètent l’ensemble, l’une dans la suite parentale, l’autre dans la seconde suite.

On monte à l’étage par un escalier ouvert. Là-haut, les plafonds voûtés prennent des angles marqués, qui donnent aux pièces une géométrie de toiture habitée. La suite principale dispose d’une terrasse privative tournée vers l’océan.

Les chiffres restent mesurés pour un bien de ce prix : 2 640 pieds carrés habitables, soit environ 245 m² en conversion, répartis sur deux niveaux, avec trois chambres et quatre salles de bains. La surface du terrain n’est pas communiquée dans les éléments disponibles. Ce que l’on paie ici tient moins au volume qu’à l’emplacement, à la signature et à l’état de conservation.

Susman House concrete foundation on Faria Beach 2026
Photo © Yanko Design — via https://www.yankodesign.com/2026/10/23/inside-carl-mastons-ventura-beach-house-built-around-a-brick-chimney/

Babs Susman, de l’écran au plan d’urbanisme

La commanditaire mérite qu’on s’y arrête. Barbara Tracy Susman, que ses proches appelaient « Babs », est née en 1936 et morte en 2023. Dans les années 1950, elle est mannequin à New York, où elle est élue « Miss Subway ». La décennie suivante, elle devient actrice et apparaît à la télévision, notamment dans Naked City, The Dick Van Dyke Show et The Munsters.

Puis elle change de vie. Diplômée de UCLA, elle se reconvertit dans l’urbanisme et travaille pour le cabinet de Victor Gruen. Elle s’engage ensuite pour la planification environnementale, à une époque où la question de l’aménagement du littoral californien devenait un sujet politique.

Ce parcours éclaire la maison d’un jour particulier. Une urbaniste attentive à l’environnement qui commande, sur la côte, une cabane de cèdre plutôt qu’une villa démonstrative : le choix paraît cohérent, même si les éléments disponibles ne permettent pas de savoir quelle part elle a prise dans les décisions de Maston. Le terrain lui-même a une histoire familiale. La parcelle avait appartenu à sa sœur et à son beau-frère avant qu’elle n’y fasse construire.

Une première vente

La commercialisation est confiée à The Menzel Group, rattaché à LIV Sotheby’s International Realty. Le fait marquant tient en peu de mots : depuis sa construction, la Susman House n’était jamais passée par le marché public. Elle n’a donc pas connu la succession de propriétaires qui, d’une rénovation à l’autre, finit par effacer l’intention d’un architecte.

Pour l’acquéreur, l’équation sera particulière. Il achètera une maison de Carl Maston documentée par Julius Shulman, avec ses briques artisanales, son cèdre et ses plafonds de cuisine d’origine. Il héritera aussi de la question que pose toute architecture des années 1980 restée intacte sur le Pacifique : la conserver telle quelle, ou l’adapter. Les photographies de 1985 offrent, en tout cas, un état de référence précis de ce que Maston avait livré.