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Ajouter Texture à GoogleL’horizon de South Los Angeles vient de s’enrichir d’une silhouette singulière. À Exposition Park, le Lucas Museum of Narrative Art (LMNA) ouvre ses portes ce 22 septembre 2026, après un long périple administratif entamé il y a plus de dix ans. Ce projet colossal, porté par le réalisateur George Lucas et son épouse Mellody Hobson, se présente comme un sanctuaire dédié à l’art narratif sous toutes ses formes, de l’illustration classique au septième art, niché dans un écrin architectural qui semble tout droit sorti d’un film d’anticipation.
Un geste architectural entre fluidité et démesure
Signé par l’architecte Ma Yansong de l’agence MAD Architects, le bâtiment déploie ses courbes organiques sur une surface d’environ 28 000 mètres carrés. Recouvert de panneaux de polymères blancs (FRP), cet objet architectural évoque un vaisseau spatial posé avec délicatesse sur un nouveau paysage urbain. Le design, fluide et élancé, frappe par sa capacité à guider naturellement le visiteur à travers ses différents niveaux, centrés autour d’un atrium monumental surmonté d’un oculus.
L’édifice ne se limite pas à sa carapace futuriste. Il s’intègre dans un campus de plus de 4 hectares conçu par la paysagiste Mia Lehrer du Studio-MLA, créant une respiration végétale dans un quartier dense. À l’intérieur, les quelque 9 300 mètres carrés de galeries côtoient deux salles de cinéma, une bibliothèque de recherche accessible gratuitement, un café et une boutique. Le coût de cette structure, intégralement financée sur fonds privés, est évalué à environ 1 milliard de dollars (environ 900 millions d’euros selon les taux de septembre 2026), un investissement massif qui témoigne de l’ambition des fondateurs après les échecs successifs d’implantation à San Francisco en 2014 et Chicago en 2016.
La narration pour fil conducteur
Le concept de « musée de l’art narratif » peut paraître nébuleux. À l’ouverture, le LMNA tente de lever le voile en exposant environ 1 300 pièces issues de l’immense fonds de 40 000 œuvres accumulées par George Lucas au fil des décennies. L’accueil est pour le moins spectaculaire : un chasseur Naboo N-1 Starfighter grandeur nature est suspendu dans le hall principal. Cette mise en scène, bien qu’impressionnante, s’avère presque trompeuse. Elle suggère un temple dédié à la saga Star Wars, alors que l’univers de la franchise n’occupe en réalité que 7 % de l’espace d’exposition total.
La collection est un vaste inventaire des manières de raconter une histoire par l’image. On y retrouve les maîtres de l’illustration américaine comme Norman Rockwell, N.C. Wyeth et Maxfield Parrish, dont les toiles figuratives constituent le cœur historique de la collection. Le parcours s’élargit ensuite vers la bande dessinée, les mangas et les comics, présentant des planches originales de Jack Kirby, Frank Frazetta ou des extraits des Peanuts et de Garfield.
Un syncrétisme artistique parfois déroutant
La force du musée réside dans sa volonté de briser les hiérarchies entre art noble et art populaire. Le visiteur passe ainsi d’un autoportrait de Frida Kahlo à des œuvres de Diego Rivera, Judy Baca ou Robert Colescott. Des installations inédites de Banksy côtoient des pièces majeures de l’histoire du cinéma, comme les costumes originaux de Dark Vador et de la Princesse Leia, mais aussi des éléments issus de Batman, du Magicien d’Oz ou de Rencontres du troisième type.
Cependant, cette diversité frôle parfois l’éclectisme excessif. Si la fluidité du bâtiment rend la déambulation agréable, le regroupement d’œuvres aussi disparates laisse une impression d’incohérence par moments. La scénographie, qualifiée de bizarre par certains observateurs, tente de créer des ponts thématiques entre des objets qui n’ont, a priori, que peu en commun. Le contraste entre la haute technicité de l’écrin signé Ma Yansong et le caractère parfois inégal de la collection exposée interroge sur la direction artistique à long terme de l’institution.
Un nouveau pôle culturel pour South Los Angeles
Au-delà des critiques sur le contenu des galeries, le Lucas Museum of Narrative Art s’impose comme un équipement culturel de premier plan pour la ville. En choisissant Exposition Park, face à l’Université de Californie du Sud, George Lucas et Mellody Hobson ancrent leur projet dans un secteur en pleine mutation. L’accès libre à la bibliothèque de recherche et la programmation des deux salles de cinéma suggèrent une volonté d’ouverture vers la communauté locale, dépassant le simple cadre de l’exposition d’objets de collection.
Le musée entame désormais sa vie publique avec un défi de taille : transformer une collection personnelle, née d’une passion pour l’imagerie populaire et le cinéma, en une institution capable de dialoguer avec l’histoire de l’art mondiale. La structure est là, impressionnante et techniquement irréprochable ; il reste à voir comment la programmation future saura structurer ce récit visuel pour éviter l’effet d’inventaire et affiner son identité singulière.


