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Ajouter Texture à GoogleEn 1962, au sommet de sa gloire, Rock Hudson signe bien plus qu’une simple extension de contrat avec Universal Pictures. Pour garantir la loyauté de l’acteur pour cinq années supplémentaires, le studio procède à une transaction immobilière d’envergure : l’achat d’une propriété située au 9402 Beverly Crest Drive, dans le quartier de Beverly Hills Post Office. Ce domaine, qu’Hudson louait déjà depuis un an à l’acteur Sam Jaffe, devient son sanctuaire personnel. Surnommée « The Castle », cette demeure de style Revival espagnol restera sa résidence principale jusqu’à sa disparition en 1985, marquant l’apogée d’un itinéraire résidentiel à travers les codes esthétiques de la Californie du Sud.
L’esthétique « early butch » du 9402 Beverly Crest Drive
Perchée sur une crête privée s’étendant sur environ 1,4 hectare, la résidence principale de Rock Hudson se distinguait par une architecture hispanique typique des années 1920. Les murs en stuc blanc et les toits en tuiles de terre cuite abritaient un intérieur dont le style a été qualifié par ses proches d’« early butch ». L’atmosphère y était délibérément masculine et robuste, privilégiant le bois sombre, les peaux de zèbre, le fer forgé et les bougeoirs en étain. Le décor, loin des fioritures hollywoodiennes classiques, affichait une sobriété texturée, ponctuée de statues d’hommes et d’adolescents nus disposées sur le patio et aux abords de la piscine.
Le cœur intime de la maison se situait dans la chambre principale, baptisée « The Blue Room ». Entièrement recouverte d’une moquette bleu roi, elle accueillait un lit à baldaquin en bois sculpté orné d’une figure masculine nue. La demeure comptait également deux salons, quatre cheminées, un sauna, un hammam et une salle de sport, structurant un mode de vie tourné vers le bien-être physique et la réception privée.

Un lieu de divertissement et de passion botanique
Pour un homme dont la vie publique était scrutée, « The Castle » offrait des équipements permettant une vie sociale en vase clos. Rock Hudson avait transformé l’ancien garage de la propriété en une salle de projection professionnelle. Ce théâtre privé comprenait une scène en bois dédiée aux répétitions et un mur entier consacré à une collection de disques vinyles rares. C’était là que l’acteur visionnait ses propres films ou ceux de ses contemporains, loin des regards de l’industrie.
À l’extérieur, les aménagements reflétaient ses passions personnelles et son goût pour l’hospitalité. Une serre imposante abritait une vaste collection d’orchidées, tandis qu’une piscine de 12 mètres, agrémentée d’un jacuzzi et d’une fontaine en tête de lion, servait de centre de gravité aux réceptions estivales. Un barbecue de six mètres de long complétait l’installation, soulignant une prédilection pour les moments de convivialité en plein air, protégés par l’isolement de la crête.
Une trajectoire immobilière entre Studio City et Malibu
Avant de s’établir définitivement sur Beverly Crest Drive, Rock Hudson a exploré différentes typologies architecturales californiennes. Au début de sa carrière, entre 1951 et 1955, il occupe une maison Midcentury de seulement 93 mètres carrés à Studio City, conçue par l’architecte Ralph Bowerman en 1950. Ce modeste pied-à-terre, ancré dans le paysage de Coldwater Canyon, a été revendu bien plus tard, en juin 2016, pour 1 175 000 USD.

Lors de son mariage avec Phyllis Gates au milieu des années 1950, l’acteur fait l’acquisition d’un cottage de deux chambres situé au-dessus du Sunset Strip. Plus tard, à la fin de la décennie, c’est à Malibu qu’il cherche refuge, dans une maison de bord de mer utilisée comme sanctuaire privé. Ce besoin de retrait se confirme après son divorce en 1958, avec un passage temporaire à Newport Beach. Plus tardivement, à la fin des années 1970, il possèdera brièvement une maison de style « transitional » de trois chambres sur le Sunset Strip, témoignant de sa mobilité constante dans les quartiers les plus prisés de Los Angeles.
De l’ère Hudson à la reconstruction par Paul Allen
Après le décès de l’acteur en octobre 1985, « The Castle » change radicalement de destin. La propriété est d’abord acquise par le réalisateur John Landis, qui entreprend une démolition et une reconstruction quasi totale de la structure d’origine. En 1997, Paul Allen, cofondateur de Microsoft, rachète le domaine pour 10 000 000 USD (environ 9 200 000 EUR). Sous son impulsion, le terrain s’agrandit pour atteindre 1,3 hectare et subit des transformations pharaoniques.
Paul Allen fait ériger un studio d’enregistrement de près de 930 mètres carrés, nommé « Neptune Valley », et installe un funiculaire vitré pour relier la piscine au terrain de tennis. Ces travaux portent la surface bâtie totale du complexe à environ 2 200 mètres carrés. En juillet 2021, les ayants droit d’Allen mettent la propriété sur le marché pour 55 525 000 USD. Elle sera finalement cédée en janvier 2022 au promoteur immobilier Randall Van Wolfswinkel pour 45 000 000 USD.
Aujourd’hui, rien ne subsiste de l’époque de Rock Hudson au 9402 Beverly Crest Drive. Les décors « early butch », les serres d’orchidées et l’architecture Revival espagnol ont disparu au profit d’un complexe ultra-moderne, effaçant les traces matérielles de celui qui fut, pendant plus de vingt ans, le maître des lieux.


