Faites de Texture une source préférée sur Google pour nous soutenir
Ajouter Texture à GooglePour un créateur de bijoux, l’essentiel commence parfois après la fermeture de la vitrine. Le 24 octobre 2026, à Milan, les galeries réunies pour les Gallery Awards choisiront chacune trois artistes avec lesquels engager une collaboration dans l’année. Ce débouché concret éclaire l’ambition de la sixième Milano Jewelry Week, programmée du 20 au 26 octobre : faire circuler les pièces, mais aussi donner une suite aux rencontres. Entre recherche artistique et commerce, la manifestation entend travailler cet espace où le bijou trouve sa place auprès d’un collectionneur, d’un acheteur ou d’une galerie.
Le bijou d’auteur à l’épreuve de la rencontre
À Palazzo Bovara, au 51 corso Venezia, Artistar Jewels donnera à cette ambition son expression la plus directement artistique. Du 24 au 26 octobre, ce format né en 2012 réunira plus de 200 artistes issus de 56 pays, avec plus de 500 bijoux exposés. Une partie de l’espace sera réservée aux galeries spécialisées dans le bijou d’auteur. Leur présence apporte un autre regard que celui de la seule appréciation esthétique : les œuvres seront aussi considérées dans la perspective d’une collaboration.
Les Gallery Awards reposent sur cette articulation. Les galeries y deviennent jurées, puis interlocutrices des artistes qu’elles retiennent. Le dispositif met ainsi en jeu la vie des pièces après l’exposition, question décisive pour une manifestation consacrée à la création. Dix galeries internationales participent à cette édition, contre onze l’année précédente. Le réseau reste donc d’une ampleur comparable, tandis que l’ensemble de la semaine milanaise s’élargit.
Ce développement mérite toutefois d’être regardé sans confondre tous les indicateurs. Artistar Jewels annonçait plus de 800 œuvres sélectionnées en 2025 ; l’organisation fait état cette année de plus de 500 bijoux en exposition. Les deux chiffres ne décrivent pas exactement la même étape de sélection, mais ils interdisent de raconter une hausse uniforme. La progression globale du rendez-vous ne signifie pas que chacune de ses composantes gagne en volume.
Deux palais, deux manières de regarder une pièce
À quelques numéros de distance sur corso Venezia, Palazzo Serbelloni accueille The Jewelry Hub, au numéro 16. Le propos y est explicitement commercial : les créations présentées sont proposées à la vente. Quarante-huit marques venues de 23 pays y couvrent un spectre allant de la haute joaillerie au bijou de design, en passant par la joaillerie fine et les diamants. Le visiteur peut donc y passer de la découverte à l’acquisition.
À Palazzo Bovara, la présence du Talent Show déplace l’attention vers ceux qui apprennent encore à construire leur langage. Onze écoles participent à ce volet consacré aux étudiants et aux jeunes designers. Parmi elles figurent For.Al Valenza et l’Accademia Alta Oreficeria Galdus, mais aussi l’EBJ, Escola Brasileira de Joalheria, et la Southern Illinois University de Carbondale. La formation occupe ainsi une place visible, à la même adresse que la création de recherche.
Cette répartition donne une lecture intéressante du programme. D’un palais à l’autre, le bijou change de statut : pièce disponible à l’achat, proposition d’auteur ou travail d’étudiant. Aucun de ces registres ne résume à lui seul la discipline. Les faire coexister permet de regarder autant l’objet achevé que les parcours qui conduisent à sa conception et à sa diffusion.
Le Brésil, une présence suivie plutôt qu’une escale
À Palazzo Bovara encore, neuf designers et marques brésiliens seront réunis grâce au projet mené avec Blossom Brasil. La collaboration avec l’agence fondée par la curatrice Bianca Zaramella revient pour la troisième année consécutive. Cette continuité compte : elle inscrit la présence brésilienne dans une relation suivie avec le rendez-vous milanais, plutôt que dans une invitation ponctuelle.
Enzo Carbone, directeur général de Prodes Italia et créateur de la manifestation, met en avant la diversité culturelle d’un pays de dimensions continentales. Pour Bianca Zaramella, Milan constitue un point de diffusion vers l’Europe et au-delà. Sans présumer des matières ou des styles qui seront exposés, le projet invite donc à ne pas enfermer ces neuf signatures dans une supposée esthétique nationale unique. C’est une pluralité de démarches que l’agence entend présenter.
Une semaine plus longue, un dispositif commercial renforcé
Conçue et organisée par Prodes Italia sous le patronage de la municipalité de Milan, la Milano Jewelry Week réunira plus de 400 exposants provenant d’environ 60 pays. L’édition 2025, tenue du 16 au 20 octobre, s’était achevée avec plus de 350 exposants et plus de 80 événements urbains, selon ses organisateurs. En 2026, le calendrier gagne deux jours. Le passage de cinq à sept journées accompagne donc l’élargissement du nombre de participants.
L’organisation évoque une fréquentation moyenne de 20 000 visiteurs. Pour cette édition, 46 % du public est attendu d’Europe, 24 % des Amériques et 23 % d’Asie. Ces proportions éclairent l’effort consacré aux acheteurs professionnels : le buyer program a été renforcé pour multiplier les possibilités de rendez-vous et les échanges commerciaux avec des opérateurs qualifiés. L’enjeu n’est pas seulement de remplir les salles, mais de rendre cette audience internationale utile aux exposants.
Autre nouveauté, l’Observatoire Milano Jewelry Week prendra la forme d’une enquête auprès des professionnels. Il recueillera leurs données, leurs perceptions et les tendances qu’ils identifient. Son périmètre annoncé reste celui du secteur représenté dans la manifestation : il faudra donc le lire comme un éclairage issu de cette communauté, et non comme une mesure exhaustive de toute la joaillerie.
Sortir des vitrines, entrer dans les ateliers
Le programme urbain Experiential Journey offre un contrepoint aux expositions des deux palais. Vingt participants ouvriront le parcours vers les boutiques, les ateliers et les lieux de formation du centre de Milan. Recarlo, Marlù, Vescovi Milano, Stagnani, Rubinia et la Scuola Orafa Ambrosiana figurent parmi les adresses annoncées.
Pendant la semaine, les propositions iront des présentations de collections aux visites de laboratoires, avec des ouvertures d’archives et des avant-premières de ventes aux enchères. L’intérêt réside dans l’accès à des espaces ou à des moments habituellement soustraits au public. Le bijou pourra s’y lire autrement que sous l’éclairage d’un stand, à travers son élaboration ou les documents qui accompagnent son histoire.
Déjà associé à ce parcours en 2025, Sotheby’s accueillera cette année les MJW Talks du 24 au 26 octobre. Conférences, conversations et tables rondes ouvertes au public se tiendront dans ses locaux du 16 corso Venezia, à l’adresse du Jewelry Hub. Les professionnels du secteur y prolongeront par la discussion ce que les expositions donnent à voir.
Qui distingue les bijoux, et selon quel regard ?
Le 25 octobre, la soirée de remise des prix quittera le Teatro San Babila, où elle s’était déroulée en 2025, pour l’Auditorium di Milano. Treize MJW Awards seront décernés, parmi lesquels le High Jewelry Award et le Sustainability Award. Les catégories évoluent, tout comme la composition des jurys.
Le jury technique réunira notamment Chiara Pisa, directrice générale de Pisa 1940, Guido Solari, à la tête de la Scuola Orafa Ambrosiana, et Daniele Oldani, vice-président de l’Associazione Orafa Lombarda. Pour la première fois, un jury de presse interviendra également ; l’Editorial Choice Award figure parmi les nouvelles distinctions. Le regard éditorial trouve ainsi une place formalisée à côté de l’expertise professionnelle. Il disposera aussi d’un support matériel dans les deux palais : la nouvelle MJW Edicola y distribuera des magazines spécialisés et The Jewelry Drops, la publication consacrée aux exposants.


