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Ajouter Texture à GoogleÀ Oviedo, capitale de la Principauté des Asturies, l’architecture raconte souvent une histoire de rigueur et d’élégance continentale. C’est face au Campo de San Francisco, le poumon vert et historique de la ville, que l’antiquaire et décorateur espagnol Lorenzo Castillo a choisi d’implanter sa nouvelle retraite. Ce projet, qu’il partage avec son compagnon Alfonso et leur chienne Tana, ne se contente pas d’habiter l’espace ; il le restructure pour en faire ce qu’il nomme « The Right One », une expression empruntée à la philosophie esthétique de Karl Lagerfeld pour désigner le lieu d’aboutissement, celui qui s’impose comme une évidence.
Une restructuration architecturale audacieuse
Le point de départ de cette transformation est un immeuble du début du XXe siècle, dont la facture classique et le style français rappellent les grandes heures de l’urbanisme européen de cette époque. Lorenzo Castillo a entrepris de fusionner deux appartements distincts pour créer une seule et vaste unité d’habitation. Ce regroupement n’était que la première étape d’une métamorphose plus profonde, visant à adapter le plan d’origine aux besoins d’une vie contemporaine tournée vers l’intimité et le confort.
L’une des décisions les plus marquantes de ce chantier réside dans l’inversion complète de la distribution spatiale traditionnelle. Dans les immeubles de ce standing, les pièces de réception occupent habituellement la façade noble, celle qui bénéficie de la vue la plus prestigieuse — ici, le parc. Castillo a choisi de rompre avec ce schéma en déplaçant la suite parentale vers cette façade d’honneur. Le salon, quant à lui, a été basculé vers l’arrière du bâtiment, créant une atmosphère plus recueillie, loin de l’agitation urbaine, même si celle d’Oviedo reste feutrée.
Cette volonté de dialogue avec le patrimoine local s’illustre également par la réintroduction d’une galerie vitrée, la « glass-enclosed gallery ». Cet élément vernaculaire, pilier de l’architecture asturienne, avait disparu lors de rénovations antérieures de l’immeuble. Sa restauration permet non seulement de respecter l’intégrité stylistique du bâtiment mais aussi d’offrir un espace de transition thermique et lumineuse typique de la région.
La psychologie de la couleur et de la lumière
Dans cette résidence, la gestion de la lumière ne suit pas les règles conventionnelles de la clarté uniforme. Lorenzo Castillo a appliqué un principe de contre-pied chromatique pour moduler les ambiances en fonction de l’orientation des pièces. La zone de jour, située dans la partie la plus exposée à la lumière naturelle, a été traitée avec des teintes claires et lumineuses, renforçant l’impression de volume et de fluidité.

À l’inverse, la zone de nuit et la suite parentale, qui reçoivent moins de soleil direct (l’ensoleillement y étant limité à l’après-midi), assument un parti pris d’obscurité volontaire. Pour favoriser l’apaisement et créer une sensation d’enveloppement, Castillo a sélectionné une palette de tons sombres et profonds : le camel, le bleu, le rose et le chocolat. Ce choix transforme ces pièces en refuges nocturnes, où la couleur compense la faiblesse de la lumière naturelle par une densité visuelle et une richesse de textures.
Un salon de suite entre influences hollandaises et Hollywood Regency
Le salon attenant à la chambre à coucher, véritable espace de vie privé, illustre la capacité du décorateur à faire cohabiter les époques. Les murs sont habillés de panneaux laqués arborant un motif de vagues japonaises, une référence issue des collections de chez Phillip Jeffries, qui apporte un rythme organique et une profondeur presque liquide aux parois. Au sol, un tapis édité par Alfombras Peña ancre la pièce dans une tradition de haute facture textile.
Le mobilier poursuit ce dialogue transhistorique. On y trouve un canapé de style Hollywood Regency, revêtu d’un velours mohair couleur camel provenant de la propre collection de tissus de Lorenzo Castillo. Cette pièce aux lignes glamour fait face à un meuble ancien d’origine hollandaise datant du XVIIe siècle. Ce contraste entre la rigueur du mobilier d’Europe du Nord et l’exubérance chic du XXe siècle américain définit l’approche de l’antiquaire : une quête d’équilibre où l’objet historique devient le pivot de la modernité.
L’entrée comme cabinet de curiosités
Dès le vestiaire, l’appartement affirme son caractère de collectionneur. L’entrée, souvent traitée comme un simple lieu de passage, est ici pensée comme une galerie de portraits et de paysages. On y remarque notamment un portrait des années 1940, œuvre d’un artiste milanais, dont la présence donne un ton altier au vestibule. À ses côtés, un paysage signé du peintre hispano-belge du XIXe siècle Carlos de Haes rappelle l’importance de la peinture de plein air dans l’histoire de l’art espagnol.
Le décor est complété par des références au Grand Tour, ce voyage initiatique de l’aristocratie européenne à travers l’Italie. Un buste en réduction de l’Hercule Farnèse, souvenir traditionnel de cette épopée culturelle, repose sur un piédestal victorien néo-gothique. Ce mélange de références — de la statuaire antique à la peinture romantique — transforme l’entrée en une introduction au voyage intérieur que propose cette demeure d’Oviedo.
Si la superficie totale de cette réunion d’appartements ainsi que le montant global des travaux n’ont pas été communiqués, le résultat témoigne d’une ambition claire : celle de transformer une structure classique en un manifeste de goût personnel. À travers ce projet asturien, Lorenzo Castillo démontre que la véritable élégance réside parfois dans le renversement des perspectives et l’audace de l’obscurité choisie.


