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Ajouter Texture à GooglePlus de la moitié de sa valeur boursière envolée depuis le sommet de 2015 : pour H&M, le regard des marchés est devenu sévère. Celui de la famille Persson semble suivre une autre logique. Tandis que le groupe suédois peine à relancer ses ventes, ses actionnaires historiques rachètent des titres et consolident leur position. Ce décalage pose une question qui dépasse le seul cours de l’action : le redressement de H&M pourrait-il se poursuivre hors de la Bourse ? Aucune décision de retrait n’a été annoncée. Mais derrière les achats successifs se dessine une confrontation entre deux calendriers, celui des résultats trimestriels et celui d’une dynastie industrielle.
Le redressement commercial reste le premier chantier
Avant d’être un dossier de contrôle du capital, H&M est une enseigne confrontée à une équation commerciale difficile. Le recul de la consommation pèse sur son activité, tandis que la concurrence vient de directions différentes. Shein exerce la pression des prix extrêmement bas et de la vente en ligne. Inditex constitue l’autre grand rival cité dans ce paysage. Pour le groupe suédois, le problème ne se limite donc pas à retrouver des acheteurs : il faut renforcer la marque sans perdre de vue la rentabilité.
C’est précisément le mandat confié à Daniel Erver, à la tête du groupe depuis janvier 2024. Les chiffres rapportés ne permettent pas encore de parler de reprise. Le chiffre d’affaires a diminué de 1 % au premier trimestre, puis stagné au deuxième. Pour le troisième, dont les résultats sont attendus, les analystes n’anticipent qu’une progression modeste. La séquence reste fragile : l’arrêt du recul ne signifie pas encore le retour d’une croissance solide.
Cette difficulté donne tout son relief au mouvement des Persson. Ils augmentent leur exposition à une entreprise dont le rebond demeure à construire. Leurs achats peuvent se lire comme une marque de confiance ; ils ne constituent pas, à eux seuls, une réponse aux difficultés de l’enseigne. Que H&M reste cotée ou non, les consommateurs devront toujours être convaincus.
Une famille, trois générations et une majorité renforcée
Le lien entre H&M et les Persson traverse trois générations. Erling Persson a fondé l’entreprise. Son fils Stefan, présenté comme l’homme le plus riche de Suède, contrôle principalement Ramsbury Invest, la holding qui réalise les acquisitions de titres. Karl-Johan Persson, fils de Stefan et petit-fils du fondateur, préside aujourd’hui le groupe. Dans cette configuration, le renforcement au capital ne relève pas de l’arrivée d’un nouvel investisseur : il prolonge une histoire familiale déjà inscrite dans la direction de l’entreprise.
L’ampleur du changement mérite pourtant d’être soulignée. Au début de 2021, la famille et les entités qui lui sont liées possédaient 49,5 % du capital. À la fin août, leur participation dépassait 68 %, selon les données publiées par la société. D’après les documents déposés auprès des autorités de surveillance, Ramsbury Invest a acquis 36,8 millions d’actions depuis le début de l’année.
Ces chiffres rendent tangible une évolution que des achats pris isolément pourraient faire paraître discrète. La participation familiale a gagné plus de 18 points depuis le début de 2021. Il ne s’agit plus simplement de conserver une place prépondérante : la part détenue par les Persson s’élargit sensiblement, et avec elle la question du devenir des autres actionnaires.
La Bourse, un cadre devenu trop contraignant ?
Le recul de plus de 50 % du titre par rapport à son pic de 2015 nourrit nécessairement les interrogations sur l’intérêt de rester coté. Il ne prouve toutefois aucune intention de départ. Un cours dégradé et une famille qui achète davantage sont deux faits ; l’existence d’un projet de retrait reste, à ce stade, une interprétation.
Peter Magnusson, gérant de portefeuille chez Cicero Fonder à Stockholm, avance une explication possible. Selon lui, les réactions négatives répétées des marchés pourraient pousser la famille à préférer un cadre dans lequel elle serait davantage libre de poursuivre des stratégies de longue durée. Il s’attend lui-même à une sortie de cote. Son raisonnement place moins l’accent sur une opération financière que sur la possibilité de choisir un autre horizon de gestion.
Cette lecture touche au nœud du dossier. Redresser la rentabilité et renforcer une marque ne suivent pas nécessairement le rythme des publications trimestrielles. Mais quitter le marché ne ferait pas disparaître les difficultés commerciales. Cela changerait le cadre dans lequel les décisions seraient prises et leurs résultats appréciés. La distinction est essentielle : la maîtrise du calendrier ne garantit pas celle du redressement.
Des anticipations précises, aucune annonce de retrait
Chez Deutsche Bank, l’analyste Adam Cochrane va jusqu’à envisager que la famille fasse sortir H&M de la Bourse d’ici à 2030. Cette échéance donne une forme concrète au scénario, sans lui conférer le statut de feuille de route. Elle demeure une prévision d’analyste, non un engagement des actionnaires de contrôle.
La position officielle reste beaucoup plus limitée. Interrogé sur le sujet, H&M a orienté les questions vers Ramsbury Invest. Le porte-parole de la holding n’a pas commenté l’éventualité d’un retrait. Il a rappelé la confiance des Persson dans l’entreprise, leur engagement dans la durée et leur habitude d’accroître progressivement leur participation.
La même succession d’achats autorise donc deux lectures : la continuité d’un investissement familial ou la préparation graduelle d’une prise de contrôle intégrale. Pour l’instant, seule la première est revendiquée par Ramsbury. La seconde prend de la consistance aux yeux de plusieurs observateurs, à mesure que la fraction du capital détenue par la famille augmente.
Pour les minoritaires, la question décisive sera le prix
Les petits actionnaires regardent cette évolution depuis une autre position. Sverre Linton, directeur juridique de la Swedish Shareholders’ Association, juge difficile de ne pas y voir une démarche d’acquisition progressive de l’ensemble de la société. Son analyse ramène le débat à ceux qui ne choisissent ni le rythme des achats familiaux ni l’orientation du groupe.
Selon lui, leurs intérêts seraient servis par deux issues : un redressement suffisamment convaincant pour soutenir le cours, ou une offre en numéraire de la famille à un niveau satisfaisant. Il estime que nombre d’actionnaires pourraient être disposés à accepter une telle proposition dans les circonstances actuelles. Rien ne permet cependant d’en déduire un prix, ni même l’existence de discussions sur une offre.
Un seuil juridique donne désormais sa perspective au dossier. Selon la réglementation suédoise décrite, un actionnaire détenant 90 % d’une société peut imposer le rachat des participations restantes. Avec plus de 68 %, les Persson n’en sont pas là. La distance qui les sépare de ce seuil compte autant que les achats déjà réalisés. Pour les minoritaires, la prochaine étape concrète sera de voir si leur participation continue de se réduire face aux acquisitions familiales, ou si une proposition de rachat vient enfin donner un prix au scénario de sortie.


