En septembre 2026, l’industrie de la mode assiste à un basculement symbolique. Celle qui a passé des décennies à façonner l’image des autres, à commencer par ses filles Beyoncé et Solange, occupe désormais seule le cadre. À 72 ans, Tina Knowles-Lawson devient l’égérie de la maison de luxe américaine St. John. Cette première campagne solo, capturée par la photographe Kanya Iwana et révélée par Vanity Fair, marque l’aboutissement d’un parcours débuté bien loin des projecteurs des défilés, dans les ateliers de couture domestiques et les salons de coiffure de Houston.
De Galveston aux ateliers de fortune
L’histoire de Tina Knowles, née Celestine Ann Beyoncé le 4 janvier 1954 à Galveston, au Texas, s’ancre dans une lignée créole louisianaise où le vêtement est une langue maternelle. Septième enfant d’une fratrie, elle grandit entre une mère couturière, Agnéz Deréon, et un père docker, Lumis Albert Beyincé. C’est dans ce foyer que s’établit son rapport technique et émotionnel à la mode. L’influence d’Agnéz Deréon sera telle qu’elle donnera son nom, des décennies plus tard, à la marque House of Deréon, co-fondée par Tina Knowles.
Avant d’habiller les scènes du monde entier, Tina Knowles a bâti son empire brique par brique. En 1986, elle ouvre Headliners à Houston. Ce salon de coiffure ne tarde pas à devenir le laboratoire visuel de ses premières créations. C’est ici, entre les miroirs et les bacs à shampoing, que se forgent les prémisses de ce qui deviendra l’esthétique Destiny’s Child. Le passage du salon à la scène s’est fait par nécessité autant que par talent : à l’époque, les grandes maisons de couture refusaient de prêter des vêtements à un jeune groupe féminin noir. Face à ce mépris des institutions, Tina Knowles a choisi de fabriquer elle-même les tenues, notamment pour le clip Bills, Bills, Bills, imposant une identité visuelle forte là où le luxe traditionnel faisait défaut.
La philosophie du style selon une matriarche
Pour cette campagne avec St. John, Tina Knowles ne se contente pas de prêter son visage ; elle y injecte une vision du vêtement mûrie par l’expérience. Sa règle d’or est limpide : c’est la personne qui doit porter le vêtement, et non l’inverse. Cette distinction entre la parure et l’identité est le socle de ses conseils en image. Selon elle, le style personnel ne se mesure pas au nombre de griffes de luxe accumulées dans une garde-robe, mais à la capacité de chacun à identifier ce qui l’anime et l’excite profondément.
Cette approche introspective de la mode se retrouve dans ses mémoires récents, Matriarch: A Memoir. Elle y détaille comment la compréhension de ses propres ressorts psychologiques permet de définir une signature visuelle cohérente. Pour la styliste, s’habiller est un acte de définition de soi avant d’être un acte de consommation.
Un entrepreneuriat de la transmission
Le parcours de Tina Knowles est indissociable d’une volonté constante de transmission et de construction de marques pérennes. Après le succès de House of Deréon et de la ligne Miss Tina, elle a continué d’explorer les territoires de l’esthétique et du soin. En février 2024, elle s’est associée à sa fille Beyoncé pour lancer Cécred, une marque de soins capillaires qui puise autant dans la science moderne que dans les rituels de soins hérités de son époque chez Headliners.
La collaboration avec St. John s’inscrit dans cette logique de reconnaissance tardive mais éclatante. Si les détails financiers de ce contrat n’ont pas été communiqués, l’impact culturel de voir une femme de 72 ans, créatrice et femme d’affaires, incarner une maison de luxe américaine est un signal fort pour l’industrie. Les estimations concernant les retombées financières ou les volumes de ventes générés par cette campagne restent pour l’heure des projections non confirmées, tout comme d’éventuelles futures collections qu’elle pourrait dessiner pour la marque.
Aujourd’hui, alors qu’elle s’affiche sous l’objectif de Kanya Iwana, Tina Knowles-Lawson boucle une boucle entamée au Texas. Celle qui a appris à coudre en observant sa mère et qui a bravé le refus des couturiers parisiens pour imposer son style finit par devenir, elle aussi, le visage du luxe qu’elle a longtemps dû inventer par elle-même.


