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Ajouter Texture à GoogleHuit jours. Sur près de onze mois de conflit, c’est le nombre de journées où le Louvre a réellement fonctionné au ralenti ou fermé ses portes : quatre fermetures intégrales, quatre ouvertures partielles avec un parcours restreint. Le reste du temps, les salles ont ouvert normalement. Le rapport de force a surtout reposé sur la possibilité de grèves reconductibles, suspendue au-dessus du musée pendant des mois. Le protocole d’accord signé le jeudi 29 octobre 2026 entre la direction et l’intersyndicale met formellement fin à cette menace.
Du préavis à la signature
Le document porte la signature de Christophe Leribault, président-directeur de l’Établissement public du musée du Louvre, et celles des trois organisations réunies en intersyndicale : la CFDT-Culture, le SNMD CGT-Culture et SUD Culture Solidaires. La Directrice générale des patrimoines et de l’architecture était présente lors de la signature. Trois jours plus tôt, le lundi 26 octobre, les personnels réunis en assemblée générale avaient approuvé le texte.
Le préavis initial avait été déposé le 8 décembre 2025. Les premiers débrayages et les premières fermetures ont suivi le 15 décembre. Entre ces deux dates et la signature d’octobre, le musée a changé de direction, et la négociation a porté sur le fonctionnement quotidien de l’établissement bien plus que sur les seuls salaires.
Un automne 2025 en série noire
Le mouvement s’explique par une succession d’incidents survenus en quelques semaines. Le 19 octobre 2025, un cambriolage dans la galerie d’Apollon a permis à ses auteurs d’emporter huit joyaux de la Couronne. Le butin a été évalué à 88 millions d’euros, soit environ 102 millions de dollars. Il s’agit d’estimations préliminaires issues d’expertises policières et d’assurance, et non d’un inventaire financier définitif publié par l’État. Le vol s’est produit dans l’une des salles les plus surveillées du musée, et il a placé la question de la sûreté au premier rang des revendications.
Le 26 novembre, une fuite d’eau a touché la bibliothèque des Antiquités égyptiennes et endommagé entre 300 et 400 documents et revues scientifiques. Le même mois, des fragilités structurelles détectées sur des poutres ont entraîné la fermeture temporaire de la galerie Campana, consacrée aux antiquités grecques, ainsi que de bureaux. Pour les agents, ces incidents relevaient d’un même problème : un bâtiment insuffisamment entretenu et des effectifs trop justes pour le surveiller.
Deux dossiers plus politiques sont venus s’ajouter. En décembre 2025, le musée a annoncé pour janvier 2026 une tarification différenciée : le billet plein tarif des visiteurs résidant hors de l’Espace économique européen devait passer de 22 à 32 euros, soit une hausse de 45 %. Les syndicats ont jugé cette mesure discriminatoire. Ils contestaient aussi les orientations budgétaires du grand projet « Louvre – Nouvelle Renaissance », qu’ils estimaient trop coûteux et financé au détriment de l’entretien courant.
Une nouvelle direction en cours de conflit
En février 2026, Christophe Leribault a été nommé à la présidence du musée. Il succédait à Laurence des Cars, dont la gestion avait été vivement critiquée après le cambriolage. Le conflit, ouvert sous une présidence, s’est donc conclu sous une autre. C’est Christophe Leribault qui a signé un texte dont plusieurs engagements répondent directement aux griefs nés à l’automne 2025.
Des recrutements aux contours incertains
Le premier volet concerne les effectifs. Le protocole prévoit de renforcer les équipes d’accueil et de surveillance par l’arrivée progressive d’agents jusqu’en 2027 ou 2028, avec des garanties d’entrées supplémentaires en 2028 et 2029. Les volumes restent toutefois flous. Le communiqué intersyndical évoque « jusqu’à 100 agents en 2027 ». D’autres chiffres circulent : une centaine d’agents « au moins » d’ici à 2028, ou cinquante nouveaux agents de sécurité d’ici à 2027. La formule syndicale elle-même fixe un plafond et non un plancher. Il faut donc lire ces cent recrutements comme un objectif, et non comme des embauches nettes déjà acquises.

Le texte prévoit également d’accompagner les personnels contractuels pour pérenniser leur emploi au sein de l’établissement. Les modalités précises de cet accompagnement n’ont pas été communiquées.
Primes et rattrapage salarial
Sur la rémunération, l’accord chiffre ce qui peut l’être tout de suite. La prime annuelle des agents d’accueil et de surveillance, dite IFSE, augmente de 350 euros bruts en 2026, puis de 200 euros bruts au titre de 2027. Ce sont les seuls montants inscrits noir sur blanc dans le protocole.
Pour les autres métiers du musée, la direction s’engage à ouvrir un chantier de rattrapage salarial. Aucun montant ni calendrier n’accompagne cet engagement. La question salariale reste donc ouverte pour une grande partie des personnels.
La foule devient un sujet de négociation sociale
Le volet le plus inhabituel concerne la gestion des visiteurs. En cas de surfréquentation ou de travaux, le plafond journalier de fréquentation sera abaissé. La réservation deviendra obligatoire lors des périodes de forte affluence. Les sorties scolaires bénéficieront d’une priorité d’accès garantie.
Ces dispositions inscrivent dans un accord social une question longtemps traitée comme un sujet commercial. Pour les agents de surveillance, le nombre de visiteurs présents dans les salles détermine directement leurs conditions de travail et leur capacité à protéger les œuvres. La priorité donnée aux scolaires répond à une autre préoccupation, celle de l’accès au musée.
Les engagements rendus publics ne mentionnent en revanche pas la tarification différenciée, qui avait pourtant nourri la contestation en décembre 2025. Ce que l’accord prévoit sur ce point n’a pas été communiqué.
L’entretien du bâtiment passe en priorité
Le protocole réoriente aussi le budget. La priorité ira aux réparations d’urgence, à la rénovation et aux équipements de sûreté et de sécurité des bâtiments. Sur le papier, la fuite de la bibliothèque égyptienne, les poutres de la galerie Campana et les failles révélées par le vol de la galerie d’Apollon passent avant les grands projets. Les syndicats, qui reprochaient à « Louvre – Nouvelle Renaissance » de capter les moyens nécessaires à l’entretien, obtiennent ainsi un ordre de priorité. Le texte ne dit pas, en revanche, ce que devient le calendrier du grand projet.
Le coût du conflit reste difficile à établir. La CGT avance une perte d’environ 400 000 euros par jour de fermeture totale, calculée sur une fréquentation habituelle de 30 000 visiteurs par jour. La direction n’a pas confirmé ce chiffre. Appliqué aux quatre fermetures intégrales, il donne un ordre de grandeur, mais ce n’est qu’une estimation.
Le suivi des engagements
Plusieurs promesses de l’accord, notamment les recrutements, le rattrapage salarial et la réorientation budgétaire, ne seront vérifiables que dans plusieurs années. Pour s’en assurer, les signataires ont créé un comité de suivi chargé de contrôler régulièrement leur exécution. Ce comité se réunira jusqu’aux entrées garanties pour 2029, dernière échéance inscrite dans le protocole.


