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Ajouter Texture à GoogleUn rye déjà mûr, qu’on sort de son tonneau pour le loger aussitôt dans un autre, neuf lui aussi, pendant une durée pouvant atteindre un an. Sur le papier, le geste a quelque chose d’excessif. C’est pourtant le principe de la gamme Double Oaked de Woodford Reserve, et la distillerie de Versailles, dans le Kentucky, vient de l’appliquer au seigle. Annoncé le 29 octobre 2026, le Woodford Reserve Double Oaked Rye Whiskey rejoint le catalogue de façon permanente, aux côtés du Double Oaked Bourbon dont il reprend la méthode.
Deux fûts neufs plutôt qu’un
La mention réglementaire résume la démarche : Kentucky Straight Rye Whiskey, Finished in a Second New Oak Barrel. Le liquide de départ est un straight rye de la maison, que la marque qualifie de « pleinement mûri » (fully matured). Il est ensuite transvasé dans un second fût de chêne neuf, conçu spécifiquement pour l’opération, où il séjourne jusqu’à douze mois.
Ce qui distingue les deux tonneaux tient au traitement du bois. Les fûts standards de Woodford Reserve sont chauffés dix minutes, puis brûlés vingt-cinq secondes. Le second fût du Double Oaked inverse en quelque sorte les priorités : il est fortement toasté et seulement très légèrement brûlé. La maison explique ce choix par un objectif précis, extraire du bois le plus de sucres et de vanilline possible. Autrement dit, le premier vieillissement construit le whiskey, le second l’oriente vers le registre de la douceur.
Reste une zone d’ombre, et elle mérite d’être signalée. L’étiquette ne porte aucune déclaration d’âge. Une fourchette de cinq à sept ans est avancée pour le premier passage en fût, mais elle ne figure pas dans la communication officielle de la marque, qui s’en tient à l’expression « pleinement mûri ». Prudence, donc, avant de chiffrer l’âge de ce qu’on a dans le verre.
Le seigle, socle de la recette
La base est celle du Rye habituel de Woodford Reserve : un moût composé de 53 % de seigle, 33 % de maïs et 14 % d’orge maltée. Le seigle y est majoritaire, sans écraser le reste. La part de maïs, d’un tiers, n’est pas anecdotique pour un whiskey de seigle et laisse déjà de la place à une certaine rondeur.
C’est tout l’intérêt de l’exercice. Le Double Oaked Bourbon partait d’une céréale dominante, le maïs, qui se prête naturellement à la surenchère boisée et sucrée. Avec le seigle, la question devient plus intéressante : que reste-t-il du caractère de la céréale quand on la confronte à un fût pensé pour libérer du sucre et de la vanilline ? La réponse appartiendra à chaque dégustateur, mais la logique de la gamme est claire. Il ne s’agit pas d’un rye différent dans sa recette. C’est le même distillat, poussé plus loin par le bois.

Le projet porte la signature d’Elizabeth McCall, maître distillateur de la maison, propriété du groupe Brown-Forman.
Ce que décrit la fiche de dégustation
La robe annoncée est un acajou intense, teinte cohérente avec un double passage en chêne neuf. Au nez, la marque décrit de l’espresso torréfié, du caramel, de la crème au citron et des noix de pécan caramélisées.
On lit dans cette liste la double influence du procédé. Le caramel et les pécans caramélisées renvoient directement à ce sucre que le second fût est censé libérer. L’espresso torréfié évoque plutôt le bois chauffé. La crème au citron, elle, apporte une note plus vive, presque pâtissière, qui tranche avec le reste et laisse supposer une fraîcheur conservée malgré le traitement. La fiche officielle s’arrête là : rien n’est communiqué, à ce stade, sur la bouche ou la finale.
Le titrage est de 90.4 proof, soit 45,2 % vol., selon la communication du fabricant. Un degré mesuré pour un whiskey passé deux fois en fût neuf, qui le rend accessible en dégustation pure comme en cocktail.
Une référence durable, pour l’heure réservée aux États-Unis
Le point le plus significatif de cette sortie est peut-être son statut. Là où beaucoup de finitions de ce type vivent le temps d’une édition limitée, celle-ci entre au catalogue permanent. Le Double Oaked devient ainsi une famille à part entière chez Woodford Reserve, avec une déclinaison bourbon et une déclinaison rye.
La bouteille de 750 mL affiche un prix de vente conseillé de 54,99 dollars, relevé le jour de l’annonce. Converti au cours de novembre 2026, cela représente environ 50,50 euros, une estimation qui ne tient compte ni des taxes d’importation ni des droits d’accise. Brown-Forman n’a publié aucun tarif officiel en euros.
Et pour cause : la distribution est pour l’instant strictement américaine. Le whiskey est proposé dans l’ensemble des États-Unis, à la boutique de la distillerie de Versailles, et en ligne sur la boutique officielle de la marque, pour les seuls États qui autorisent l’expédition d’alcool. Aucune date ni aucun circuit de commercialisation n’ont été communiqués pour l’Europe. Les amateurs francophones devront attendre une annonce de la maison, ou faire le voyage jusqu’au Kentucky.


