Faites de Texture une source préférée sur Google pour nous soutenir
Ajouter Texture à GoogleOn ne choisit pas ici une façade principale. Le nom donné à la propriété, La Casa Dei Quattro Orizzonti, la « Maison des quatre horizons », dit assez bien le refus de hiérarchiser les points de vue. Au 36 Old Landing Road, à Tiburon, dans le comté de Marin, la maison ne se présente pas comme un bloc tourné vers l’eau. Elle se déploie en quatre ailes, comme les pales d’un moulin, autour d’un jardin d’inspiration zen. Le terrain descend ensuite en pente douce jusqu’à une plage privée de sable fin, sur la baie de San Francisco. Mise en vente le 11 septembre 2026 au prix de 17,5 millions de dollars, soit environ 16 millions d’euros, elle apparaissait déjà « en attente » sur les registres immobiliers au début du mois d’octobre.
Un moulin à vent posé face à la baie
Le plan est la première chose à comprendre. Les architectes parlent d’une organisation en pin-wheel, en moulin à vent : quatre pavillons de plain-pied, chacun orienté différemment, qui s’articulent autour d’un patio central. Aucun étage, aucune tour, aucune pièce perchée pour dominer le paysage. La maison reste au ras du sol et laisse le terrain faire le travail. Celui-ci est vaste : environ 5,33 à 5,34 acres, soit un peu plus de 2,16 hectares, majoritairement plans, en front de mer direct, non loin de Paradise Cay.
Ce dispositif en pales a une conséquence pratique. Chaque aile dispose de son propre rapport à l’extérieur, et les espaces non bâtis entre les pavillons deviennent des pièces à ciel ouvert. La suite parentale s’ouvre ainsi sur un jardin japonais qui lui est attenant. À l’entrée, un verger accueille le visiteur avant même la maison. Un potager complété d’herbes aromatiques occupe une autre partie du terrain. Vers l’eau, des terrasses en gradins conduisent à la plage, avec un spa extérieur sur le parcours.
Le style revendiqué croise deux héritages : le modernisme californien des années d’après-guerre, avec ses volumes bas et ses grandes baies, et une rigueur géométrique contemporaine venue d’Italie. La rencontre n’a rien d’un hasard, puisque le projet a été dessiné à Florence.
Dessinée à Florence, construite à San Rafael
La conception revient à l’architecte italien Andrea Ponsi et à son agence florentine, le Studio Ponsi. L’équipe de conception réunissait, autour de lui, Scott Henderson, Federico Frittelli et Davide Nigi. Pour passer du dessin au chantier de l’autre côté de l’Atlantique, le projet s’est appuyé sur un relais local : le cabinet Jensen & Associates, à San Francisco, en tant qu’architecte d’exécution, chargé de porter le projet dans le cadre réglementaire américain. La construction a été confiée à l’entreprise générale Red Horse Constructors, basée à San Rafael, également orthographiée Redhorse Construction selon les documents.
Sur la date exacte d’achèvement, les sources officielles ne s’accordent pas tout à fait. La documentation de l’architecte situe la réalisation entre 2005 et 2008. L’annonce immobilière, elle, retient 2006. L’écart reste modeste, mais il interdit de fixer une année de livraison certaine. On peut seulement dire que la maison a été conçue et construite dans la seconde moitié des années 2000.
Le chantier s’est accompagné d’une attention particulière portée à l’aménagement intérieur. Les menuiseries ont été fabriquées sur mesure en Italie, un détail qui prolonge la double nationalité du projet jusque dans les placards et les portes.
Une maison qui règle elle-même son climat
Avant que l’expression ne devienne un argument de vente obligatoire, la maison a été pensée selon des principes bioclimatiques. La ventilation naturelle y est régulée par un système de persiennes et d’ouïes d’aération, ces louvers que l’on ouvre ou ferme pour faire circuler l’air. Les parois sont ventilées, c’est-à-dire doublées d’une lame d’air entre le bardage et le mur, ce qui limite l’accumulation de chaleur.
L’énergie vient du ciel. 110 m² de capteurs photovoltaïques sont intégrés à la toiture et aux auvents vitrés, avec un objectif affiché : couvrir 100 % des besoins en électricité de la maison. Le chiffre est donné comme une visée de conception. Aucune donnée de production réelle ou de consommation mesurée n’a été communiquée.
Les matériaux suivent la même logique de durabilité visible. Les toitures sont en cuivre, un métal qui se patine avec le temps. Les façades sont habillées de bardages ventilés en lames de bois. L’essence d’ipé est parfois avancée, mais le descriptif d’origine de l’architecte ne la mentionne pas et se contente d’évoquer des lames de bois : la prudence s’impose. Enfin, de grandes parois vitrées rétractables permettent d’effacer la limite entre les pavillons et le jardin, ce qui donne tout son sens au plan en moulin.
Lire les chiffres avec attention
La maison compte cinq chambres. Le mandat de vente détaille quatre salles de bains complètes et une demi-salle d’eau, que certaines fiches abrègent en cinq salles de bains. Un garage fermé accueille trois véhicules.
La question de la surface mérite qu’on s’y arrête, car deux chiffres circulent et ne désignent pas la même chose. L’agence annonce environ 6 721 pieds carrés habitables, soit à peu près 624 m². Le cabinet d’architecture, de son côté, déclare une surface bâtie totale de 850 à 900 m², autour de 9 146 pieds carrés. La différence ne relève pas d’une erreur : le premier chiffre mesure l’espace intérieur habitable, le second l’emprise bâtie brute, qui inclut les éléments que l’on ne compte pas comme surface de vie. Additionner ou confondre les deux reviendrait à surestimer la maison d’un bon tiers.
Reste la destination des pièces de réception. Elles ont été conçues avec des murs de galerie, destinés à accueillir une collection d’art. Le choix éclaire le programme : une maison de plain-pied, très vitrée, mais qui ménage malgré tout de longues surfaces pleines pour accrocher des œuvres. L’équilibre entre transparence et murs d’exposition fait partie de la commande, même si l’identité des propriétaires successifs et des œuvres éventuellement présentées n’est pas communiquée.
Une vente en suspens
La commercialisation a été confiée à Golden Gate Sotheby’s International Realty, avec Stephanie Lamarre comme agente mandatée. Le lancement public s’est fait par communiqué le 11 septembre 2026, au prix de 17 500 000 dollars. Moins d’un mois plus tard, au début d’octobre, les registres MLS indiquaient la propriété comme pending : une offre a été acceptée, mais sous conditions.
Ce statut ne vaut pas vente. Tant que les conditions suspensives ne sont pas levées, la transaction peut encore échouer, et rien ne permet d’affirmer que la maison a changé de mains. Le prix final, s’il diffère du prix affiché, n’a pas été rendu public, pas plus que l’identité de l’acquéreur pressenti. La rapidité du passage en pending constitue pour l’heure la seule indication tangible de l’intérêt suscité.
Pour le futur occupant, quel qu’il soit, l’héritage est précis : quatre pavillons de plain-pied orientés chacun vers un horizon différent, des toits de cuivre, 110 m² de panneaux solaires, et au bout des terrasses en gradins, une bande de sable privée sur la baie de San Francisco.


