Faites de Texture une source préférée sur Google pour nous soutenir
Ajouter Texture à GoogleL’automne londonien s’ouvre sur une ferveur que la National Gallery n’avait pas connue depuis longtemps. À Trafalgar Square, l’effervescence ne tient pas seulement à la lumière déclinante d’octobre, mais à une annonce chiffrée : l’exposition consacrée à Pierre-Auguste Renoir enregistre déjà un record historique de ventes anticipées. Ce projet d’envergure, qui se déploiera du 3 octobre 2026 au 31 janvier 2027, marque une collaboration étroite entre l’institution britannique, le Musée d’Orsay à Paris et le Museum of Fine Arts de Boston. Loin de l’image parfois simpliste d’un impressionnisme décoratif, l’événement se concentre sur les années charnières 1860-1880, explorant les nuances de l’amour, de la camaraderie et les frémissements de la vie moderne.
Renoir et la géographie des sentiments
Le point d’orgue de cette rétrospective londonienne est sans conteste l’arrivée sur le sol britannique du Bal au Moulin de la Galette (1876). C’est une première historique pour ce chef-d’œuvre du Musée d’Orsay, qui n’avait jamais traversé la Manche. Cette toile, manifeste de la joie collective et de la lumière tamisée par les acacias de Montmartre, sert de pivot à une réflexion plus large sur les liens d’affection. Les commissaires de l’exposition, parmi lesquels Chiara Di Stefano et Christopher Riopelle pour Londres, ainsi que Paul Perrin pour Orsay et Katie Hanson pour Boston, ont structuré le parcours autour de cette capacité unique de Renoir à capturer l’intimité sans voyeurisme.
Le dialogue entre les œuvres promet des moments de confrontation technique et émotionnelle rares. On y verra La Promenade (1870), joyau du J. Paul Getty Museum de Los Angeles, ainsi que Les Canotiers à Chatou (1879), en provenance de la National Gallery of Art de Washington. L’un des segments les plus attendus reste la réunion de deux visions d’un même lieu : La Grenouillère de Renoir, prêtée par le Nationalmuseum de Stockholm, sera présentée aux côtés des Baigneurs à la Grenouillère de Claude Monet. Ce face-à-face permet de saisir l’instant où l’impressionnisme s’est cristallisé, entre la vibration de l’eau et le mouvement des corps.
L’accessibilité à cette étude de la modernité du XIXe siècle se décline également en rendez-vous académiques. Une conférence d’introduction est programmée le 19 octobre 2026, avec des billets proposés à partir de 20,00 £ (environ 23,70 €). Pour prolonger l’expérience, un catalogue relié a été édité, affiché à 35,00 £ en boutique (environ 41,50 €), contre un prix public indicatif de 40,00 £. Après Londres, l’exposition poursuivra son itinérance vers le Museum of Fine Arts de Boston, où elle sera installée du 20 février au 13 juin 2027.
Bruxelles : l’éveil sous tension du Kanal
À quelques centaines de kilomètres de là, Bruxelles s’apprête à vivre un moment de bascule pour son paysage culturel. Le week-end des 28 et 29 novembre 2026 marquera l’ouverture officielle de KANAL, le futur musée d’art moderne, contemporain et d’architecture. Installé dans l’ancien garage Citroën du Square Sainctelette, un édifice moderniste des années 1930 dont les structures de verre et d’acier dominent le canal, le projet impressionne par ses dimensions : environ 16 000 m² dédiés à la création.
Toutefois, cette naissance ne se fait pas sans heurts. Le chantier, d’une complexité architecturale évidente pour transformer des ateliers industriels en espaces muséaux répondant aux normes internationales, fait l’objet de vifs débats politiques en Belgique. En cause : les dépassements budgétaires d’un projet dont le coût des travaux est désormais estimé à environ 230 millions d’euros. Au-delà de l’investissement initial porté par la Région de Bruxelles-Capitale, les discussions se cristallisent sur la pérennité du modèle de financement public futur, dans un contexte de pressions budgétaires accrues.
Malgré ces tempêtes administratives, le programme inaugural se veut ambitieux et inclusif. Pour son lancement, l’entrée sera gratuite durant tout le week-end, offrant au public l’accès à dix expositions simultanées. Parmi elles, A Truly Immense Journey devrait donner le ton de la ligne artistique du lieu. Le musée, qui bénéficie d’un partenariat stratégique avec le Centre Pompidou à Paris et la fondation CIVA, intégrera également des performances et des concerts, affirmant sa volonté de ne pas être un simple lieu d’exposition, mais un centre de vie hybride au cœur de la capitale européenne.
La figure silencieuse de Ronald Moody
Pendant que les grandes institutions capitalisent sur des noms historiques ou des structures monumentales, une exploration plus intime et tout aussi essentielle se déroule à l’ouest de Londres, à Twickenham. L’Orleans House Gallery consacre une exposition à Ronald Moody (1900–1984), figure majeure de la sculpture, né en Jamaïque et installé au Royaume-Uni. Intitulée Ronald Moody: Sculpting Life, cette présentation itinérante, conçue en collaboration avec The Hepworth Wakefield, se tient du 2 octobre 2026 au 28 février 2027.
L’œuvre centrale de cet accrochage, Seated Sarong Figure (1938), incarne la quête de sérénité et de présence spirituelle qui caractérise le travail de Moody. Taillée juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, cette sculpture témoigne de la synthèse opérée par l’artiste entre les influences modernistes européennes et une esthétique héritée de ses racines caribéennes et de ses recherches sur les philosophies orientales.
L’accès à cette exposition est gratuit, une volonté de l’Orleans House Gallery de favoriser la redécouverte d’un artiste dont la contribution à la sculpture britannique du XXe siècle est aujourd’hui réévaluée avec une rigueur accrue. Cette proposition culturelle, nichée dans le Borough de Richmond upon Thames, offre un contrepoint nécessaire aux grands flux touristiques du centre-ville, rappelant que l’histoire de l’art se réécrit aussi dans la quiétude des galeries de quartier.


