Une nuit de légende à l’Upper East Side : Carolina Herrera fait renaître l’iconique Mortimer’s

Carolina Herrera Mortimer's restaurant
Photo © Vogue — via https://www.vogue.com/slideshow/wes-gordon-carolina-herrera-45-anniversary-celebration

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À l’angle de la 75e Rue et de Lexington Avenue, Manhattan semble avoir momentanément retrouvé ses fantômes les plus chics. Le lundi 14 septembre 2026, au terme de son défilé Prêt-à-porter Printemps-Été 2027, la maison Carolina Herrera a orchestré une parenthèse temporelle au cœur de l’Upper East Side. Pour une seule soirée, l’adresse du 1057 Lexington Avenue, occupée depuis le début des années 2000 par la brasserie Orsay, a retrouvé l’identité de son illustre prédécesseur : Mortimer’s. Rebaptisé « Herrera’s » sous l’impulsion de Wes Gordon, le lieu s’est transformé en un hommage vivant à ce qui fut, durant deux décennies, le quartier général officieux de la haute société new-yorkaise.

Une géographie du souvenir social

L’opération de transformation éphémère ne doit rien au hasard géographique. En réinvestissant l’adresse exacte de Mortimer’s, Wes Gordon s’est attaqué à un monument de la mythologie urbaine. Ouvert en 1976 par Glenn Bernbaum et fermé à sa disparition en 1998, Mortimer’s n’était pas seulement un restaurant, mais le pivot central de la « cafe society ». Carolina et Reinaldo Herrera y comptaient parmi les habitués les plus fidèles, partageant les tables voisines de Nan Kempner, Jacqueline Kennedy Onassis, Bill Blass ou Pat Buckley.

La scénographie de la soirée a cherché à restituer l’atmosphère de bistro intime qui caractérisait l’original. Les fresques et œuvres murales d’époque ont fait l’objet d’une reconstitution, visant à capturer cette esthétique propre aux années 1980. Cette évocation stylistique et nostalgique, pilotée par la direction artistique de la marque, se veut une interprétation de l’esprit du lieu plutôt qu’une réplique muséale. Elle rappelle une époque où Glenn Bernbaum exerçait une politique de placement réputée draconienne, préférant laisser des tables vides plutôt que d’y installer des visages inconnus de son cercle social.

L’art de la table et du portrait

Pour cette soirée anniversaire marquant les 45 ans de la maison fondée en 1981, l’espace a été enrichi de collaborations artistiques contemporaines. Trois œuvres créées spécifiquement par l’artiste Tim Snell ont été exposées, dialoguant avec la structure du restaurant. En écho direct à la collection présentée plus tôt au Lincoln Center, des illustrateurs de la revue The New Yorker étaient présents pour réaliser en direct les portraits des convives.

L’animation sonore, confiée à la DJ Isabella Massenet, a rythmé une assemblée où se croisaient plusieurs générations de la mode et de la culture. Pamela Anderson, invitée d’honneur, a côtoyé des personnalités dont la présence a été remarquée au fil de la soirée, à l’instar d’Alexa Chung, Becky G, Lux Pascal ou Ego Nwodim. D’après les clichés et les témoignages de cette chronique mondaine, Ed Westwick, Tory Burch et Karlie Kloss figuraient également parmi les invités de ce dîner exclusif.

Célébrations croisées

L’événement « Herrera’s » servait de double écrin. Outre le 45e anniversaire de la griffe, la soirée marquait les dix ans de Good Girl, fragrance pilier de la maison. Le mannequin Karlie Kloss a symboliquement soufflé les bougies d’un gâteau d’anniversaire dédié au parfum. Ce moment de célébration prolongeait l’esthétique florale et printanière déployée quelques heures plus tôt au David H. Koch Theater, où Wes Gordon avait fait disposer 28 798 tulipes jaunes pour le décor du défilé.

Le lien avec l’élite intellectuelle et médiatique de New York s’est aussi manifesté par la présence, lors des festivités de la journée, de Martha Stewart et de David Remnick, rédacteur en chef du New Yorker. Ce rapprochement entre l’institution de la presse et la maison de couture souligne la volonté de Wes Gordon d’ancrer Carolina Herrera dans un patrimoine culturel new-yorkais global, mêlant l’élégance historique de l’Upper East Side à une vitalité artistique actuelle. Si le budget de cette privatisation reste non communiqué, l’impact visuel et symbolique de cette résurrection d’une nuit confirme l’attachement de la marque à ses racines sociales et à l’héritage de sa fondatrice.