À Oxford, le Pitt Rivers Museum rend ses ancêtres au monde lors d’une restitution historique

Pitt Rivers Museum human remains
Photo © Museum Crush — via https://museumcrush.org/pitt-rivers-removes-human-remains-after-ethical-review/

Dans les galeries sombres et denses du Pitt Rivers Museum à Oxford, le silence a pris une dimension nouvelle depuis l’été 2020. Les vitrines qui abritaient autrefois des restes humains ont été vidées, laissant place à une réflexion profonde sur l’éthique des collections anthropologiques. Cette démarche de décolonisation franchit aujourd’hui une étape décisive : l’Université d’Oxford a officialisé la plus importante restitution de restes humains de son histoire. D’ici la fin de l’année 2026, 39 ensembles de restes ancestraux — principalement des fragments de crânes, mais aussi un doigt et un morceau de peau — seront rendus au peuple autochtone Naga, mettant fin à plus d’un siècle d’exil forcé dans les réserves britanniques.

Un héritage colonial sous le scalpel de l’éthique

Le prélèvement de ces restes ne doit rien au hasard. Entre 1910 et 1940, alors que l’Empire britannique exerçait son autorité sur l’Inde et la Birmanie, des administrateurs coloniaux doublés d’anthropologues parcouraient les terres des Naga. John Henry Hutton et James Philip Mills, figures centrales de l’*Indian Civil Service*, ont été les principaux pourvoyeurs de cette collection. Sous couvert de science, l’acquisition de ces pièces s’inscrivait dans une réalité brutale de coercition et de violence militaire. Le musée reconnaît désormais que certaines saisies ont eu lieu lors d’expéditions punitives, à l’instar de celle de Pangsha en 1936.

Le peuple Naga, une communauté de 2,5 à 4 millions de personnes répartie entre le nord-est de l’Inde et le nord-ouest du Myanmar, est structuré autour de 17 groupes tribaux principaux. Pour ces populations, ces restes ne sont pas des spécimens, mais des ancêtres dont l’absence a laissé une plaie ouverte dans le tissu social et spirituel. Le Pitt Rivers Museum, qui conserve entre 6 000 et 7 000 artefacts Naga — la plus vaste collection au monde —, a entamé un processus de remise en question dès 2020, aboutissant au retrait définitif des restes humains de l’exposition publique pour engager un dialogue direct avec les représentants autochtones.

Six années de dialogue et de recherche participative

La décision validée formellement par le Conseil de l’Université d’Oxford le 13 juillet 2026 est le fruit d’une collaboration de six ans. Ce travail de longue haleine a été coordonné par le *Forum for Naga Reconciliation* (FNR) et une équipe de recherche baptisée *Recover, Restore and Decolonise* (RRaD). Créée en 2021, cette structure codirigée par les universitaires Dolly Kikon et Arkotong Longkumer a permis de documenter avec précision la provenance de chaque pièce. Sur les 40 ensembles de restes initialement sollicités, 39 feront le voyage de retour ; un seul a été écarté du processus, sa provenance Naga n’ayant pu être établie avec certitude.

Le point d’orgue de cette médiation s’est déroulé en juin 2025. Une délégation composée de chefs tribaux (*Hohos*), d’aînés et de chercheurs Naga s’est rendue à Oxford. Ce séjour, marqué par une charge émotionnelle forte, a abouti à la signature, le 13 juin 2025, de la *Naga Oxford Declaration on Repatriation*. Ce document a scellé l’accord de restitution et défini les modalités du transfert, garantissant que les ancêtres retrouveraient leur terre selon les protocoles culturels appropriés.

Le dernier voyage vers Kohima

Le processus administratif et logistique entre désormais dans sa phase finale. Bien que le coût global de l’opération, incluant le transport transfrontalier, n’ait pas été divulgué, le financement est assuré par un consortium de fonds universitaires et philanthropiques. L’Université d’Édimbourg, l’AHRC, la Bertha Foundation, ainsi que l’organisation américaine *The Homebound Project*, soutiennent cet effort complexe. Le rapatriement physique nécessite au minimum deux mois de démarches pour obtenir les autorisations d’exportation internationale indispensables au transfert de restes humains.

Une cérémonie officielle de remise sera organisée dans l’enceinte du Pitt Rivers Museum. À l’issue de cet hommage, la délégation accompagnera les 39 ancêtres vers le Nagaland. Le périple s’achèvera à Kohima, où des rituels spécifiques précéderont une inhumation définitive. Ce retour marque une transition majeure pour l’institution d’Oxford, qui passe d’un rôle de conservateur d’objets saisis à celui de partenaire d’une mémoire réhabilitée. L’aboutissement de cette procédure, prévu pour la fin de l’année 2026, pose un jalon historique dans la gestion des collections coloniales en Europe.