Cap sur les profondeurs : le trio exclusif Deep Raider Revival signé Favre Leuba et Jean Rousseau

Favre Leuba Deep Raider watch
Photo © Berenger - Marseille — via https://www.berenger.fr/fr/p/montre-favre-leuba-deep-raider-revival-1b7b

Sur une montre de plongée, le bracelet reste souvent un accessoire que l’on remplace, que l’on use, parfois que l’on oublie. La série Deep Raider Revival Jean Rousseau prend le contre-pied de cette habitude. Ici, Favre Leuba a construit trois variations autour de ce qui ceinture le poignet, en laissant au cuir, au textile recyclé et au caoutchouc le soin de modifier la personnalité d’une même base horlogère. Le résultat n’est pas une collection de simples déclinaisons chromatiques : chaque matière entraîne son propre détail de cadran et son propre décor de fond de boîte.

Le bracelet, point de départ du dessin

Cette première collaboration entre Favre Leuba et Jean Rousseau donne au spécialiste français du bracelet une place rarement aussi visible dans le nom même d’une montre. Les maisons horlogères sollicitent régulièrement des ateliers de bracelet pour accompagner un lancement ; il est plus inhabituel que cette contribution devienne le principe éditorial d’une édition limitée. Favre Leuba affiche donc clairement l’alliance avec Jean Rousseau, en faisant du choix de matière une donnée esthétique aussi importante que le cadran ou la lunette.

Les trois Deep Raider Revival partagent une architecture identique. Le boîtier en acier mesure 39 mm de diamètre pour 12,75 mm d’épaisseur, des proportions qui situent la montre dans un registre contenu pour une plongeuse annoncée à 300 mètres d’étanchéité, soit 30 bars. Sa lunette unidirectionnelle de 60 minutes reçoit un insert en saphir, tandis qu’un verre saphir de type box protège le cadran. L’ensemble assume les codes fonctionnels du genre sans gonfler inutilement le volume de la montre.

Cette sobriété mécanique laisse précisément de l’espace aux accessoires. Plutôt que d’opposer une version habillée à une version sportive, les trois propositions font varier la perception de la même Deep Raider Revival. Le cuir assombrit et densifie le dessin ; le textile introduit une texture plus irrégulière ; le caoutchouc installe d’emblée une lecture tournée vers l’eau. C’est moins une démonstration de polyvalence qu’un exercice sur la manière dont une matière modifie la présence d’un objet au poignet.

Un gris commun, trois tempéraments

Le cadran conserve, dans les trois cas, un fond gris traité soleil. Les aiguilles et les index horaires adoptent des touches beige, dont la tonalité rétro sert de fil conducteur à la série. Favre Leuba n’a donc pas bouleversé l’identité visuelle de la Deep Raider Revival ; la maison a choisi des interventions mesurées. La trotteuse et le logo sablier placé entre 10 et 11 heures changent de couleur selon la version, en accord avec le bracelet sélectionné.

Cette décision évite l’effet de série artificiellement multipliée. Au lieu de produire trois cadrans entièrement distincts, la collection travaille par échos : un signe, une aiguille, une couleur, puis la surface du bracelet. La cohérence vient de ce dialogue discret. Elle se poursuit sur les fonds de boîte personnalisés, chacun associé à l’origine ou à l’imaginaire de la matière employée. Ce sont des détails invisibles au porté, mais révélateurs de l’intention de l’ensemble : le bracelet ne constitue pas ici une simple finition interchangeable.

La version en cuir de veau noir à grain soja est la plus sombre du trio. Ses surpiqûres brun clair soulignent le relief du cuir sans rompre son caractère presque monochrome. La trotteuse noire et le logo de même couleur renforcent cette retenue. Au dos, Favre Leuba a choisi la représentation d’une peau, référence directe au matériau qui donne son ton à la montre. C’est la proposition qui éloigne le plus la Deep Raider Revival de son usage sous-marin immédiat, sans la faire sortir du vocabulaire de la montre-outil.

Le bracelet textile brun emprunte une autre voie. Fabriqué à partir de matière recyclée, il affiche des coutures brun foncé et une surface ponctuée de petites touches beige clair. Cette texture apporte à la montre une dimension plus tactile, moins lisse que le cuir ou le caoutchouc. Le fond de boîte porte une image de la Terre, associée aux fibres recyclées et à leur dimension durable. La démarche reste formulée à travers le matériau, non par l’ajout d’un discours envahissant sur le cadran.

Enfin, le caoutchouc beige est la déclinaison la plus proche de la fonction première d’une plongeuse. Entièrement étanche, il prolonge naturellement la promesse des 300 mètres du boîtier. Son ton sable s’accorde aux index déjà teintés de beige, ainsi qu’aux éléments colorés qui lui répondent sur le cadran. Le choix du fond de boîte surprend davantage : une roue automobile en caoutchouc y apparaît, rappelant que cette matière navigue entre les terrains sportifs bien au-delà de l’univers marin. Sur terre, c’est aussi la version au dessin le plus direct.

Une mécanique pensée pour l’usage

Sous le fond décoré, les trois montres reposent sur le même calibre FLD01, un mouvement automatique Favre Leuba basé sur le La Joux-Perret G100. Il bat à 28 800 alternances par heure, soit 4 Hz, et offre 68 heures de réserve de marche. Cette autonomie dépasse largement une rotation de week-end et correspond à l’ambition pratique de la Deep Raider Revival : une montre destinée à suivre un rythme quotidien, avec l’affichage des heures, des minutes, des secondes et de la date.

Le mouvement n’est pas utilisé ici comme prétexte à une démonstration technique. Il sert plutôt de socle sérieux à une proposition qui aurait pu n’être qu’esthétique. Une plongeuse dotée d’une lunette de sécurité, d’un verre saphir, d’une étanchéité à 300 mètres et d’un mouvement automatique disposant de 68 heures de marche garde une cohérence fonctionnelle, quel que soit le bracelet choisi. C’est particulièrement pertinent pour la version cuir : même lorsqu’elle se porte comme une montre de ville, elle conserve la construction d’un instrument conçu pour davantage.

Cette articulation entre fonction et apparence explique l’intérêt de la série. Le bracelet noir en veau donne une lecture plus retenue, le textile recyclé insiste sur la matière, le caoutchouc beige paraît prêt à rejoindre l’eau sans transition. Pourtant, aucun des trois ne modifie le boîtier, le calibre ou les performances annoncées. Favre Leuba propose ainsi trois usages possibles d’un même dessin plutôt que trois montres techniquement hiérarchisées.

Une édition courte, sans supplément affiché

Chaque déclinaison est limitée à 33 exemplaires, pour un total de 99 pièces. Le chiffre est suffisamment restreint pour donner un caractère net à la collaboration, sans s’accompagner d’une multiplication de références ou de séries secondaires. Le collectionneur choisit avant tout une matière et une nuance d’accent, non une rareté construite sur des différences mécaniques marginales.

Le tarif est fixé à 2 250 livres sterling, soit 3 200 dollars selon les indications communiquées. Ce montant est identique à celui de la Deep Raider Revival standard sur bracelet acier. Favre Leuba ne facture donc pas séparément les bracelets Jean Rousseau, les touches de couleur propres à chaque modèle ou les fonds de boîte spécifiques. Dans un segment où l’édition limitée sert volontiers à justifier un surcoût, cette égalité de prix donne à la série une logique assez simple : choisir le cuir, le textile ou le caoutchouc relève du goût et de l’usage, pas d’une pénalité tarifaire.

Au fond, c’est peut-être le geste le plus juste de cette collaboration. La Deep Raider Revival reste la même montre, avec ses 39 mm, sa lunette de plongée et son calibre automatique ; mais son bracelet cesse d’être un détail relégué après la fiche technique. Limitées à 33 exemplaires chacune, les trois versions laissent au poignet le dernier mot : noir profond, brun texturé ou beige sable.