Le nom reste secret, les premiers produits attendront 2027, mais la géographie du lancement est déjà dessinée : États-Unis, Amérique latine, Asie-Pacifique et Moyen-Orient. Pour son nouveau projet avec le groupe californien Revolve, Donatella Versace entre en scène par la distribution avant de dévoiler la création. Ce calendrier dit quelque chose de l’aventure. Il ne s’agit pas de reprendre les commandes d’une maison chargée d’histoire, mais de bâtir une proposition de mode et de beauté autour d’une personnalité dont le public existe déjà. Avec 12,2 millions d’abonnés, la créatrice possède une audience. Reste à lui donner une nouvelle raison d’acheter.
Un prénom peut-il devenir un nouveau point de départ ?
Donatella Versace a passé près de trente ans à diriger la création de la maison fondée par son frère Gianni. Durant cette période, elle en a porté les vêtements autant que les valeurs, jusqu’à rendre difficile la distinction entre sa propre image et celle de la marque. Son départ de la direction créative, en mars 2025, a rompu cette continuité professionnelle. Versace appartenait alors encore à Capri Holdings, avant sa vente à Prada Group.
L’accord avec Revolve déplace donc la question. Comment une créatrice aussi étroitement associée à une maison familiale peut-elle faire entendre une voix personnelle ailleurs ? Sa notoriété constitue un point d’appui évident, mais elle impose aussi une comparaison permanente avec ce qui précède. Le projet devra trouver sa place sans que son nom, encore inconnu, serve simplement de nouvelle étiquette à une image familière.
Dans sa présentation du partenariat, Donatella Versace insiste sur la liberté de s’adresser autrement aux jeunes générations, à travers la beauté et la mode. Elle revendique une créativité ouverte et audacieuse, nourrie par la musique, le cinéma ou l’art. Aucun produit dévoilé ne permet encore d’en juger la traduction. L’intention, en revanche, est claire : partir de ses affinités culturelles pour construire une relation plus personnelle avec son public.
Revolve, le choix de la plateforme
Le partenaire retenu donne à cette ambition un cadre précis. Fondé en 2003 par Michael Mente et Mike Karanikolas, Revolve Group a développé une offre en ligne atteignant 1 600 marques sur deux plateformes, Revolve et Fwrd. Son périmètre comprend également Revolve Los Angeles, Revolve Beauty et Revolve Man. En 2025, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires total de 1,23 milliard de dollars. Derrière la promesse créative, il y a donc un appareil commercial déjà en fonctionnement.
Mike Karanikolas, cofondateur et codirecteur général, présente l’association comme la rencontre entre l’autorité créative de Donatella Versace et les moyens technologiques, logistiques et internationaux de Revolve. Il met aussi l’accent sur la possibilité de construire un projet neuf dans la durée. Le vocabulaire compte : le groupe ne décrit pas seulement une opération de visibilité, mais une activité à développer à partir de zéro.
C’est là que réside l’intérêt de l’accord. Une figure longtemps attachée à la direction artistique d’une maison choisit pour cette nouvelle étape un acteur du commerce numérique. La création et sa circulation sont pensées ensemble dès l’annonce. Cela ne renseigne ni sur les prix ni sur la nature exacte des futurs produits, deux données encore absentes. Mais cela place d’emblée l’accès au public parmi les ressorts du projet, plutôt que comme une question à régler après la collection.
La jeunesse, une relation déjà éprouvée
Le discours sur les nouvelles générations accompagne quantité de lancements. Chez Donatella Versace, il peut au moins s’appuyer sur des collaborations concrètes. Anthony Vaccarello, Jonathan Anderson et Christopher Kane figurent parmi les créateurs avec lesquels elle a travaillé et dont elle a soutenu le parcours. Cette attention aux talents plus jeunes a fait partie de son exercice de la direction créative, parallèlement à la défense du style de la maison.
D’autres initiatives ont déplacé les frontières de son territoire. Avec Fendi, la collection Fendace a mis en commun deux signatures. Les collaborations avec H&M et Riachuelo ont, elles, conduit son univers vers des enseignes à prix accessibles. Ces expériences ne prédisent pas le positionnement du futur projet : rien ne permet d’en déduire une gamme de prix. Elles montrent toutefois que le passage d’un cadre à un autre ne constitue pas, pour elle, une rupture de méthode.
Raissa Gerona, présidente chargée des marques et des partenariats chez Revolve Group, souligne précisément cette capacité à saisir les attentes d’un public jeune et à relier la mode à la culture. L’enjeu sera de transformer cette compréhension en objets désirables. Une audience suit une personnalité pour bien des raisons ; elle n’adhère pas nécessairement à toutes ses propositions commerciales. Entre l’attention et l’achat, le travail reste entier.
La beauté dans le prolongement de la mode
L’association annoncée couvre la mode et la beauté, sans préciser encore comment ces deux champs s’articuleront. Leur présence commune évite de réduire le projet à une nouvelle ligne de vêtements. Elle ouvre un espace plus large à l’expression personnelle de la créatrice, tout en laissant en suspens l’essentiel pour le consommateur : quelles catégories seront proposées, selon quel parti pris, et avec quelle place respective dans l’offre ?
Pour Revolve, ce rapprochement intervient après d’autres accords avec des personnalités disposant de leur propre audience. En 2025, le groupe a annoncé une coentreprise avec Cardi B, qui a marqué son entrée dans la beauté, ainsi qu’une autre avec Sofia Richie Grainge. Le partenariat avec Donatella Versace s’inscrit ainsi dans une succession d’initiatives où la personnalité du partenaire occupe une place centrale. Les modalités de ces opérations ne doivent pas pour autant être confondues : l’annonce concernant la créatrice ne détaille pas le montage de leur association.
Son apport se distingue par une longue pratique de la création et de la direction de maison. Revolve accueille une célébrité de la mode, certes, mais aussi une professionnelle qui a dû faire évoluer une identité sur plusieurs décennies. C’est cette expérience, davantage que le seul nombre d’abonnés, qui rend le projet digne d’attention.
Une structure existe, beaucoup reste à définir
Un autre élément avait signalé l’ouverture d’un nouveau chapitre : en janvier, la création de Platinum Future avait été rendue publique. Cette société intervient dans la mode et le design industriel. Dotée d’un capital social de 30 000 euros, elle est entièrement contrôlée par Donatella Versace, qui en est l’administratrice et l’associée unique. L’information donne une dimension entrepreneuriale à l’après-Versace, au-delà d’un simple retour à la création.
Aucun lien juridique entre Platinum Future et l’accord avec Revolve n’est toutefois précisé dans les éléments annoncés. Les rapprocher ne suffit pas à établir leur rôle respectif. De même, le périmètre géographique communiqué pour le lancement ne permet pas de préjuger d’une distribution ultérieure ailleurs. À ce stade, le projet possède un partenaire, des marchés annoncés et un horizon, mais conserve une large part de son identité hors champ.
Le rendez-vous décisif est fixé à 2027 : les premiers produits sont attendus en même temps que la révélation du nom. Il faudra alors regarder ce que Donatella Versace aura choisi de signer, et sous quel mot elle aura décidé de recommencer.

