Une part de rêve californien : Flamingo Estate ouvre les portes de ses archives privées

Une part de rêve californien : Flamingo Estate
Photo © Flamingo Estate — via https://flamingoestate.com/products/heritage-extra-virgin-olive-oil?srsltid=AU7gw4VDXGAhIsGWeE6gcblU7gDaAKh2Rj8HSo0K8BfCriRJ3DFG1eF0

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Sur les hauteurs de Los Angeles, là où la végétation luxuriante des collines semble vouloir reprendre ses droits sur l’architecture, une propriété de sept acres cultive un art de vivre qui dépasse la simple horticulture. Flamingo Estate, le domaine fondé par Richard Christiansen, a discrètement ouvert les portes de son « Prop Closet » pour une opération inédite intitulée « The Estate Sale ». Ce n’est pas seulement une vente de déstockage, c’est une dispersion de l’ADN visuel d’une marque qui a su redéfinir le luxe pastoral. En proposant des pièces issues de ses archives privées, le domaine permet à quelques collectionneurs de s’approprier les objets qui ont façonné l’esthétique de ses campagnes photographiques et de ses intérieurs.

Le design radical et la sculpture organique

Au centre de cette sélection se trouve une pièce qui incarne à elle seule l’audace du design italien des années 1960 : la sculpture UP7, plus connue sous le nom de « Il Piede », de Gaetano Pesce. Ce pied humain monumental, édité par B&B Italia, est une œuvre en mousse de polyuréthane moulée qui défie les conventions du mobilier traditionnel. Utilisé par Flamingo Estate comme élément de décor, cet objet de près de 160 centimètres de long marque la frontière entre le siège et l’œuvre d’art. Son prix, disponible uniquement sur demande auprès de la conciergerie, témoigne de son statut de pièce maîtresse.

Le dialogue entre les matières se poursuit avec le fauteuil Corallo des frères Campana. Conçue pour la maison Edra en 2004, cette assise semble être le résultat d’un geste instinctif, un enchevêtrement de fil d’acier plié à la main qui évoque les structures coralliennes. Elle côtoie le banc « Couple » de John Risley, une pièce figurative en tiges d’acier soudées peintes en noir, proposée à 3 500 dollars (environ 3 180 euros). Ces objets ne sont pas de simples meubles ; ils sont les témoins d’une sélection pointue où la main de l’homme et l’inspiration organique se rencontrent.

L’art de la table entre post-modernisme et artisanat lointain

Pour les amateurs de rituels quotidiens, la vente propose une série d’objets qui transforment le service du thé ou du café en une expérience esthétique totale. Le service à café postmoderne dessiné par Ettore Sottsass pour la collection Accademia de Lagostina est une pépite des années 1980. Avec son métal émaillé vert menthe et ses poignées gris anthracite, cet ensemble comprenant une cafetière espresso, un pot à lait et un sucrier sur plateau incarne la rigueur géométrique et la fantaisie chromatique du groupe Memphis.

À l’opposé de cette rigueur italienne, Flamingo Estate dévoile des pièces d’un artisanat plus brut, voire mystique. On y découvre une théière cérémonielle himalayenne en métal doré, dont la surface est saturée d’incrustations de turquoises et de coraux, typique des traditions du Ladakh ou du Cachemire. Une autre pièce, d’origine tibétaine et népalaise, présente une anse formée de doubles dragons sculptés et un bec verseur aviaire. Ces objets dialoguent avec le travail de Salvador Terán, moderniste de Taxco au Mexique, dont le service à thé en laiton martelé des années 1960 est incrusté de mosaïques de verre orange vif.

La porcelaine classique n’est pas oubliée avec le modèle « Torse » de la maison Haviland Limoges, dont les cannelures torsadées en porcelaine blanche restent un standard de l’élégance française, proposé ici à 750 dollars pour un service de quatre pièces.

Flamingo Estate Los Angeles hillside botanical garden 2026
Photo © Wallpaper — via https://www.wallpaper.com/design-interiors/design-events/flamingo-estate-and-kohler-bathhouse-milan-design-week-2026

Curiosités historiques et pièces de cabinet

La force de cette vente réside dans son éclectisme, mêlant les époques sans complexe. Un fauteuil vénitien de style « grotte » en noyer sculpté, datant des alentours de 1880, rappelle le goût pour l’excentricité rococo du XIXe siècle. Cette pièce, estimée à 3 000 dollars (environ 2 730 euros), trouve un écho surprenant dans un fauteuil Folk Art américain, réalisé à partir de fers à cheval usagés soudés. Ces deux sièges, bien que séparés par l’Océan et les conventions, partagent une même volonté de transformer l’objet utilitaire en une forme sculpturale narrative.

Le mobilier Art Déco est également représenté par un ensemble de cinq chaises à dossier facetté en noyer signées André Sornay, vers 1930. Ces lignes sèches contrastent avec la fluidité d’un centre de table en verre de Murano utilisant la technique Sommerso. Cette coupe asymétrique du milieu du XXe siècle, superposant des couches de verre transparent, rose améthyste et bleu aqua, capture la lumière californienne avec la précision des maîtres verriers vénitiens.

Parmi les autres objets de collection, on relève un ensemble de poêles à œufs en laiton (modèle 4301) de Carl Auböck datant des années 1960, affiché à 2 400 dollars, ou encore un grand plat mural en céramique abstraite signé « Garcia ’87 », dont le diamètre de 60 centimètres impose une présence graphique forte.

Les archives cosmétiques et le garde-manger de luxe

Parallèlement à ces pièces d’exception, Flamingo Estate procède à une vente d’archives de ses propres produits de consommation sous l’intitulé « Bath & Body Archive Collection ». C’est l’occasion pour les habitués de la marque d’acquérir des stocks de savons et de produits de soin avec des remises atteignant 60 %. Le célèbre savon pour les mains « Heirloom Tomato », dont l’odeur de terre et de tige verte est devenue la signature olfactive du domaine, figure parmi les lots, tout comme les gels douche au romarin.

La section épicerie fine propose des flacons d’huile d’olive à la truffe blanche et des miels rares, notamment les variétés de manuka ou de Dzidzilché. On y trouve également la bougie « Prinsesstårta », ainsi que des accessoires de table plus accessibles, comme les couverts de service « Medusa » par Michael Aram, proposés à 350 dollars.

Une acquisition sur mesure via la conciergerie

L’accès à ces archives ne suit pas le protocole classique des enchères publiques. Si certaines pièces ont été rapidement marquées comme vendues (« sold ») ou réservées (« on hold ») dans les premières quarante-huit heures suivant l’ouverture de la vente fin septembre 2026, le processus d’achat reste intime. Pour les lots uniques du « Prop Closet », les acquéreurs potentiels sont invités à contacter directement le service conciergerie du domaine par courriel à l’adresse concierge@flamingoestate.com. Cette démarche permet d’organiser les transactions et de coordonner les livraisons, souvent complexes pour des pièces de dimensions importantes comme le pied de Pesce ou le banc de Risley.

Cette initiative de Richard Christiansen marque une étape dans l’évolution de Flamingo Estate. En se séparant de ses archives, le domaine ne vide pas simplement ses placards ; il partage les références culturelles qui ont construit son image. Chaque objet vendu emporte avec lui un peu de l’atmosphère des collines de Los Angeles, du raffinement d’un service à thé mexicain à la radicalité d’une assise en fil d’acier, offrant ainsi une seconde vie à ces trésors de tournage dans des collections privées à travers le monde.