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Ajouter Texture à GoogleLe dimanche 20 septembre 2026 restera comme une date charnière pour la scène créative britannique. En l’espace de quelques heures, le calendrier de la London Fashion Week a vu converger deux trajectoires majeures : celle de Christopher Kane, l’enfant chéri de la mode londonienne opérant un retour stratégique chez Mulberry, et celle de Seán McGirr, chargé de rapatrier l’héritage d’Alexander McQueen sur ses terres d’origine. Cette double présence a cristallisé une tension palpable, transformant cette journée de présentations Printemps/Été 2027 en un moment de vérité pour le luxe britannique.
Mulberry et le pragmatisme de Christopher Kane
À 15 h 00, au Queen Elizabeth II Centre de Westminster, l’ambiance était à la fois solennelle et électrique. Pour Christopher Kane, ce défilé marquait une forme de renaissance professionnelle. Après avoir dû placer sa marque éponyme en redressement judiciaire en 2023, le créateur écossais a retrouvé le chemin des podiums sous l’égide de Mulberry. Sa nomination, intervenue le 26 mars 2026 sous l’impulsion du directeur général Andrea Baldo, s’inscrit dans une volonté claire de redynamiser l’institution britannique à travers la stratégie « Back to the Mulberry Spirit ».
Sur le plan stylistique, Kane a relevé le défi de fusionner son identité propre avec les codes historiques de la maison. La collection s’est articulée autour du cuir, matériau central de la griffe, travaillé avec une rigueur architecturale. On y a retrouvé des coupes épurées, ponctuées d’encoches géométriques qui rappellent subtilement le rabat du sac Bayswater, pièce maîtresse du patrimoine de la marque. Le détail le plus remarqué résidait sans doute dans les talons en forme de hachette, un clin d’œil direct aux campagnes de communication montrant l’élagage symbolique d’un mûrier. Des boucles oversize, réinterprétant le fermoir Postman’s Lock, et des minirobes irisées complétaient un vestiaire qui semble déjà porter ses fruits : Mulberry a enregistré une progression de ses ventes de 23 % au cours du premier trimestre de l’exercice fiscal 2026.
McQueen : le retour aux sources et l’interrogation critique
À la tombée de la nuit, le centre de gravité s’est déplacé vers Lincoln’s Inn Fields. C’est dans The Undercroft, la crypte voûtée de la chapelle, que Seán McGirr a orchestré le grand retour de la maison Alexander McQueen à Londres. Depuis sa nomination fin 2023 en succession de Sarah Burton, le créateur irlandais avait jusqu’ici défilé à Paris. Ce rapatriement vers la capitale britannique, là où Lee Alexander McQueen a fondé sa maison en 1992, est une décision hautement symbolique. Pour McGirr, l’enjeu était de renouer avec l’énergie subversive et la culture nocturne qui constituent l’ADN profond de la griffe.

C’est ici que se pose avec acuité ce que certains observateurs appellent désormais « la question McQueen ». Le défi est de taille : comment s’approprier un héritage aussi viscéral et dramatique sans se limiter à une lecture d’archives ou à un pastiche superficiel ? La collection présentée dans la crypte a tenté d’y répondre par un tailoring tranchant. Les épaulettes pointues et les vestes peplum ont côtoyé des motifs rayés délicatement brodés de fleurs, tandis que des éléments fétichistes — harnais, ceintures et colliers évoquant des colliers de chien — ancraient le propos dans une esthétique clubbing radicale. Les coiffures sculptées en cornes et la bande-son nerveuse, produite par A. G. Cook, ont renforcé cette atmosphère de tension créative.
Une géographie de la mode en mutation
Ce retour à Londres pour McQueen est le premier événement de cette envergure inscrit au calendrier officiel depuis 2001, bien qu’une incursion ait eu lieu en octobre 2022. En choisissant d’abandonner les podiums parisiens pour les cryptes londoniennes, McGirr affiche une volonté de confrontation directe avec l’esprit de la cité. Pour Mulberry, l’absence des podiums était également notable, les sources divergeant sur la durée exacte de cette mise en retrait — oscillant entre six et dix ans selon que l’on comptabilise les présentations d’accessoires ou les défilés formels.
L’accueil réservé à ces deux visions sera déterminant pour l’avenir des deux maisons. D’un côté, le pragmatisme créatif de Kane semble déjà validé par une performance économique solide ; de l’autre, McGirr fait face à une pression critique intense, chaque détail de sa vision étant scruté à l’aune du génie de Lee McQueen. Le contraste entre le minimalisme luxueux de Westminster et le fétichisme architectural de Lincoln’s Inn dessine les contours d’une mode britannique qui cherche, entre héritage et subversion, un nouveau souffle.
Les pièces de la collection Mulberry par Christopher Kane seront disponibles en boutique et sur le site officiel dès janvier 2027. Quant à la collection Alexander McQueen, sa commercialisation est prévue pour le printemps 2027. À ce stade, les tarifs des pièces présentées lors des défilés n’ont pas encore été communiqués par les deux institutions.


