Record européen pour De Kooning : un triomphe en demi-teinte chez Sotheby’s

Willem de Kooning Sotheby's London Contemporary Art Evening Sale 2026
Photo © ARTnews.com — via https://www.artnews.com/art-news/market/sothebys-london-contemporary-art-sale-61m-de-kooning-1234802516/

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L’effervescence de la semaine de la foire Frieze London n’a pas suffi à dissiper une certaine retenue dans les salons de New Bond Street. Ce jeudi 15 octobre 2026, le siège londonien de Sotheby’s accueillait sa vente du soir consacrée à l’art contemporain dans une atmosphère singulière, marquée d’emblée par un incident technique : le déclenchement d’une alarme. Si la situation a été rapidement maîtrisée, ce signal sonore a agi comme le prélude d’une vacation où la vigilance des collectionneurs l’a emporté sur l’euphorie habituelle des enchères internationales.

Un bilan chiffré sous le signe de la prudence

Sous le marteau de Tom Eddison, codirecteur de l’art contemporain pour la place londonienne, la soirée a révélé un marché en phase de recalibrage. Sur les 37 lots initialement prévus au catalogue, seuls 34 ont été effectivement soumis aux enchères. Trois œuvres majeures ont en effet été retirées avant le début de la séance : un panneau mixte d’Anselm Kiefer, un meuble à pharmacie de Damien Hirst et une vue de Willesden Junction signée Leon Kossoff. Ces retraits préventifs ont mécaniquement abaissé les attentes financières de la soirée.

Sotheby’s New Bond Street London auction room 2026
Photo © artcentron — via https://artcentron.com/2026/10/17/sothebys-london-contemporary-art-auction-results/

Le résultat global s’établit à 46 millions de livres sterling (frais d’adjudication inclus), un chiffre qui s’inscrit en repli de 3,3 % par rapport à la session d’octobre 2025, laquelle avait généré 47,6 millions de livres. Le total au marteau, hors frais, s’est élevé à 36,9 millions de livres, soit environ 44,3 millions d’euros. Ce montant ne parvient pas à atteindre l’estimation basse révisée après les retraits, qui était fixée à 39,5 millions de livres. Avec un taux de vente par lot de 82,4 %, la soirée témoigne d’une sélectivité rigoureuse, laissant six œuvres sur le carreau.

Le paradoxe Willem de Kooning

Le point d’orgue de la vacation était sans conteste Untitled (1977), une huile sur toile de Willem de Kooning mesurant 136,8 × 151,7 cm. Cette œuvre, qui bénéficiait d’une garantie financière, portait de grands espoirs avec une estimation oscillant entre 8 et 12 millions de livres sterling. Le déroulement de l’enchère a toutefois illustré la frilosité ambiante. Tom Eddison a ouvert les hostilités à 7 millions de livres, un niveau inférieur à l’estimation basse. Le marteau est finalement tombé à 8,2 millions de livres.

De Kooning abstract oil painting on canvas 2026
Photo © Spark Hamptons — via https://sparkhamptons.com/2026/10/17/willem-de-kooning-painting-sells-for-12-9-million-at-sothebys-leads-61-1-million-art-auction/hamptons

Malgré ce prix marteau timide, le montant final avec frais s’élève à 9,8 millions de livres (environ 11,8 millions d’euros). Ce résultat permet à la toile d’établir un nouveau record pour Willem de Kooning lors d’une vente aux enchères sur le sol européen. En perspective, cette même œuvre a vu sa valeur multipliée par 2,5 par rapport à son précédent passage en vente à New York en 2015. Si le record continental est acquis, le fait que l’enchère ait à peine dépassé l’estimation basse souligne la difficulté actuelle à enflammer les salles, même pour des signatures historiques.

Des signatures en quête de second souffle

La soirée a également mis à l’épreuve d’autres valeurs sûres du marché global. Yayoi Kusama, figure incontournable de l’art contemporain, était représentée par une œuvre murale complexe intitulée I Who Was Awestruck at the Shape of the Secret I Found in the Cosmos (2021). Cette pièce rembourrée en six parties, mêlant coton, métal et acrylique sur panneau, s’inscrit dans la lignée des créations immersives de l’artiste japonaise. Pourtant, l’œuvre a peiné à susciter la compétition attendue, s’insérant dans une liste de lots n’ayant pas atteint les sommets de leurs estimations initiales.

Cette dynamique de repli ou de stagnation a touché plusieurs segments de la vente, confirmant que les acheteurs privilégient désormais la sécurité des garanties ou la justesse absolue des prix de réserve. La physionomie de cette vacation d’octobre 2026 laisse apparaître un marché mature, moins enclin aux emportements spéculatifs, où chaque adjudication est le fruit d’une négociation serrée entre la rareté de l’objet et la réalité économique du moment.