L’échappée belle en turquoise et terre : le retour inoubliable de la grenouille Louis Erard x Konstantin Chaykin

Louis Erard Chaykin turquoise watch
Photo © Monochrome Watches — via https://monochrome-watches.com/2026-louis-erard-x-konstantin-chaykin-unfrogettable-turquoise-brown-editions-review-price/

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Il faut regarder la couronne avant tout le reste. Placée à midi, elle n’a rien du discret cylindre cannelé auquel l’horlogerie nous a habitués : elle prend la forme d’une couronne royale, presque littérale. Ce détail donne le ton de l’Unfrogettable, la montre née de la rencontre entre Louis Erard et Konstantin Chaykin. Ici, le sérieux mécanique sert un visage de grenouille, avec une liberté graphique rarement assumée à ce point dans une montre automatique suisse.

Après une première série dévoilée fin 2025, dominée par le vert et le violet, le duo reprend son personnage dans deux variations nouvelles : Turquoise et Brown. Le conte du Prince Grenouille demeure le point de départ, mais le résultat ne cherche nullement à devenir sage ou féerique. L’objet garde son air légèrement insolent, entre masque de théâtre, dessin fantastique et régulateur horloger. Chacune des deux versions est produite à 178 exemplaires, soit 356 pièces au total.

Une montre qui choisit le personnage plutôt que la neutralité

L’horlogerie contemporaine affectionne les références historiques, les cadrans épurés et les promesses de polyvalence. L’Unfrogettable emprunte la direction inverse. Elle ne cherche pas à se faire oublier sous une manche de chemise ; elle construit une présence à partir d’un visage. Ses yeux sont les compteurs du régulateur : les heures prennent place à 9 heures, les secondes à 3 heures. La minute, elle, traverse le cadran avec une aiguille centrale en forme de flèche. Sous ce regard dissocié, deux narines laquées finissent de composer la physionomie de l’animal.

La construction est moins gratuite qu’elle n’en a l’air. Le principe du régulateur, qui sépare l’affichage des heures, des minutes et des secondes, devient ici le matériau même de la mise en scène. Les sous-cadrans ne sont pas simplement intégrés à un décor : ils sont le décor. Konstantin Chaykin, dont le nom est désormais associé à des créations où le cadran devient une expression, trouve dans ce projet avec Louis Erard un terrain propice à une horlogerie de caractère, débarrassée de la crainte du sourire.

Le boîtier reste pourtant contenu. Réalisé en titane grade 5, il mesure 40 mm de diamètre pour 12,45 mm d’épaisseur. Des proportions assez classiques, presque mesurées, qui empêchent le dessin de basculer dans l’accessoire de fantaisie. Le titane apporte aussi une cohérence matérielle : léger, contemporain, il donne à cette figure animale une enveloppe technique plutôt qu’un traitement précieux ou décoratif.

Deux climats chromatiques, deux lectures du même visage

La version Turquoise privilégie les contrastes froids et les glissements de couleur. Son anneau des heures associe un turquoise sombre au violet. La minuterie bicolore évolue du bleu-vert profond vers le violet, tandis que la partie basse du cadran, celle qui suggère le visage de la grenouille, adopte un turquoise plus clair à la finition grenée. Cette texture, déjà présente sur les premières éditions, évoque une surface irrégulière et donne au cadran un relief presque organique.

Les disques et les aiguilles traités au rhodium apportent à cette version une netteté métallique. La lumière verte Super-LumiNova, appliquée par touches, et l’extrémité luminescente de l’aiguille des minutes assurent une lecture nocturne concrète. L’effet n’est donc pas limité à une coloration décorative : dans l’obscurité, la montre conserve ses repères essentiels.

Brown change le récit. Le registre devient plus terrestre, plus chaud, avec un anneau des heures construit autour du brun foncé et de l’ocre. Les disques et aiguilles reçoivent un placage 5N, dont la tonalité métallique donne une dimension plus ancienne à l’ensemble. Sur une montre aussi décalée, ce choix surprend : il rapproche le personnage d’une certaine idée du patrimoine horloger, sans faire disparaître son étrangeté. La finition grenée du cadran et les éléments brun clair prolongent ce parti pris, en évitant l’uniformité d’un simple cadran chocolat.

La couronne participe elle aussi à cette différence de tempérament. Sur Turquoise, elle est polie en titane. Sur Brown, elle reçoit un traitement PVD 5N assorti aux teintes chaudes du cadran. Son positionnement à midi a une conséquence pratique : malgré son dessin volontairement saillant, elle reste éloignée du poignet. Elle peut offrir une prise franche lors du réglage sans devenir une gêne au porter.

Un mouvement réorienté pour servir la composition

Derrière le visage se trouve le calibre Sellita SW266-1, un mouvement automatique à affichage régulateur. Louis Erard et Konstantin Chaykin l’ont orienté de 90 degrés afin de préserver la couronne à 12 heures et l’architecture du cadran. Ce déplacement technique explique l’implantation des heures à gauche et des secondes à droite, tandis que l’aiguille centrale prend en charge les minutes.

Le mouvement bat à 28 800 alternances par heure, soit 4 Hz, compte 31 rubis et offre environ 38 heures de réserve de marche. Il s’agit d’un calibre de grade élaboré. À travers le fond saphir, le rotor ajouré laisse apparaître le symbole de Louis Erard, laqué en noir. La mention individuelle « 1 OF 178 » rappelle que chaque exemplaire appartient à une série volontairement réduite. L’étanchéité est annoncée à 50 mètres, ou 5 bar.

Ce fond transparent produit un contraste intéressant avec la face avant. Le cadran assume le jeu, le mouvement rappelle la mécanique. L’une des forces du projet tient précisément dans cette coexistence : la montre ne cache ni son caractère de pièce horlogère, ni son désir de s’affranchir du vocabulaire solennel souvent attaché à cette catégorie.

Le cuir japonais comme contrepoint tactile

Les deux références sont montées sur un bracelet noir en cuir Himeji Kurozan. Ce cuir, issu d’une tannerie japonaise ancienne, est frotté à la main puis revêtu d’une laque Urushi. Il constitue un contrepoint utile à l’exubérance du cadran : sa couleur reste sobre, mais son traitement évite toute impression de banalité. La version Turquoise se distingue par ses surpiqûres et sa doublure violettes ; Brown adopte des finitions noires.

Les bracelets utilisent des barrettes à changement rapide et se ferment par une boucle ardillon en titane. Là encore, l’exécution reste fonctionnelle. Le système permet de modifier la présentation de la montre sans outils, tout en restant fidèle à l’économie générale du boîtier.

Proposées à 4 500 francs suisses hors taxes, les références 85340AA03.BVA192 pour Turquoise et 85340AA04.BVA193 pour Brown reprennent le tarif fixé pour les éditions vertes et violettes de 2025. Le prix est indiqué autour de 4 108 livres sterling ou 5 460 dollars, avant taxes. Les deux modèles sont à découvrir dans la collection Louis Erard x Konstantin Chaykin. Avec seulement 178 pièces par couleur, le choix ne se fera pas entre une montre discrète et une montre spectaculaire, mais entre deux manières d’assumer le même regard amphibien.