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Ajouter Texture à GoogleIl y a des montres qui réclament une occasion, et d’autres qui cherchent à devenir un réflexe. La Capri de De Rijke & Co. appartient clairement à la seconde catégorie. Son dessin rectangulaire, presque architectural, ne joue pas la discrétion absolue ; pourtant, ses nouvelles déclinaisons Champagne, Silver et Salmon ont été pensées pour sortir du coffre-fort et vivre au poignet. Le pari est séduisant : faire d’une montre de forme, généralement réservée aux tenues de soirée ou aux amateurs de classicisme appuyé, un objet de tous les jours.
Cette ambition explique la décision de la marque d’intégrer ces trois cadrans à son catalogue permanent. Les premières Capri étaient proposées en séries limitées de 50 exemplaires, avec des cadrans bleu laqué, onyx noir ou aventurine noire. Leur prolongement n’est donc pas une simple variation chromatique : il traduit une volonté de stabiliser l’identité du modèle autour de teintes moins spectaculaires, mais plus faciles à habiter longtemps.
Une montre de forme qui refuse la nostalgie figée
De Rijke & Co. est née d’une question très concrète, posée par Laurens de Rijke, designer industriel et amateur d’automobiles anciennes : comment consulter l’heure sans lâcher le volant ? La réponse fut l’Amalfi, une montre dont le boîtier interne pouvait pivoter jusqu’à 90 degrés afin de préserver la lisibilité en conduite. La Capri abandonne cette mécanique de rotation pour déplacer le débat vers le terrain de l’élégance quotidienne.
Elle conserve néanmoins quelque chose de ce rapport à l’objet automobile : une recherche de fonctionnalité cachée sous des lignes très nettes. Son boîtier en acier inoxydable brossé mesure 28,5 mm de large, 38 mm de long et seulement 6,5 mm d’épaisseur. Des proportions qui lui permettent d’éviter deux écueils habituels de la montre rectangulaire : l’effet trop précieux d’un petit gabarit et la raideur d’un dessin surdimensionné.
Le détail le plus singulier se situe au-dessus du cadran. Un verre saphir galbé, traité antireflet sur ses deux faces, semble pris entre deux bandes métalliques placées à midi et à six heures. Cette construction donne au boîtier une présence très différente de celle d’un rectangle traditionnel cerclé de métal. La surface vitrée participe au volume général au lieu de s’y poser comme un simple couvercle.
Le revers a été traité avec la même volonté de ne pas rompre la pureté du dessin : les vis du fond sont dissimulées derrière le bracelet. C’est un détail peu visible au porté, mais révélateur d’une approche où l’on préfère effacer les éléments techniques qui pourraient parasiter la silhouette. L’étanchéité est annoncée à 30 mètres, soit 3 bars : assez pour les gestes ordinaires, sans chercher à transformer cette pièce fine en montre sportive.

Trois cadrans, trois manières d’attraper la lumière
La nouvelle collection permanente s’organise autour d’un même cadran givré et incurvé. Les index appliqués, polis, prolongent les aiguilles dans une même grammaire de lumière. À six heures, une petite seconde creusée et décorée d’un guillochage circulaire apporte du relief à cet ensemble volontairement épuré. Les index ont désormais tous la même longueur, tandis que la mention « Dutch Crafted » apparaît sous un contour rectangulaire noir aux angles arrondis.
Le modèle Champagne est sans doute celui qui exprime le mieux le caractère changeant de cette surface. Sa teinte passe d’un or pâle à un champagne plus soutenu en fonction de l’éclairage. Les aiguilles et les index argentés créent un contraste contenu, relevé par une aiguille de petite seconde rouge. Ce rouge, déjà présent sur la Capri Blue, agit ici comme une ponctuation plutôt que comme un signe ostentatoire.
La version Silver pousse plus loin encore cette retenue. Le cadran argenté et l’acier du boîtier dialoguent presque ton sur ton, au point de donner l’impression que l’ensemble se fond dans une seule matière. La petite seconde rouge devient alors l’unique interruption chromatique. C’est probablement la proposition la plus facile à imaginer dans une rotation régulière : elle garde la personnalité graphique de la Capri sans imposer une couleur dominante à la tenue.
Salmon prend une direction plus expressive. Son cadran rose saumon givré s’accompagne d’une petite seconde bleue, rompant avec le rouge choisi sur les deux autres références. La combinaison évoque immédiatement une lumière méditerranéenne et porte bien le nom de la montre. C’est aussi la version la plus dépendante de son contexte : lumineuse et séduisante dans un vestiaire clair, elle demandera davantage d’assurance lorsque les couleurs se font plus sombres et que l’hiver installe ses gris.
Les cadrans Champagne et Silver sont décrits comme argentés au nickel, tandis que Salmon adopte une finition rose givrée. Cette différence de matière et de couleur compte autant que le choix du ton lui-même. Sur une montre de dimensions contenues, la texture évite l’aplat et permet au cadran de conserver une présence sans recourir à une décoration envahissante.
La cohérence d’un mouvement choisi pour son usage
À l’intérieur, la Capri reçoit le calibre D100 de La Joux-Perret. Ce mouvement compte 18 rubis, bat à 21 600 alternances par heure, soit 3 Hz, et dispose d’une réserve de marche de 50 heures. De Rijke & Co. ne revendique pas ici une mécanique développée en interne. Le choix est celui d’un calibre fourni par un spécialiste, cohérent avec le positionnement de la pièce et avec la recherche d’une montre fine, lisible et portable.

Les fonctions restent volontairement réduites aux heures, aux minutes et à la petite seconde. Cette sobriété renforce le propos général de la Capri : son attrait vient de l’équilibre entre la forme, le travail du cadran et les proportions, non d’une accumulation de complications. Dans cette gamme de prix, la franchise de ce parti pris a davantage de poids qu’un discours technique surchargé.
Le bracelet, dernier terrain à conquérir
Le bracelet mérite une attention particulière car il conditionne beaucoup le tempérament de la montre. Sa construction en cuir de veau effilé passe de 24 mm à 18 mm et se ferme par une boucle ardillon en acier. Sur Salmon, le cuir bleu profond prolonge naturellement la couleur de la petite seconde et installe une tension assez juste entre le rose chaud du cadran et le bleu froid du bracelet.
Sur Champagne et Silver, ce bleu apporte une touche plus décontractée, mais il limite aussi les associations. Avec une garde-robe dominée par le noir, l’accord peut paraître moins immédiat. Le sujet n’est pas anodin pour une montre présentée comme durable et quotidienne. La marque propose déjà des bracelets alternatifs pour l’Amalfi ; voir la Capri bénéficier à son tour de cette possibilité élargirait sensiblement son usage, en particulier pour la version Silver.
Cette réserve ne remet pas en cause la pertinence du bracelet actuel : il donne à la Capri une identité moins cérémonieuse qu’un cuir noir classique. Mais il rappelle qu’une montre de forme, même très mince, reste un objet de composition. Son élégance dépend aussi de ce qui l’entoure.
Une hausse de prix assumée
Le passage au catalogue permanent s’accompagne d’un nouveau tarif : 2 495 €, contre 2 195 € pour les premières éditions limitées. L’écart est de 300 € alors que le boîtier et le calibre D100 restent comparables à ceux de la Capri Blue. Cette augmentation correspond à l’installation du modèle dans une collection suivie plutôt qu’à une rupture technique.
Les livraisons sont attendues à partir de mars 2027. Pour découvrir la configuration Champagne et l’univers de la collection, rendez-vous sur le site de De Rijke & Co.. Entre le Champagne changeant, le Silver presque monochrome et le Salmon plus solaire, la Capri pose finalement une question simple : quelle couleur peut accompagner un poignet pendant des années sans finir par lui imposer une saison ?


