L’époque où l’acquisition d’un Nicolas Poussin marquait l’apogée d’une vie de collectionneur semble appartenir à une histoire ancienne. Le 10 septembre 2026, l’analyse de Scott Reyburn intitulée From Poussin to Pokémon: why attitudes towards collecting art are shifting a mis en lumière un changement de paradigme au sein des plus grandes fortunes mondiales. Les ultra-riches délaissent les cimaises des beaux-arts traditionnels et de la peinture du XXe siècle pour se tourner vers des actifs plus immédiats : le luxe et les objets de collection issus de la pop culture.
La dynamique du Second Gilded Age
Cette mutation des goûts ne relève pas du simple caprice esthétique. Elle s’appuie sur une réalité statistique vertigineuse qui redéfinit les contours de la possession. Nous traversons ce que les experts nomment le « Second Gilded Age », une période de concentration de richesse qui dépasse les cadres historiques connus. Selon les données de l’économiste Gabriel Zucman, rattaché à l’École d’économie de Paris et à l’UC Berkeley, la structure de la fortune américaine a connu une évolution radicale au cours du dernier siècle. La part de richesse détenue par les 0,00001 % les plus riches — un cercle extrêmement restreint représentant environ 19 foyers — est passée de 4 % du revenu national en 1910 à une fourchette située entre 12 % et 14 % pour la période 2024-2025.
De la peinture académique aux icônes pop
L’influence de ces quelques foyers sur le marché mondial est telle que les critères de valeur se déplacent. L’attrait pour la rigueur classique d’un Poussin ou pour les mouvements d’avant-garde du siècle dernier s’étiole. Ce vide est désormais comblé par des objets dont la légitimité repose sur la pop culture et l’exclusivité du luxe. La désaffection progressive pour les beaux-arts traditionnels au profit d’objets tels que les Pokémon signale une nouvelle hiérarchie des désirs, où la valeur historique académique s’efface devant des marqueurs de richesse plus contemporains et transversaux.

