Faites de Texture une source préférée sur Google pour nous soutenir
Ajouter Texture à GoogleÀ l’été 2026, en marge de la semaine de la haute couture parisienne, la maison Buccellati a dévoilé sa nouvelle collection de haute joaillerie baptisée Serenissima. Ce titre, hommage direct à l’ancienne République de Venise, ne se limite pas à une référence géographique. Il désigne une intention précise : transposer dans la dureté de l’or la finesse extrême du point de Venise, et plus spécifiquement celle du merletto di Burano. Sur cette île de la lagune, la dentelle à l’aiguille se travaille traditionnellement avec une patience qui confine à l’ascèse, une philosophie que l’atelier milanais, fondé en 1919 et aujourd’hui sous l’égide du groupe Richemont, cultive depuis ses origines sous l’impulsion de Mario Buccellati.
La géométrie du vide et le nid d’abeille
Le cœur battant de la collection réside dans la technique de l’ajouré, aussi appelée « nid d’abeille » (honeycomb) ou tulle. L’objectif est de transformer une plaque d’or 18 carats en une résille polygonale d’une régularité absolue. Pour y parvenir, l’artisan perce le métal à la main à l’aide d’un bocfil, une scie miniature. Chaque cellule ainsi créée subit un traitement méticuleux : elle est reprise manuellement à la scie au moins cinq fois afin d’en parfaire la géométrie. Ce travail de soustraction rend le métal presque immatériel, ne laissant subsister qu’un squelette d’or capable de soutenir les pierres précieuses sans en alourdir le dessin.
Cette maîtrise s’enrichit d’une variante historique introduite par Gianmaria Buccellati : le Radial Honeycomb. Inspiré par les rosaces des églises de la Renaissance italienne, notamment celles de Santa Maria Novella et de Santa Maria del Fiore, ce procédé dispose les ouvertures en rayons stylisés. Cette organisation centrifuge du vide apporte une dynamique architecturale aux pièces, rappelant que la joaillerie de la maison puise ses racines dans une culture visuelle classique où la symétrie et la proportion dictent la beauté.
L’art de la gravure Renaissance
Si la structure des bijoux repose sur le vide, leur surface est le théâtre d’un travail de gravure qui cherche à imiter la texture du textile. L’intégralité de la face visible des pièces est gravée à la main ; seul le revers bénéficie d’un poli brillant traditionnel. Plusieurs techniques signatures sont ici employées. Le Rigato consiste à inciser de micro-rainures parallèles à l’aide d’une échoppe. Ce traitement crée un effet satiné qui capture la lumière de manière diffuse, rappelant le grain d’un fil de soie.
Pour le relief, les artisans utilisent le Modellato, une ciselure tridimensionnelle qui permet de figurer des motifs végétaux, tels que des feuillages ou des bordures de chatons, avec une précision naturaliste. Ces finitions sont complétées par les techniques du colpi di lucido, du segrinato et du telato, qui jouent sur les contrastes entre zones mates et surfaces polies. L’or jaune et l’or blanc, souvent utilisés de manière bicolore, servent ainsi de support à une narration ornementale où chaque millimètre carré est texturé.

Une architecture de pierres et de modularité
La collection Serenissima se décline en colliers, bracelets souples, bangles et boucles d’oreilles. Certaines de ces pièces adoptent une conception modulaire, permettant de détacher certains éléments pour varier les portés. Parmi les pièces marquantes, une tiare d’exception illustre la densité du travail manuel : elle rassemble 512 diamants taille brillant et 11 diamants taille poire (drop-cut), sertis dans une structure qui semble flotter au-dessus du visage.
Un autre point focal de la collection est un collier articulé dont le pendentif central est orné d’une tanzanite. Cette pierre, entourée d’or bicolore et d’une constellation de diamants taille brillant et taille rose, est agencée en guirlandes et motifs floraux. L’usage de la taille rose, plus ancienne et plus discrète que la taille brillant moderne, renforce l’esthétique historique de la collection en offrant des reflets plus doux, en adéquation avec les surfaces gravées de l’or.
La temporalité de l’artisanat d’art
La réalisation de telles pièces impose un rythme radicalement différent de celui de la joaillerie industrielle. Chez Buccellati, le cycle de conception et de fabrication d’une ligne de haute joaillerie s’étend sur une période d’au moins deux ans. Cette lenteur est dictée par la rareté des compétences requises. Les futurs artisans sont sélectionnés dès leur sortie des écoles d’art et de design italiennes, mais ils ne sont considérés comme pleinement qualifiés qu’après une période de formation interne d’environ huit ans.
Le temps de main-d’œuvre nécessaire à l’exécution d’une seule section de tulle dense illustre cette exigence : il faut approximativement 40 heures de ciselure exclusive au burin pour achever un panneau de petite dimension. C’est cette intensité technique qui explique le mode de distribution choisi par la maison. Les pièces de la collection Serenissima sont des exemplaires uniques ou réalisés sur commande spéciale. Elles ne font l’objet d’aucune vente en ligne et sont exclusivement présentées dans les salons privés et les boutiques de la marque, avec des tarifs communiqués uniquement sur demande.
Derrière l’éclat des diamants, la collection porte en elle la mémoire d’une tradition vénitienne dont l’origine, selon la tradition orale, remonterait aux femmes de pêcheurs de Burano qui auraient inventé le point à l’aiguille en cherchant à reproduire la finesse des mailles de leurs filets. Que cette anecdote relève du folklore ou de la réalité historique, elle trouve dans l’orfèvrerie contemporaine une traduction concrète où le métal finit par oublier sa propre rigidité.


