Derrière le volant de la Bugatti Veyron 16.4 Grand Sport Vitesse, l’évidence s’impose avec une force tranquille : plus de deux décennies après les premières esquisses de la lignée Veyron, l’engin conserve un pouvoir de sidération intact. Ce roadster, présenté pour la première fois au Salon de Genève en mars 2012, incarne le point de rencontre entre deux extrêmes techniques de la marque de Molsheim. Il s’agit de l’union entre le châssis découvrable de la Grand Sport, apparue en 2008, et la démesure mécanique de la Super Sport de 2010. En Alsace, les ingénieurs ont conçu un objet qui défie les lois de la thermodynamique et de la vitesse pure, tout en offrant la possibilité de rouler cheveux au vent.
Une architecture thermique sans équivalent
Le cœur battant de la Grand Sport Vitesse est le bloc W16 de 8,0 litres (exactement 7 993 cm³). Cette pièce d’orfèvrerie mécanique utilise quatre turbocompresseurs de dimensions accrues par rapport à la version Grand Sport initiale. Le gain de puissance est massif : 199 chevaux supplémentaires pour atteindre un total de 1 200 ch (1 200 PS) à 6 400 tr/min. Le couple suit cette courbe ascendante pour culminer à 1 500 Nm, disponible sur une plage allant de 3 000 à 5 000 tr/min. Pour gérer une telle débauche d’énergie, Bugatti a dû revoir en profondeur le système de refroidissement.
La voiture ne compte pas moins de dix radiateurs. La gestion des flux est une prouesse logistique en soi : trois radiateurs sont dédiés au moteur, un autre à l’intercooler (lui-même surdimensionné sur cette version), tandis que deux unités s’occupent de la climatisation. Le reste de l’arsenal thermique se répartit entre l’huile de boîte de vitesses, le différentiel, l’huile moteur et, de manière plus singulière, le fluide hydraulique nécessaire au fonctionnement de l’aileron mobile. Ce dernier agit non seulement comme une aide aérodynamique mais aussi comme un frein à air lors des décélérations brutales.
La transmission intégrale permanente distribue cette cavalerie via une boîte de vitesses semi-automatique à double débrayage de sept rapports, conçue par le spécialiste Ricardo. La structure, essentielle pour maintenir la rigidité malgré l’absence de toit fixe, repose sur une monocoque et des éléments de carrosserie intégralement réalisés en fibre de carbone renforcée.
Le record du monde en plein air
Si la vitesse maximale est électroniquement bridée à 375 km/h en mode de conduite standard pour une utilisation sur route, la Grand Sport Vitesse révèle son véritable potentiel sur circuit fermé. Dans ces conditions sécurisées, elle est capable d’atteindre 410 km/h. Bugatti a d’ailleurs gravé ce modèle dans l’histoire de l’automobile le 6 avril 2013. Sur la piste d’essai d’Ehra-Lessien, le pilote chinois Anthony Liu a poussé le roadster à une vitesse de 408,84 km/h (254,04 mph).
Cette performance, homologuée par l’organisme indépendant allemand TÜV, a permis à la Grand Sport Vitesse de décrocher le titre de véhicule de série découvrable le plus rapide du monde. Pour célébrer cet exploit, la marque a commercialisé une édition limitée baptisée « World Record Car » (WRC). Seuls huit exemplaires ont été produits, reconnaissables à leur livrée bicolore noir et orange. À sa sortie en 2013, cette édition spécifique était affichée à environ 1,99 million d’euros hors taxes, contre 1,69 million d’euros pour la version standard.
La rareté d’un monolithe de carbone
Sur les 450 exemplaires de Veyron produits entre 2005 et 2015, toutes variantes confondues, seuls 150 étaient des roadsters. Parmi ces derniers, la version Grand Sport Vitesse est la plus exclusive avec seulement 92 unités sorties des ateliers de Molsheim. Cette rareté explique aujourd’hui une cote soutenue sur le marché secondaire. Alors qu’elle valait environ 2,5 millions de dollars US à l’époque pour une édition WRC, les transactions observées entre 2024 et 2026 situent désormais le modèle entre 2,5 et 3,5 millions d’euros, selon l’exclusivité de la configuration et le kilométrage.
Posséder un tel engin implique des coûts d’exploitation à la mesure de ses performances. Un simple changement de pneumatiques illustre cette démesure : le train de pneus spécifiques Michelin PAX est facturé entre 25 000 et 40 000 dollars (soit environ 22 000 € à 36 000 €). Le poids du véhicule, bien que non communiqué de manière officielle fixe en raison des options de personnalisation, est estimé entre 1 888 kg et 1 990 kg selon la configuration du toit targa amovible et l’usage intensif de carbone transparent.
L’histoire de la Veyron s’est achevée symboliquement avec ce modèle. Le 450e exemplaire, nommé « La Finale », était justement une Grand Sport Vitesse. Présenté au Salon de Genève en mars 2015, il marquait la fin d’une décennie de domination technique. Élue *Car of the Year* par le magazine *Robb Report* en 2013, la Grand Sport Vitesse n’est pas seulement une machine de records ; elle est le point final d’une ère où Bugatti a redéfini les limites de l’ingénierie thermique avant le tournant de l’hybridation.


