Au Mexique, le fascinant réveil d’un observatoire solaire vieux de 2 500 ans

Teteles de Ávila Castillo solar observatory Mexico 2026
Photo © HeritageDaily — via https://www.heritagedaily.com/2026/10/2500-year-old-solar-observatory-discovered-in-mexico-revealing-ancient-astronomical-knowledge/159576

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Au cœur de la Sierra Norte de l’État de Puebla, là où les reliefs de la Sierra de Chignautla découpent l’horizon mexicain, le site de Teteles de Ávila Castillo — également connu sous le nom vernaculaire de Tetelihtic ou « Los cerritos » — vient de livrer l’un des secrets les plus significatifs de l’archéologie mésoaméricaine contemporaine. Des recherches systématiques, menées depuis 2014 par le Institut national d’anthropologie et d’histoire (INAH), confirment l’identification d’un observatoire solaire vieux de plus de 2 500 ans. Cette découverte, officialisée le 13 octobre 2026, bouleverse la cartographie des savoirs anciens : il s’agit du plus ancien complexe astronomique documenté au Mexique, et surtout du premier exemplaire de ce type identifié hors de la sphère d’influence traditionnelle des Mayas.

Une architecture au rythme des cycles célestes

Le complexe de Teteles de Ávila Castillo s’articule autour d’une structure rigoureuse, typique des ensembles dits « Groupe E ». Ce modèle architectural, dont le référent historique se trouve à Uaxactún au Guatemala, repose sur une géométrie sacrée conçue pour capturer le mouvement des astres. À l’est d’une grande place centrale, les archéologues ont mis au jour une cour quadrangulaire flanquée de deux soubassements pyramidaux opposés. Le soubassement oriental, d’une ampleur remarquable, s’étire sur environ 90 mètres de long selon un axe nord-sud, pour 40 mètres de large. En comparaison, cette structure est deux fois plus vaste que celle observée à Uaxactún, soulignant l’importance politique et rituelle du site dès le Préclassique moyen (entre 1000 et 600 av. J.-C.).

Sous la direction d’Alberto Diez Barroso Repizo, directeur du Proyecto Arqueológico Teteles de Ávila Castillo, les fouilles ont révélé que cet alignement n’avait rien de fortuit. Les bâtisseurs ont utilisé les reliefs environnants de la Sierra de Chignautla comme des marqueurs naturels pour caler leur horizon astronomique. Ce dispositif permettait de scander avec précision les solstices et les équinoxes, ainsi que des moments clés de la vie sociale et agricole : l’ouverture de l’année calendaire mésoaméricaine en février et le cycle des récoltes en octobre. Au-delà du soleil, un alignement secondaire a été identifié avec Canopus, la deuxième étoile la plus brillante du ciel nocturne. Dans les cosmogonies régionales plus tardives, cet astre est étroitement associé à la déesse Nantehuitz, témoignant d’une profondeur spirituelle ancrée dans l’observation des phénomènes lumineux.

Teteles de Ávila Castillo stone pyramidal structure 2026
Photo © México Desconocido — via https://www.mexicodesconocido.com.mx/zona-arqueologica-teteles-de-avila-castillo.html

L’obsidienne verte et les rituels de passage

L’analyse du mobilier archéologique exhumé sur le site dessine les contours d’une société complexe, intégrée à de vastes réseaux d’échanges. Les fouilles ont mis en évidence une présence importante d’obsidienne, notamment sous forme de lames, d’outils et de perles d’une teinte verte caractéristique. Cette pierre volcanique provient des gisements de la Sierra de las Navajas, situés dans l’actuel État d’Hidalgo, à une distance considérable du site. La présence de ces matériaux suggère que Teteles de Ávila Castillo occupait une position stratégique sur un couloir commercial reliant le haut plateau central au golfe du Mexique, accédant aux mêmes sources d’approvisionnement que celles qui alimenteront plus tard la métropole de Teotihuacan.

La dimension sacrée du site est également portée par des dépôts rituels poignants. Les archéologues ont découvert des urnes et des récipients en céramique contenant les restes osseux d’enfants en bas âge. Ces sépultures infantiles, souvent associées aux perles d’obsidienne verte, illustrent les pratiques votives de cette période. Toutefois, la lecture de ces vestiges humains reste partielle : l’humidité extrême et les conditions climatiques rigoureuses de cette région montagneuse ont provoqué une forte dégradation des restes biologiques, limitant les analyses anthropologiques approfondies. Malgré l’abandon résidentiel du site vers 100 apr. J.-C., sa charge symbolique a persisté durant des siècles. Des dépôts d’époque totonaque, datés du Classique tardif (entre 600 et 900 apr. J.-C.), prouvent que les populations locales ont continué à honorer ce lieu bien après son déclin politique.

Une généalogie culturelle entre plateau et rivages

L’existence d’un tel observatoire à Teteles de Ávila Castillo pose la question de l’origine des savoirs astronomiques en Mésoamérique. L’occupation principale du site, située entre 900 av. J.-C. et 100 apr. J.-C., en fait un précurseur. Les chercheurs explorent l’hypothèse d’une parenté entre les bâtisseurs originels de Teteles et les groupes qui fonderont plus tard des cités majeures comme Yohualichan ou El Tajín. Cette filiation avec la culture totonaque, bien que séduisante, reste pour l’heure une piste de recherche qui attend des confirmations supplémentaires.

INAH Teteles de Ávila Castillo quadrangular courtyard 2026
Photo © Carta de México — via https://www.cartademexico.com/nota/mega-travel-presenta-novedades-en-roadshow-centro-2026

Le déclin de la cité vers l’an 100 de notre ère pourrait être lié à l’émergence d’une puissance voisine : Cantona. Cette corrélation chronologique suggère une possible concurrence pour le contrôle des routes commerciales et des ressources. Teteles semble avoir été une plaque tournante où convergeaient des influences huastèques, mayas et du centre du Mexique, créant un carrefour de connaissances dont l’observatoire était le centre névralgique. L’activité d’ateliers locaux d’obsidienne est d’ailleurs suspectée, renforçant l’image d’un centre de production et de redistribution actif durant tout le Préclassique.

Les enjeux de la préservation d’un sanctuaire

L’histoire moderne de Teteles de Ávila Castillo est celle d’une sauvegarde progressive. Bien que le site ait été signalé dès 1939, il est resté pendant des décennies sur des terrains privés, subissant des épisodes de pillage qui ont menacé son intégrité. La superficie totale du site est estimée à environ 9 hectares, abritant 16 structures pyramidales. À ce jour, seuls 3,5 hectares ont été cédés par donation à l’INAH en 2007, permettant la sécurisation des fouilles principales. Le reste du complexe demeure entre des mains privées, ce qui limite pour l’instant l’extension des recherches archéologiques.

Grâce au soutien de la municipalité locale et de l’association civile Tzoncóyotl, l’INAH exprime la volonté d’ouvrir le site au public et de créer un musée de site. Ce projet permettrait de valoriser les découvertes, des urnes cinéraires aux outils lithiques, tout en protégeant les structures pyramidales de l’érosion. Bien qu’aucun calendrier de billetterie ou de financement fédéral n’ait encore été arrêté pour cette ouverture, la reconnaissance de la valeur universelle de cet observatoire solaire place désormais Teteles de Ávila Castillo parmi les joyaux du patrimoine archéologique mondial.