Lorsqu’on franchit le seuil de la villa de Beverly Hills occupée par Bob Mackie à la fin des années 1980, le silence et la clarté imposent une rupture immédiate avec l’éclat assourdissant de la scène. Pour celui que la presse a baptisé le « Sultan des paillettes » ou le « Rajah des strass », l’espace domestique n’est pas une extension du métier, mais son envers exact. En septembre 1989, alors qu’il ouvre les portes de sa résidence au magazine Architectural Digest, le créateur s’amuse d’ailleurs de la déception potentielle de ses visiteurs. Ils s’attendent au chrome, au noir et au scintillement des milliers de sequins qu’il brode pour Cher ou Diana Ross. Ils découvrent, à la place, un sanctuaire de sérénité où la lumière naturelle fait office de seul luxe ostentatoire.
L’architecture comme refuge de confidentialité
Acquise au cours des années 1980, cette propriété de Beverly Hills n’a pas été choisie pour son prestige social, mais pour ses qualités intrinsèques de construction. Conçue par un architecte qui l’habitait lui-même, la maison privilégie la structure et l’apport solaire. De vastes baies vitrées ponctuent l’espace, abolissant la frontière avec l’extérieur tout en préservant une intimité totale. Pour Bob Mackie, ce choix est celui de la discrétion. Le créateur, dont les mains ont façonné les silhouettes de Tina Turner, Dolly Parton ou Elton John, refuse que son cadre de vie devienne une mise en scène. « Je n’ai jamais aimé un mode de vie qui reflète les vêtements que je dessine — cela ne me plaît pas », confiait-il lors de cette visite guidée. Cette quête de confidentialité guide chaque aménagement, faisant de la demeure un lieu de retrait loin des tapis rouges et des projecteurs des plateaux de télévision.
Une esthétique du retrait
La décoration intérieure, orchestrée en collaboration avec son ami décorateur Robert Kelly, témoigne d’un minimalisme radical pour l’époque. Mackie ne s’encombre pas de mobilier superflu. À son installation, il confesse n’avoir acheté presque aucun meuble, préférant la sobriété de l’existant, à l’exception d’un canapé de bibliothèque qu’il a fait retapisser. Cette pièce, la bibliothèque, se distingue par une finition singulière : une peinture bleue patinée, appliquée à l’éponge, qui donne aux murs une texture délavée et apaisante. Loin de l’accumulation souvent associée aux personnalités de la mode, les pièces respirent.
Plus frappante encore est l’absence presque totale de souvenirs professionnels. Dans ce temple de la retenue, les dix Emmy Awards, le Tony Award et les citations aux Oscars ne trônent pas sur les cheminées. Les trophées sont absents du regard, remplacés par quelques affiches et photographies discrètes. Seule concession à son histoire commune avec les plus grandes stars mondiales : une chaussure en céramique, offerte par Cher, qui figure parmi les rares objets personnels exposés. Le reste appartient au travail, et le travail reste à l’atelier de la marque Bob Mackie.
De Beverly Hills aux hauteurs de Laurel Hills
Le parcours immobilier de Robert Gordon Mackie, né en 1939, reflète cette recherche constante de calme californien. Après ses années à Beverly Hills, le designer se déleste de cette propriété pour acquérir, en juillet 2005, une maison de style ranch dans le secteur de Laurel Hills, au sein des Hollywood Hills West. Pour un montant de 1 695 000 dollars (environ 1,52 million d’euros au cours actuel), il s’installe dans une bâtisse de 1962 développant environ 320 mètres carrés. Avec ses cinq chambres et ses quatre salles de bains et demie, cette demeure conserve l’esprit fonctionnel et horizontal de l’architecture californienne du milieu du siècle. Mackie y restera plus d’une décennie avant de s’en séparer en 2016, l’année où la propriété fut mise sur le marché pour un prix oscillant entre 2 175 000 et 2 180 000 dollars.
Celui qui s’est éteint le 14 septembre 2026 à Palm Springs, à l’âge de 87 ans, aura maintenu jusqu’au bout cette dualité entre l’extravagance publique et la tempérance privée. Si ses créations continuent de définir une certaine idée du glamour hollywoodien, ses résidences successives rappellent que pour le créateur, le véritable luxe ne résidait pas dans le reflet du strass, mais dans la qualité d’une ombre portée sur un mur bleu délavé.


