Frasers Group renforce son empire sportswear en s’offrant 8,78 % d’Under Armour

Frasers Group Luxury Paris Fashion Week 2026
Photo © Vogue — via https://www.vogue.com/article/5-key-takeaways-from-paris-fashion-week-mens-fw26

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Présenter une division de luxe pendant la Fashion Week de Paris et entrer au capital d’Under Armour : chez Frasers Group, les deux gestes relèvent d’une même logique. Le propriétaire britannique de Sports Direct, Flannels et House of Fraser élargit son influence en combinant commerce et investissement. Derrière les vitrines, une autre carte se dessine, faite de participations dont le poids varie selon les entreprises. L’enjeu n’est pas toujours de prendre les commandes. Il consiste aussi à se rapprocher des marques, quitte à conserver une place minoritaire. L’opération Under Armour éclaire cette méthode, mais aussi ses limites.

Le luxe, une ambition désormais organisée

C’est à Paris que Michael Murray, directeur général du groupe, a présenté Frasers Group Luxury. Cette nouvelle plateforme rassemble Flannels, Harvey Nichols et The Webster. Le rapprochement donne une structure commune à plusieurs activités haut de gamme, avec pour mandat de coordonner leur développement. La croissance des enseignes existantes doit y côtoyer de nouvelles acquisitions et de nouveaux investissements.

Le choix de réunir ces noms sous une même bannière traduit le poids pris par le luxe dans un ensemble également très engagé dans la distribution sportive. Selon Michael Murray, cette activité a dépassé un milliard de livres sterling de valeur en dix ans. Elle constitue désormais l’un des grands axes du groupe, et non un simple prolongement de son commerce historique.

À cette organisation s’ajoutent les positions détenues dans des maisons dont Frasers ne possède pas nécessairement les magasins ni le contrôle. Mulberry figure dans ce portefeuille, tout comme Burberry, où sa participation atteint désormais 6,32 %. Hugo Boss occupe une place plus singulière : l’engagement britannique y a changé d’échelle au fil des achats, jusqu’à une offre publique volontaire. Luxe et sportswear sont donc abordés avec un même outil, l’entrée au capital, mais sans scénario unique pour la suite.

Des participations qui n’ont pas toutes la même vocation

Le cas Hugo Boss montre jusqu’où cette politique peut conduire. À l’issue de la période supplémentaire d’acceptation de l’offre, Frasers détenait 47,89 % du capital et des droits de vote de l’entreprise. Un tel niveau d’engagement se distingue nettement d’un placement minoritaire limité. Il rappelle surtout qu’une position initiale peut évoluer, sans que cette trajectoire doive être considérée comme automatique ailleurs.

Chez Puma, la participation construite par Frasers s’établit autour de 5,77 %. Elle s’inscrit dans un contexte commercial précis : la marque allemande entretient également une relation avec Sports Direct. Le distributeur est ainsi présent de part et d’autre de la relation, comme partenaire commercial et comme actionnaire. Ces deux positions ne se confondent pas, mais elles donnent une autre épaisseur au lien entre les entreprises.

En Australie, la logique territoriale apparaît plus directement. Frasers a porté sa part dans Accent Group à 22,9 %, parallèlement à un projet de développement du réseau Sports Direct dans le pays. L’investissement accompagne ici une ambition de distribution. Selon les dossiers, les prises de participation peuvent donc consolider des relations commerciales, faciliter l’accès à un marché ou préparer d’autres opérations. Les lire toutes comme les prémices d’un rachat ferait perdre de vue cette diversité.

Under Armour : le chiffre à lire avec précision

La nouvelle position américaine exige justement de distinguer exposition financière et pouvoir réel. Frasers a acquis 16,58 millions d’actions de catégorie A d’Under Armour, soit 8,78 % des titres de cette catégorie. Ce pourcentage ne désigne pas une part équivalente de l’ensemble des droits de vote. La nuance est décisive pour apprécier la portée de l’investissement.

L’opération apparaît dans une déclaration Schedule 13G déposée le 1er octobre auprès de la Securities and Exchange Commission, le régulateur américain des marchés financiers. Le document se rapporte à une participation acquise le 24 septembre. Frasers y présente sa position comme un investissement à finalité financière et ne déclare aucune intention d’agir sur le contrôle ou la gestion de l’équipementier.

Le verrou du pouvoir reste entre les mains de Kevin Plank, fondateur et actuel directeur général d’Under Armour. Grâce aux actions de catégorie B, qui disposent chacune de dix voix, il contrôle environ 64,6 % des droits de vote totaux. Cette architecture à deux catégories d’actions permet de dissocier la détention de titres de l’autorité dans l’entreprise. L’arrivée du distributeur britannique ne bouleverse donc pas les équilibres de gouvernance.

Voilà la différence essentielle avec la montée au capital de Hugo Boss. Under Armour entre dans le portefeuille de Frasers, mais rien dans la déclaration ne permet d’en déduire une volonté de prise de contrôle. L’opération élargit la présence financière du groupe dans le sportswear mondial ; elle ne lui donne pas les commandes d’une marque américaine.

Un investissement sur fond de demande affaiblie

Le moment choisi retient néanmoins l’attention. Under Armour mène une transformation de son activité alors que son marché nord-américain reste sous pression. Pour l’exercice 2026, les revenus de la région sont indiqués en recul de 7,9 %, à 641 millions de dollars, soit environ 570,5 millions d’euros. Au premier trimestre de l’exercice 2027, la baisse atteint 9 %.

La fragilité ne s’arrête pas à cette succession de chiffres. L’entreprise a également abaissé ses prévisions de chiffre d’affaires pour l’ensemble de l’exercice, en invoquant une demande moins soutenue, particulièrement en Amérique du Nord et en Asie-Pacifique. Frasers prend donc position dans une société occupée à réviser son activité et ses attentes, plutôt que dans une phase d’accélération commerciale.

Il serait toutefois prématuré de transformer ce calendrier en promesse de redressement. Aucun projet d’intervention opérationnelle n’est annoncé par le nouvel actionnaire. Pour Under Armour, le travail de transformation reste conduit sous l’autorité de Kevin Plank. Pour Frasers, l’investissement ajoute une exposition à une marque dont les difficultés commerciales sont encore visibles.

La croissance internationale et sa facture

Cette politique d’expansion se lit aussi dans les comptes du distributeur. Sur l’exercice clos le 26 avril 2026, Frasers a enregistré 5,33 milliards de livres sterling de chiffre d’affaires, environ 6,2 milliards d’euros, en hausse de 8,7 %. L’activité internationale, en progression de 59,2 %, a porté cette avancée. Le bénéfice avant impôts publié a augmenté de 38,9 %, à 527,8 millions de livres.

Le tableau britannique est moins favorable. Les revenus de UK Sports ont reculé de 4,7 %, ceux de Premium Lifestyle de 6,9 %. Dans un secteur confronté à une consommation faible et à des stocks élevés, le bénéfice ajusté avant impôts du groupe a diminué de 4 %, à 538 millions de livres. L’expansion hors du marché domestique prend ainsi un relief particulier : elle accompagne une croissance globale que les activités britanniques ne reproduisent pas.

Les indicateurs de rentabilité racontent eux aussi des histoires différentes. Le bénéfice du commerce de détail a progressé de 22,1 %, avec une marge brute de 47,1 %. Pourtant, le résultat opérationnel du groupe accuse une perte de 152,2 millions de livres, contre un bénéfice de 38,1 millions un an plus tôt, en raison de dépréciations liées aux acquisitions. C’est sur cette ligne comptable que la stratégie rencontre sa contrainte la plus concrète : accumuler des positions et des enseignes ne dispense pas de justifier, ensuite, leur valeur.